CHAPITRE PREMIER
Le nom et la famille de Ter Borch. — Ge'rard Ter Borch le Vieux. — Son goût pour
les arts. — Ses voyages en Italie, en France et en Allemagne. — Retour à Zwolle.
— Malgré sa charge de receveur des impôts, Gérard le Vieux continue à dessiner.
— Son caractère et son intérieur. — Sa mort en 1662.
Le nom de Terburg, sous lequel nous sommes habitués, en France, à désigner le célèbre artiste, n’est ni le sien, ni celui de sa famille. Malgré les scrupules que nous éprouvions à modifier une appellation consacrée chez nous par un long usage, nous avons dû nous décider à accepter la dénomination Ter Borch généralement adoptée aujourd’hui, non seulement en Hollande, mais partout à l’étranger, et qui d’ailleurs — on le verra par les fac-similés de signatures que nous reproduisons — est seule conforme à l’orthographe usitée par le maître et par tous les siens.
Cette famille des Ter Borch était originaire de Zwolle et comptait parmi les premières de la cité, à laquelle dès le xve siècle elle fournissait
LES ARTISTES CÉLÈBRES
des magistrats municipaux. Le père de Gérard, qui devait donner à son fils le prénom qu’il portait lui-même, était né en 1584. Il était le quatrième enfant d’Herman Ter Borch, receveur des impôts de la ville, et ses parents avaient sans doute quelque aisance, car, après avoir reçu une bonne éducation classique, il quittait bien jeune encore son pays pour voyager à travers l’Europe et se perfectionner dans l’étude des langues. Pendant huit ans, de 1602 à 1610, il resta éloigné de la Hollande, parcourant successivement l’Allemagne, l’Italie et la France. Il aimait les arts et il avait probablement commencé à peindre avant son départ. A Rome où il séjourna surtout — il y habitait le palais du cardinal Colonna — il se trouva naturellement en relations avec les artistes hollandais qui affluaient alors dans la Ville éternelle, Lastman, Goudt, Uytenbroeck, les frères Pynas et tout ce groupe dont Elsheimer était l’inspirateur. Des dessins et des gravures de la plupart de ces maîtres, recueillis par lui à cette époque, attestent ces relations. Comme eux, et probablement en leur compagnie, le jeune homme aimait à dessiner dans la ville ou aux environs. Ainsi que la plupart de ses compatriotes, les ruines l’attiraient de préférence et ses albums nous montrent des vues du Colisée, de l’Arc de Titus et celle des Thermes d’Antonin (16071, que nous reproduisons ici, à côté de paysages pris dans les villas ou dans la campagne romaine, sur les bords du Tibre, à Ponte Mammolo ou à Lunghezza. L’exécution de ces dessins, généralement tracés à la plume, est à la fois large et facile; les indications y sont données à grands traits, toujours d’une main ferme et dans le sens de la forme. L’artiste reprendra plus tard ces études faites d’après nature pour les utiliser comme fonds de ses compositions.
Pendant toutes ses excursions, Gérard le Vieux ne cessa jamais d’enrichir ses cartons. A Naples, où il se trouvait en 1610, le Vésuve paraît l’avoir vivement frappé. A plusieurs reprises il retrace fidèlement l’aspect du cratère avec la fumée et les coulées de lave qui s’en échappent. La consciencieuse exactitude de ces diverses représentations pittoresques permet de reconnaître les étapes successives de notre voyageur, en Autriche, le long du cours du Rhin, en France même où il dessine à Nîmes la Tour Rotnania , et « en Bourdeaux le Palais Galiene et le Temple de Tutelle ». Il avait aussi voulu visiter l’Espagne et il s’était engagé à partir de Naples, en 1611, avec don Juan de Casteria ; mais il nous apprend lui-même dans une note manuscrite que, s'étant oublié à
festoyer avec quelques-uns de ses compatriotes, il avait manqué le départ des galères sur lesquelles il devait s’embarquer. Il perdait du même coup deux tableaux peints par lui et qu’il avait confiés à l’intendant du viceroi de Naples, une nature morte avec des fruits et un paysage animé de deux figures, tableaux qu’il ne devait plus revoir, mais qui « lui appar-
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