CHAPITRE IX
L'étude est coramoncée : un silence d'église ! On n'entend «lue l'horloge et le maître qui prise, Et ce bruit saps éclat, ce bruit savant, confus, De livres qu'on referme, après qu'on les a lus.
(GiNGRAS.)
p]n allant ensemble faire une visite à la salle d^étude, ou comme on le disait avec raison d'après Larousse, à " Fétude '' nous trouverons bien quelque chose à remarquer ou à rappeler. Notre vie d'écolier se passe à quatre endroits qu'on pourrait, à l'exemple des religieux, appeler ** lieux réguliers " et qui sont : la récréation, l'étude, la classe et le dortoir. Il faut aussi donner une mention à la chapelle et au réfectoire où chaque partie de notre
être reçoit la nourriture qui lui est propre. Dans la Voix de rEcolier, le Père Peemans parle ainsi de la salle d'étude: ^^ La salle d'étude! Quelle scène immense, quel théâtre merveilleusement choisi pour les observations d'un moraliste! Que d'aspects imprévus, que de changements soudains, que d'oscillation dans cette forêt de têtes dont les mouvements ressemblent aux vagues agitées par des vents contraires! C'est tout un monde qu'une salle d'étude, un monde, ayant ses usages particuliers, ses moeurs à lui, son argot, ses périodes de calme et ses moments de tempête. ".
Il me sera bien permis de citer encore au besoin quelques extraits de ce beau travail : Le Voisin d'étude.
Dans les maisons d'éducation, l'étude a presque toujours sa place au-dessus de la salle de récréation, ce qui facilite le passage d'un exercice à l'autre.
A Joliette, la première salle d'étude de 1846 à 1850, se trouve au-dessus de la salle de récréation, à Fendroit du grand passage de la sacristie; de 1850 à 1857, au premier étage, au-dessous de la chapelle incendiée en 1857 (Martel.).
En 1858, à l'époque de la construction de " l'aile de M. Langlais ", la salle de récréation y fut installée dans le premier étage (à l'infirmerie 1908), et l'étude prit le second qu'elle garda jusqu'en 1872. Il y avait une légère différence dans la forme des deux salles. La récréation formait un parallélogramme prenant tout le premier étage, à l'exception de neuf pieds environ pour les escaliers. L'étude était de forme irrégulière; elle perdait ses neuf
pieds de corridor et d'escalier, mais du côté de la rue Saint-Charles-Borromée, elle occupait toute la largeur de la bâtisse. Voici la différence des deux :
La récréation.
L'étude.
Ce bout de corridor formant un coin dans l'étude devint plus tard une chambre connue sous le nom de la Bretelle, à cause de sa longueur et de son étroitesse qui en faisait une sorte d'histoire " longue mais étroite '^ comme le conte d'un de nos co-paroissiens.
Parmi les occupants de cette chambre au-dessus de la chambre actuelle à coucher du Père Supérieur, j'aime à nommer les RR. PP. Laporte et Peemans.
Chaque année la troupe des écoliers augmentait ; on les " tassait " comme des sardines, mais il y a un bout à cela, comme à toutes choses et, vu la disposition de la maison, il était impossible d'agrandir cette salle; il fallait déménager ce qui eut lieu aux vacances de 1872.
Le déménagement du mobilier des études d'autrefois -était bien ce que nos cultivateurs pourraient appeler " un travaux " (un travail considérable exigeant bien des bras et fait en commun) puisque à la place de ces jolis pupitres jaunes aux pattes de fer, s'alignaient de droite h gauche de lourdes rangées de gros pupitres, gris
autrefois et alors ne montrant plus que les fouilles des canifs et des couteaux de poche d'un plus fort calibre.
Pourtant ces pupitres grossiers n'étaient pas tous aussi '^ dodus " les uns que les autres. Aux plus savants et à tous ceux qui avaient plus de livres on donnait les pupitres les plus profonds. Je crois bien que cent cinquante volumes pouvaient s'installer à Taise dans ces casiers. Ce qu'on appelait alors une " table " donnait trois places. Au contraire, les petits étaient six par table et s'asseyaient sur un banc formant bloc solide avec les pupitres. Mais ces blocs n'étaient pas de granit, ni d'airain et grand Dieu î qu'ils étaient fouillés en tous sens î Je crois bien que chaque élève à cette époque aspirait à passer dans cette classe de laquelle on se permettait d'écrire, bien à tort sans doute, sur les livres, les murs, les cloisons et les tables: " Le nom des fous est écrit partout. ". Coûte que coûte, il fallait laisser sur chaque pupitre occupé, au moins quelques lettres ou signes hiéroglyfiques attestant aux âges futurs qu'un être " ayant du vif argent dans les veines " avait vécu là. Aux yeux des directeurs du collège en 1872, ces pupitres avaient gagné leurs épaulettes à l'étude; il fut question de les reléguer non pas dans les hangars, en attendant le poêle, mais dans les classes, où jusqu'alors de simples tables également ajourées au canif faisaient l'affaire.
Et on se mit à confectionner des pupitres moins encombrants et plus commodes, et, moyennant une modeste rente annuelle, chacun était libre d'échanger les anciens pupitres contre des neufs.
La transformation prit environ une année, se fit vers l'an 1873 et nous émerveillait tous.
SALLES d'Étude 203
En fixant ces meubles au plancher, on évitait une grande cause de bruit et, du temps du Père Arcliambault, ce n'était pas excès de prudence, comme ou le verra plus loin.
On arrivait à cette salle par le milieu à la faveur d'un escalier qui montait au-dessus d'un autre dont les première marches portaient en face de l'entrée principale. Ce devait être autrefois l'escalier d'honneur, sa position l'indiquait. Sur le premier palier se dressait une corniche où reposait la Vierge portant l'Enfant Jésus dans ses bras.
Pendant que le divin Enfant trônait au-dessus de cet escalier, le diable s'en donnait dans le cabanon d'audessous mis en communication avec le réfectoire et servant d'entrepôt aux mets, les plus délicieux : lait, sucre, crème, et fruits de toutes sortes. Bref! il sortait tant do choses de ce magasin qu'il nous semblait être en communication directe avec des souterrains alimentés euxmêmes par le marché Bonsecours.
Mais n'y pénétrons pas encore; il est bien fermé et il sera toujours temps d'v revenir.
Ces escaliers étroits et raides ne suffisaient plus et les autorités en vinrent à la décision de bâtir une sorte de tour de 40 pieds sur 20, à trois étages, reliant la chapelle de briques à la maison principale et renfermant de bons escaliers ferrés, les premiers de cetUi trempe qu'il y eut à Joliette. Le Père Langlais avant de quitter le collège pour le presbytère, voulut laisser un dernier gage de son activité; il construisit donc cette tour qui fut finie en 1872, pour l'ouverture des cours.
204 GERBES DE SOUVENIfiS
Plusieurs classes furent installées dans ce trait d'union entre autres les Belles-Lettres, la Méthode du côté du sud, les Eléments latins du côté du nord; c'était notre classe située au troisième, voisine de l'étude. M. Alphonse Panneton qui venait de prendre la soutane, en retard de quelques jours pour cause de maladie noas était donné pour professeur; nous étions vingt élèves. Notre professeur d'anglais était M. John Hart et le préfet d'études était le R. P. Léon Lévesque. Durant ces quelques jours d'absence de notre professeur attitré, le Père Archambault vint nous faire décliner Rosa-sae. Il bégayait, le cher Père Tancrède, et ne déclinait pas vite. Le Père Lévesque avait le temps de " l'enterrer dix fois. ". L'aigle en latin qui se nommait le Père Lévesque., volait trop rapide et trop haut pour les poussins ; en volant un brin au-dessus de nous, le " père " nous montrait mieux les premiers battements de l'aile.
Mais je n'écris pas le chapitre des classes, c'est bien celui de l'étude en plein déménagement.
Les pupitres furent d'abord placés de manière à ce que les élèves faisaient face à l'église dos tourné à la rivière.
Un grand crucifix pendait sur le fond de la salle et à ses pieds se trouvait la tribune du " maître d'étude ". Sur la longueur pourtant si courte de la maison, on avait retranché l'espace de deux classes entre lesquelles un étroit corridor conduisait les philosophes et autres élèves à leur classe respective, ainsi qu'aux cabinets de physique et de chimie. Ces trois classes étaient la Philosophie, faite par les RR. PP. Laporte et Michaud, la Syn-
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taxe française et les Eléments français dont les professeurs étaient MM. M. Beausoleil et Régis Bonin, pour le français et Do;yle et Latcford pour l'anglais.
Une allée de trois pieds partageait l'étude en deux parties ; plus près de la tribune, étaient les petits ou les grands qui leur ressemblaient par " leur sagesse et leur séance ", comme disait le Père Tancrède.
C'est dans cette allée que se promenait le Père, le plus célèbre à la vérité, de tous les surveillants d'étude connus, la tabatière à la main et grimaçant à tout venant, à tous ceux qui demandaient des permissions, enfin à tous ceux qui, faisant quelque bruit, pouvaient devenir la cause d'une grave dissipation, d'une grève générale ou d'une émeute.
Je le vois encore — il me semble l'avoir toujours vu — le cher " bonhomme ", je le répète, la tabatière à la main, car c'est là un des traits les plus saillants de notre homme, avec l'impatience et la nervosité sur tous les traits, puis ravalant sans cesse sa salive avec un bruit monotone qui nous amusait bien. Il redoutait sa tribune comme trop loin du centre des opérations; il marchait d'ailleurs comme un brave, face à l'ennemi ; ou bien encore il utilisait le rebord de la bibliothèque des écoliers couvrant de ses rayons le mur de droite du côté des petits et s'en servait comme les religieux font de leur miséricorde quand à l'office ils ne sont ni debout ni assis.
Il est bon de dire en passant qu'il y avait bibliothèque, deux fois la semaine; la première pour le cours latin et la seconde pour le cours commercial sous les soins de M. Maxime Beausoleil.
Mais pourquoi, me demandera-t-on le pauvre Père '^ faisait-il tant de mauvais sang " ? Parcequ'il s'attendait toujours à des surprises, à quelques coups de mains et il avait raison, car il en eut souvent; et il connaissait bien l'origine des battements de pieds, la danse des couverts de pupitres et les autres musiques dont l'entrain et l'ensemble lui horripilaient le tympan. " Une ombre, un souffle, un rien, tout lui donnait la fièvre " comme au Lièvre de La Fontaine. C'est dans une de ces échauffourées que, perdant le contrôle de lui-même, il échappa cette apostrophe: ^^ c'est bon! c'est bon! chacun mon tour, j'aurai son tour. ". Il finit par avoir son tour, et un congé nous fut retranché. Une autre fois, je ne sais plus à quelle occasion, il vint remplacer M. Laferrière sou successeur en cet office. Il ne faisait plus l'étude ex officio, mais les espiègles du temps se souvenaient bien des deux dernières années écoulées. Dans un coin partit bientôt un léger bruit, puis dans un autre, puis aux quatre, enfin au milieu, et le Père se promenait vire, la vapeur lui montait au cerveau ; il allait éclater, mais on vain; la partie était perdue pour lui. Voyant que tout lui échappait, il s'écria : '^ Vous voulez prendre congé, eh ! bien prenez-le ! " Et il tire sa révérence et s'en va remettre son mandat au Père Ducharme, le premier maître.
Aussitôt dit et fait, le silence le plus solennel succède à la tempête: on pouvait entendre trotter une souris, ^^ tousser un pou " comme disait le Père Laporte. Le temps était donc favorable pour entendre le premier surveillant qui tapait du talon, ^^ pas pour rire " et qu'on
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recoDDaissait à ne jamais s'y tromper, d'aussi loin qu'on pouvait percevoir le bruit de ses pas.
Pourtant le temps se mit au beau, malgré les éclairs qui sillonnaient le plafond de l'étude et qui se reflétaient sur nos figures.
En 1872, à l'époque où j'ai parlé du changement de salle d'étude, nous avions trois maîtres d'étude : M. Hormisdas Desaulniers et M. Tancrède Archambault ; mais comme tous deux étudiaient l'un la théologie et l'autre la philosophie, ils étaient remplacés à l'étude de 11 heures à midi par M. Louis Beausoleil, diacre, qui terminait son cours de théologie.
M. Beausoleil, cousin germain de MM. Cléophas et Maxime, était sec de tempérament et aussi sec de manières et de caractère ; il ne riait pas, mais il paraissait d'un flegme stoïque; il avait de plus le prestige que donne le talent; il était professeur de Rhétorique, de sorte qu'il pouvait en imposer.
Mais en disant que nous avions trois maîtres d'étude, je me trompais, car c'était quatre qu'il fallait dire et j'allais omettre le principal : le R. P. Beaudry. Chaque matin il venait faire la méditation avec les écoliers ; il entrait à l'étude à 6 heures moins 20 minutes,et partait à 6 heures 15 minutes, après la méditation des professeurs et lorsque le séminariste venait le relever.
Les complots tramés dans l'ombre n'éclataient jamais durant cette demi-heure de la surveillance du directeur ; les coups montés ne déclanchaient pas et les bombes se gardaient bien de faire explosion en ce temps-
là ; tout le monde travaillait et s'appliquait, rien de plus beau !
Il y avait alors pour préfet le R. P. Lévesque; contrairement au P. Beaudry, il n'était pas en faveur des examens publics à l'étude, mais pour les examens privés, classe par classe, les unes après les autres. Parfois donc la salle d'étude devenait un vaste tribunal, où comparaissaient, les uns après les autres, tous les écoliers. Le préfet des études présidait le bureau des examens et avec lui tous les professeurs formant demi cercle autour de lui.
C'était assez solennel pour mériter une description dans ce chapitre : Salles d'étude.
On ne parlait pas alors d'examen par écrit qui nous vint avec l'affiliation du collège à l'Université Laval vers 1880; le par choeur seul avait droit de cité. Pas d'autre alternative que de répondre aussitôt de vive voix ou " de fumer à la chaise ".
Si on le veut bien, nous sommes à la fin de l'année scolaire 1872-73. Le Père Lévesque vient de quitter le collège et ses fonctions de préfet, et le jeune Père Ducharme tout frais émoulu du noviciat, recueille sa succession et suivant la direction du Père Beaudry, il décide de faire l'examen de juin à l'étude.
" Il se rencontre, dit le Père Peemans, dans Tannée scolaire, deux passages épineux. Ce sont les heures où l'élève, en face de ses juges, se voit forcé d'exhiber son bagage scientifique; heures lentes et inexorables où il faut rendre des comptes parfois bien arriérés et en désordre; heures qui en style de l'école, portent le nom
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à^ Examen. . . Il y a entre les deux examens semestriels une différence fondamentale. Celui de janvier, froid comme la bise saturée de frimas, est particulièrement odieux. Inaccessible à la pitié, il laisse à peine au pauvre écolier, qui se croit ou qui est réellement exténué, le temps de reprendre haleine! D'une avarice sordide, il semble rénumérer à regret un labeur opiniâtre de cinq mois par un fugitif moment de repos ! Mais l'examen d'été, aussi rigide à la vérité que son congénère, n'a pas cependant dépouillé tout sentiment d'humanité. A peine ce pas périlleux est-il accompli, à peine ce dernier anneau d'une chaîne fictive s'est-il détaché, que les vacances apparaissent avec leurs enivrantes perspectives de délassements, de joie et de liberté.
*^ Tous ceux qui ont passé par les bancs du collège, savent que l'élève, même le plus ferré, n'affronte pas sans une secrète émotion, l'épreuve de la sellette classique. ".
Donc vers la mi-juin l'examen commença, c'est-à-dire lundi, le 16 juin 1S73.
Au préalable tous les noms des élèves sont inscrits sur un billet roulé et déposé dans une boîte de Pandore. Le préfet tire un nom, le regarde, puis il jette un coup d'oeil circulaire sur l'assemblée; et solennellement il appelle Adolphe Renaud, élève d'Eléments français.
Suivant ^* l'usage antique et solennel " cet élève prend tous ses livres d'examen, les enveloppe dans sa " flanelle verte ", se rend en face de l'auguste assemblée, dépose ses livres sur la chaise placée devant lui, et se prépare à
répondre à toutes les questions qui vont pleuvoir sur lui durant Pespace de trois quarts d'heure à une heure. Onze élèves ont passé par le crible de l'examen le premier jour; je les nomme par ordre d'apparition, car ma liste est complète, ce sont: Télesphore Morel, Jos. Lévesque, Camille Côté, Eug. Lessard, Naz. Lajeunesse, Alphonse Durand, Rémi Prud'homme, Louis Desmarais, Auguste Marion et Fabien Laforest. Je remarque parmi ces élèves deux finissants, deux rhétoriciens, deux humanistes, deux élèves de Syntaxe, un élève d'Eléments et un autre de la Préparatoire.
Quelle bonne aubaine de pouvoir passer d'aussi bonne heure ! Ce jour d'épreuve fini, les heureux ^' passés '^ sont libres jusqu'à la fin; ils peuvent en paix s'adonner à la lecture et même à plusieurs petites industries pour passer le temps, voire même prendre une ^' petite partie de cartes " avec un voisin aussi débarrassé de son examen. D'autres plus nerveux ou ayant juré de pousser le Père à bout vont s'occuper à recueillir sur le plancher la mousse des liards géants rangés en face du collège, pour y mettre le feu.
Rien d'incommode comme ces liards dont la dépouille en printemps nous aveuglait, en voltigeant en flocons épais, dans l'atmosphère de l'étude, autour de nos têtes.
Afin d'obvier à cet inconvénient grave en temps de Commune scolaire, le Père Directeur décida de planter entre cJiaque liard, un orme qui avec les années devenant touffu pourrait remplacer avantageusement les premiers arbres plantés.
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Durant cet examen auquel nous assistons, pour ainsi dire, le soleil nous plombait de la bonne façon; le plafond nous écrasait; il faisait chaud! Ouf! on étouffait î Mais dans la suite, de belles jalousies vertes purent amoindrir les chauds rayons du soleil. C'est bien le cas ■de répéter ces paroles que Maître Jérôme disait souvent : " Paris s'est pas bâti d'un jour ! "
Mardi le 17, la boite aux secrets est encore remuée et il en sort les seize noms qui suivent : Ch. Gingras, Pierre Sylvestre, Camille Lafortune, Dositée Bonin, Charles Dugas, Olivier Laferrière, Joseph Saint-Jean, Arvin Beaupré, Elie Bellehumeur, Chateauguay de Salaberry, Georges Bélanger, Jos. Dalcourt, Rosario Provost, Art. Turcotte, Jean-Ls Monne et Ch. de Lanaudière. Je vois en eux : trois élèves de Philosophie, un de Rhétorique, im des Belles-Lettres, quatre d'Eléments latins, un de Syntaxe, quatre d'Eléments français et deux de Préparatoire.
Apparaissez, braves du troisième jour ! Présents ! s^écrient tous ensemble: Stanislas Gareau, Noé Roberge, Paul Roy, Albert Rivard, Amédée Mondor, Benjamjn Desroches, Joseph Demers, Ls Lavallée, James Ward, John Moore, Georges Guilbault, Adelphe Panneton, Jos. Soumis, Jos. Desrosiers. Ces quatorze braves sont répartis comme suit : un en Philosophie, deux en Rhétorique, trois en Eléments latins, trois en Syntaxe, quatre en Eléments français, un en Préparatoire.
Le jeudi est toujours sacré au collège et ce jour-là, les examens chôment. Vendredi, quatorze noms sortent de la boite et autant d'élèves subissent l'épreuve de l'exa-
inen. Ce sont : Joseph Beaudry, Joseph Robillard, Alex. Cabana, Acibiade Durand, Joseph Beaudoin, Elie Côté, Nap. Flamand, Rémi Coutu, Louis Masse, Théophile Gervais, Samuel Kelly, Jos. Laporte, Jos. Asselin, Timoléon Hamelin. De ces élèves, deux sont en Philosophie, trois en Rhétorique, un en Belles-Lettres, quatre en Versification, un en Eléments latins, un en Eléments français, et deux en Préparatoire.
Samedi, le 21 juin, quinze élèves sont appelés : Télesphore Plante, Désiré Fafard, Antoine Chalifour, Louis Lévesque, Tancrède Raquette, Pierre Goyette, Paul Renaud, Auguste Casavant, James Leprohon^ F.-X. Parent, Joseph Thériault, Achille Foucher, Albert Lafortune, Edward Kelly, Louis Aubin lesquels en classe sont repartis comme suit : un en Philosophie, deux en Rhétorique, deux en Belles-Lettres, un en Versification, trois en Syntaxe, trois en Eléments français et trois en Préparatoire.
Une semaine vient de s'écouler en examen ; longue «emaiiie d'attente pour les uns, longue semaine d'ennui pour les autres et pour notre surveillant le " bon Père Tancrède " qu'il ne faut pas perdre de vue, comment pourrait on qualifier ce temps qui durait comme une affreuse torture ?
Et chose étrange! plus il en passait, plus aussi s'allongeait la liste des désoeuvrés toujours prêts pour le coup de main, et aussi, plus l'angoisse du pauvre vieux devenait insupportable.
La présence du préfet des études et des autres professeurs, empêchait bien les graves désordres, mais cet-
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te guerre sourde, à coups d'épingles, si chère aux écoliers, ne lui laissait aucun repos. L'autre surveillant, M. Désaulniers, s'en tirait très bien, car il était craint " une lieue à la ronde. ".
Après une semaine, soixante-dix élèves n'avaient plus le poids de leur examen sur le coeur et prenaient la vie aisément, mais il en restait encore près de la moitié. Donc pas un moment à perdre; c'est ainsi que le dimanche, à la place du catéchisme et de l'étude de 5 heures, il y eut examen pour les trois élèves suivants ; Eugène Kelly, élève de Syntaxe, André Cherrier, de Versification et Georges Latour, d'Eléments français.
Lundi le 23, l'examen reprend ses séances régulières et délivre, ce jour-là, dix-huit élèves : Olivier Dufault, Eugène Laçasse, Swibert Turgeon, Rodolphe Mercier, Denis Saint-Jean, Théophile Gervais, Frs Landry, Jean- Bte Robert, Rémi Masse, Geo. Saint-Georges, Alb. Laurier, Désiré Champagne, Alex. Ferschke, Henri Flamand Arsène Beauregard, Louis Dugas, Narcisse Bourgeois et Wilfrid Mercier. Deux sont en Philosophie, un en Versification, un en Cours commercial, quatre en Syntaxe, cinq en Eléments français et quatre en Préparatoire.
Je ne vois pas d'examen sur ma liste pour mardi, le 24; ce devait être la Saint- Jean-Baptiste et par conséquent congé.
Mercredi, le 25, quinze élèves vont grossir les rangs des " débarrassés " ce sont : Mathew Cavanagh, Wilfrid Désy, Wilfrid Ferland, Edgar Turgeon, Firmin Dugas, Louis Desrosiers, Auguste Cornellier, Antonio Beau-
doin, Médéric Moreau, Jos. Belleville, Alfred Page, Hector Desmarais, Frank Champagne, Ilormisdas Gingras et Joseph Chaussé, c'est-à-dire un élève de Belles-Lettres, trois en Eléments latins, quatre de Syntaxe, six d'Eléments français et un de Préparatoire.
Vendredi le 27, seize élèves subissent leur examen : Pacifique Saint-Germain, Anthime Boucher, Arsène Aubin, Athanase Crépeau, James Hart, Jos. Parent, An t. Guilbault, Louis Pigeon, Arthur Costelleau, William Moore, Romuald Landry, Xérée Goulet, Raphaël Marien, Alcide Guilbault, Louis Grandpré et Mathias Tellier. Parmi eux je compte deux élèves en Belles-Lettres, un en Eléments latins, onze en Eléments français et deux en Préparatoire.
Achevons la dernière journée qui ne sera pas longue, car la boîte achève de révéler ses secrets, il ne reste plus que les cinq noms qui suivent : William Clemens, Adélard Laforest, Joseph Caisse, Victor DesauJniers et Jos. Trudeau. Deux de ces élèves sont en Eléments latins, un en Cours commercial, les deux autres en Préparatoire.
L'examen se trouve achevé et 127 élèves viennent de subir l'interrogatoire; c'était là le nombre des élèves à la fin de l'année scolaire 1872-1S73.
Mais on me demandera peut-être comment il se fait que des listes entièi*es d'élèves, comme la présente, se trouvent entre les mains de certains écoliers ? Cette question m'amène à donner d'autres détails. D'abord chaque élève, en vue de l'examen, avait un cahier sur son pupitre (il n'y avait pas de cahiers tout faits comme au-
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jourd'hui; on achetait du papier grand format appelé, à cause de son usage, papier d'écolier; on le coupait par le milieu et pour le couvert, on se procurait du fort papier-crème à envelopper. ) Sur ce cahier s'enregistraient au fur et à mesure des appels, les noms des élèves, et, souvent même, on ajoutait aussi exactement que possible, la note de l'examen.
L'entrée des noms des élèves sur nos calepins se faisait aux premiers jours de l'année, classe par classe, avec aussi les noms des paroisses d'origine.
On ne parlait pas dans le temps, à Joliette du moins, d'imprimerie dans nos collèges, ni de palmarès imprimé, de sorte qu'aucun document officiel ne nous était remis ; il valait mieux faire l'ouvrage soi-même.
Le premier annuaire imprimé au collège Joliette, porte la date de l'année scolaire 1875-1876 ; il est devant moi et voici ce que j'y remarque: la devise des Clercs de Saint- Viateur : Sinite parvxdos ventre ad me, avec le monogramme du Christ, les Saints Coeurs de Jésus et de Marie ornés de deux branches de lis en sautoir. Le titre de l'opuscule est: Prospectus du Collège Joliette. Il y a 5 prêtres, 16 professeurs, 214 élèves dont 28 de langue anglaise.
Dans le second annuaire, il y a une photographie du collège avec la même devise et le même monogramme. Celui de 1877-1878 montre les trois lettres C. S. V. en un très joli et très apparent monogramme. Il mentionne pour la première fois la nouvelle voie ferrée: Québec- Montréal-Ottawa et Occidental. Je vois dans celui de
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1881-1882 les armes de la communauté des Clercs de Saint- Viateur dont le champ est coupé d'argent en chef et d'azur en pointe; chargé au chef du monogramme des Clercs de Saint- Viateur, accompagné en pointe de saint Viateur enseignant les enfants. Pour cimier de l'écu, je vois le monogramme du Christ, J. H. S. ; pour ornements de support deux tiges de lis en sautoir et pour devise: Sinite parvulos ventre ad me. On y mentionne que Joliette est une des stations du Chemin de fer du JS'ord.
L'annuaire de 1883-1884 ajoute aux armes plus haut décrites ces autres paroles adoptées par les Clercs de Saint-Viateur : Laudetur et ametur Jésus !
Puisque j'ai nommé tous les élèves, de 1872-1873, je vais nommer les professeurs, et ainsi le personnel sera au grand complet :
Directeur et procureur, R. P. Beaudry ; préfet, R. P. 13ucharme ; économe, le Frère Dussault ; Philosophie, les PP. Laporte et Michaud; Rhétorique, MM. Louis Beausoleil et Anselme Baril; Belles-Lettres, MM. Beausoleil et Baril; Versification, M. F.-X. Boisseau; Eléments latins, M. Alphonse Panneton; Sjaitaxe et Classe d'xVffaires, MM. Beausoleil et John Doyle; Eléments français, MM. Régis Bonin et J. Latchford; Préparatoire, MM. F. Mondor et J. Hart qui de plus faisait la lecture anglaise dans tout le cours classique; maîtres de salle et d'étude, MM. Hormisdas Désaulniers et Tancrède Archambault; musique, le Frère Vadeboncoeur. En tout 18 professeurs.
Un peu plus tard on se servit de la méthode suivante pour l'appel aux examens. Quand un nom sortait de l'urne, on adjoignait à l'appelé deux compagnons, ses deux voisins sur la liste de classe. Les examens par écrit sont entrés à Joliette avec le baccalauréat en 1880.
Avant la sortie, le résultat de l'examen nous était communiqué, à l'étude même, par la lecture de la note de chacune des matières.
" Sans doute, dit le P. Peemans, comme après toute bataille, il y a des vainqueurs et des vaincus, des élus du sort et des disgraciés de la fortune; mais tous sans exception, éprouvent le sentiment de bien-être de l'homme qu'on soulage d'un lourd fardeau longtemps et vaillamment porté. Il reste, pour l'immense majorité des élèves la satisfaction du devoir généreusement accompli, l'habitude du travail acquise ou fortifiée, le trésor de science augmenté de nouvelles richesses désormais constatées et à Tabri de toute atteinte. ".
Il y avait aussi comme maintenant, je suppose, lecture des notes, chaque semaine, le dimanche, à 6 heures du soir. Le Père Directeur, comme préfet, suivi de tous les professeurs arrivait à l'étude, montait à la tribune, tandis que, au bas de l'estrade, le professorat par ordre de dignité formait cercle autour de lui. Et le préfet donnait à chacun le nombre de notes méritées durant la semaine, ce qui équivalait à indiquer les places en classe. Une seule classe échappait à ce système d'émulation, c'était la Philosophie. Le vulgaire ne connaissait donc la force scientifique des philosophes qu'aux examens publics, ou à la lecture des notes d'examen. Je n'ai jamais
pu m^expliquer cette exception, ni pu en savoir l'origine. La réputation de ces élèves paraissait-elle assez bien établie sans cette formalité gênante? leur émulation n'avait-elle aucun besoin d'être stimulée ? J'en doute.
Pourtant on revint plus tard sur ces dispositions et la liste reprit ses droits longtemps lésés, au mois de septembre 1878. C'était à la fin de notre cours et la classe qui nous suivait ne jouit plus d'aucun privilège; ce fut régalité devant la loi.
Quand le Père Lévesque était préfet, il commentait toujours la liste et c'était parfois bien amusant pour la gallerie. Le chapitre de Nos directeurs nous en donne un échantillon.
La salle d'étude se transformait souvent en salle de conférences. Quand il venait au collège des personnages importants, le Père Directeur les conduisait à l'étude où ils adressaient la parole aux écoliers. Les RR. PP. Lacombe et Laçasse, o. m. i., les PP. Trappistes d'Aiguebelle en France, et d'autres encore !
Mais le plus aimé et le plus fêté de tous était bien toujours le R. P. Laçasse» l'intarissable conteur, le joyeux conférencier, le spirituel et comique causeur qui nous donna plusieurs conférences surtout en 1878 où il passa deux jours à Joliette, revenant de Saint-Jacques et se dirigeant à nouveau vers les côtes du Labrador.
Il est bien temps de citer encore quelque chose du Voisin d'étude du Père Peemans.
Le sujet est d'actualité autant qu'autrefois.
" Traversons dit-il les longues allées de ce vaste labjriiithe. Voici un élève qui, le front appuyé sur deux mains solidement arcboutées sur son pupitre, enfonce dans une mémoire rebelle une leçon bien longue. . . En voici un autre qui, le regard obstinément fixé au plafond, prétend chercher dans les solives des inspirations que son papier lui refuse; voici plus loin un favori des muses, il est superbe d'enthousiasme, sa plume glisse rapide, échevelée, sur les pages frémissantes de son cahier; en voici d'autres qui lisent, qui méditent silencieusement, qui élaborent leurs devoirs journaliers. Que de physionomies diverses nous avons déjà aperçues, et, cependant nous ne sommes pas encore sorti du camp des travailleurs !
^'Maintenant que ne découvririons-nous pas si,surmontant notre répugnance, nous risquions nos pas parmi la tombe des paresseux? (Cette herbe, hélas! croît partout). Voici d'une autre part l'immobilité absolue figurée par le lâche sommeil de cet élève, d'autre part, le mouvement perpétuel symbolisé par l'activité de mauvais aloi de cet autre. Et entre ces deux extrêmes que de catégories ! I En voici qui '* combinent des plans " qui rêvent, qui " dissipent " leurs camarades, qui " tuent le temps ''; au seul aspect d'un livre classique ils éprouvent de violentes nausées; la vue d'un cahier de classe leur donne des horripilations.
" Mais arrivons à notre type. Le voisin d'étude, envisagé comme type, s'impose à notre admiration. Les services qu'il rend sont tout simplement innombrables; par son application il rappelle les facultés fugitives du
voisin, il chasse le sommeil loin de lui; il l'avertit à temps du danger qui le menace.
" Vovez avec quelle dextérité il fait passer un billet qui, de voisin en voisin, parcourt souvent de grandes distances et arrive à destination avec une sûreté et une vitesse que " la malle royale " devrait prendre pour modèle. Il parle sans remuer les lèvres; quand l'usage de la voix est impossible, il a recours à des signaux dont il garde en lui tout un arsenal.
" Quelle influence morale le bon voisin d'étude n'exerce-t-il pas autour de lui? Un voisin laborieux est un reproche continuel, entraîne au travail le voisin qui veut '' faire la paresse" ; cet exemple d'application et d'obéissance peut facilement devenir le point de départ d'une vie nouvelle, etc., etc. "
Et le K. P. Peemans termine ainsi son étude par ces hautes considérations philosophiques : " Ah ! si l'écolier réfléchissait toujours à l'influence souveraine de l'exemple, chacun trouverait son bonheur et sa gloire à servir de modèle aux autres, et les salles d'étude verraient à jamais bannir de leur enceinte ce fléau de l'oisiveté qui énerve les âmes les plus richement douées, qui éteint dans leur germe des intelligences créés par Dieu pour resplendir dans le monde comme des émanations radieuses de la lumière céleste I "
" Les services rendus, disait le Père Peemans, par le voisin d'étude échappent aux calculs des statisticiens, ils sont tout simplement innombrables. " Après tout, ils ne suffisaient pas à détourner tous les châtiments et
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m'est avis que le voisin, était sinon de connivence avec le surveillant, du moins laissait les choses suivre leur tournure ordinaire et " riait dans sa barbe ".
Le premier surveillant présidait l'étude du matin avant la messe et le second — le Père Tancrède — faisait celle du soir aussi propre au recueillement qu'au sommeil. Il avait par là de quoi faire payer à plus d'un, maintes fredaines de la journée.
" Il avait bien cent ruses dans son sac " et il s'en servait au besoin selon la classe d'élèves à qui il avait affaire.
Maintes fois il proclamait un principe qu'il exprimait mal, mais qu'il comprenait bien : " Chacun mon tour, j'aurai son tour ", et qu'il appliquait fort bien dans la pratique.
L'étude du soir — son lot — était favorable au sommeil ; la journée avait été laborieuse et le repos semblait bien doux : dulcis est somnus bene lahoranti et plusieurs, parmi les plus espiègles, agités tout le jour et ballottés en tous sens, n'avaient pas la patience d'attendre le reposant baudet. Ils dormaient un bon somme sur leur pupitre, la tête appuj^ée sur leurs livres, faisant comme ce vieux à qui on demandait : " Vous n'avez pas peur de l'ouvrage? — ^' Ah! pour ça non! Je n'ai pas peur de l'ouvrage, je puis me coucher dessus et y dormir à mon aise. ".
Le Père Archambault, faisait donc le guet et si jamais il eut besoin de ses deux yeux, l'étude du soir en était une des meilleures occasions. Chaussé de pantouf-
fies, baptisées dans le temps du nom de *^ tranquilles ", il faisait la ronde dans l'étude, sa tabatière à la main. Malheur à qui dormait de ceux avec lesquels il avait eu maille à partir dans la journée, soit à l'étude, soit en récréation. A pas de loup le ^' Père " s'approchait des pupitres et s'en prenait aux oreilles ou au nez des propriétaires. Sans vouloir le juger, le " Bonhomme " paraissait jouir par avance de ses prouesses: il souriait, ravalait sa salive, et d'une main nerveuse, saisissait l'oreille du ^^ bel endormi " et le secouait comme ayant mission de la décoller. L'élève atteint bondissait sur son céans et la salle d'éclater de rire.
Plus loin, à quelques minutes d'intervalle, il en abordait un second assoupi face au vent, semblant offrir son nez à quelque coup de main facile. Le Père n'y manquait pas et l'on entendait aussitôt péter une bonne nasarde qui retroussait le nez du malheureux dormeur éveillé en sursaut. Encore une explosion de joie, non pas précisément sur la figure du jeune acteur, mais sur toutes celles des témoins.
Le cher Père y allait pourtant avec précaution, car toutes ces petites " canailleries " pouvaient mettre la communauté sur un volcan, comme les socialistes au 1er mai. C'est alors qu'il se plaignait au Père Directeur disant : " la communauté frotte, la communauté frappe, ou la communauté colle", (bruit avec les pieds, avec les couverts de pupitres et usage de gomme arabique. ) .
L'origine de toutes les taquineries des élèves à l'adresse du bon Père, date de sa première année de soutane en 1872. Deux maîtres sévères — deux cousins-
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germains — MM. Arthur Derome et Hormisdas Désaul- Diers avaient tenu la communauté en respect les années précédentes. En 1872, M. Désaulniers prit les rênes de Tautorité avec M. iVrchambeault pour second. Dès la première étude, ou mieux dès le premier Veni sancte, trois cents yeux se braquent sur le nouveau maître. Et lui, un petit papier à la main, lit tant bien que mal et plus mal que bien son invocation au Saint-Esprit.
Il la savait pas coeur, sans doute, mais il bégayait et se croyait incapable de la dire en face de la communauté et, même, dans son excitation il ne put la lire sans faute, car il disait : et tuis amoris pour tui et plusieurs autres petites choses du même genre. Tout le monde se mit à rire et rirait encore dans les mêmes conditions, et, parmi les plus empressés, je compte en première ligne tous ses confrères de classe. (Ne pas oublier qu'il prit la soutane après sa Ehétorique; il avait alors 32 ans.) En disant qu'il ne pouvait pas dire la prière en face des écoliers, je me rappelle une anecdote que me racontait naguère un de ses confrères.
Le R. P. J.-E. Laporte, c. s. v., (Michel) de regrettée mémoire Pavait un jour appelé en classe, pour réciter sa leçon de philosophie.
Je me rappelle fort bien la façon solennelle de procéder du Père Michel : Domine Archambeault. Quaero a te Domine quid sit philosophiaf A cette demande il fallait répondre sur le même ton : Quaeris a me Domine, quid sit philosophia ? sic respondeo. Le " bonhomme " se lève, prend sa tabatière et son mouchoir, frappe sur le couvert de sa boîte à tabac, en prend une pincée qu'il
porte à son nez — il ne fumait pas en récitant, il prisait — puis tire son mouchoir qu'il avait glissé sous son bras, affaire d'habitude, et le passe et repasse sous ses narines; il prend son temps; il veut même passer le temps; c'est clair et durant tout ce manège, il ne dit rien, bien entendu. Le Père Laporte visiblement amusé par cette mise en scène d'une si aimable bonhommie, lui dit: " Allons ! récite Tancrède " — Peu sûr de son coup, Tancrède commence à bégayer sa réponse et à répéter ses mots. — Dépêche-toi, lui dit le professeur. — Oui, mais répondez donc pour moi, M. Laporte. — Si tu me l'avais dit tout de suite, dit en riant le P. Laporte, ce serait déjà fait. Maintenant assieds-toi. ".
La classe entière venait d'être jetée dans l'imprévu mais combien aimable et joyeux. î
Une autre chose nous intriguait — les jeunes — voir tant d'objets perdus par des philosophes, des livres et des livres dont les titres et les noms d'auteurs rencontraient des difficultés de prononciation. Je compris plus tard que tout cela était de la comédie pour embêter le surveillant qui s'échinait à annoncer: "Un tei a perdu un livre ins-ti-ti-tulé". — Là sortait le mot drôle qui faisait fortune, après avoir obtenu un grand succès d'hilarité.
Mais notre suiTcillant finit vite par sentir la poudre et ne voulut plus rien annoncer pour ses confrères. Ils méritaient bien cet ostracisme.
Mais cette salle si riche en souvenirs et dons les murs savaient tant de secrets, était devenue, ainsi que ses
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devancières, trop étroite pour loger tout le inonde écolier : il fallait encore clianger, mais contrairement aux jours de déménagement ordinaire, ce fut un jour heureux et infiniment gai, car une belle grande salle nous conviait aux deuxième étage de la bâtisse de briques. La salle actuelle. Cent-dix pieds de longueur sur cinquante pieds de largeur formaient une salle immense à nos yeux, capable de recevoir toute la gent écolière, indéfiniment de cette époque (novembre 1875) à la fin du monde. C'était pour nous le nec plus ultra d'une salle d'étude.
C'est la salle d'aujourd'hui, agrandie de 75 pieds en 1901; le mobilier est le même qu'alors; déjà nous avions de bons pupitres et d'excellents fauteuils.
En ce temps-là comme à présent, je suppose, les images de nos protecteurs de classe s'en allaient les unes après les autres prendre place au mur du sanctuaire du travail. Une fois les protégés partis, ainsi qu'une "bande d'oiseaux", le saint patron, fidèle à sa mission, les remplaçait à l'étude.
Saint Joseph (en couleur) nous remplace avantageusement, j'en suis sûr, (25e cours). Son souvenir m'attendrit toujours.
Le chapitre XIII du tome premier, nous en donne l'histoire; je ne la répéterai pas.
De la salle d'étude on passe aisément aux Académies.
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