CHAPITRE XVIII
Sinite parvulos venire ad me.
(MabCj X, 14.)
Parmi les innombrables souvenirs aux rayons plus ou moins pâles qui viennent de se dérouler à nos regards, il en est un qui domine les autres. Bien que mis et gardé dans une réserve calculée, il déborde quand même de toutes les pages de cet ouvrage. Car le collège Joliette, et par suite la communauté des Clercs de Saint- Viateur qui le dirige, sont tout saturés de dévotion eucharistique dont Parôme et le parfum portent au loin le mystérieux attrait et le salutaire exemple des oeuvres divines.
Et quand même leurs élèves ne se lèveraient pas de partout pour le proclamer avec une fierté légitime, les
voisins et les étrangers même le diraient et, au besoin, les pierres elles-mêmes en parleraient : Quia si tacuerint, lapides clamdhunt. (Luc, xix^ 40.)-
Comme la colline domine la plaine, l'église, avec son clocher, surmonte le village, ainsi le Coeur de Jésus plane sur toute l'histoire du collège Joliette et la couvre tout entière.
Et du milieu de cette myriade de noms rappelés dans ces Gerbes, comme aussi dans la Biographie du R. P. Beaudry et les Noces de Diamant du Séminaire de Jolie tte^, il en est trois qui priment les autres, qui les résument en quelque sorte et qui porteront devant l'histoire, le glorieux titre d'apôtres de la communion fréquente et de la dévotion au Sacré Coeur. Je les nomme ici, bien que déjà tous mes lecteurs les désignent clairement dans leur coeur. Je les unis en une trinité d'honneur, sans préjudice aux ouvriers plus modestes enrôlés sous leur commandement. Gloire et honneur soient donc rendus aux RR. PP. P. Lajoie, C. Beaudry et C. Ducharme et à l'Institut des Clercs de Saint- Viateur tout entier !
Ces Gerbes de Souvenirs qui s'ouvrent par le T. R. P. Lajoie, vont se clore en un court chapitre spécial sur le souvenir le plus glorieux de notre maison : je veux dire le culte eucharistique qui s'y est épanoui sous la direction principale des trois hommes que je viens de nommer. (On pourrait joindre à ces noms, s'il ne fallait pas abréger, ceux des RR. PP. J.-E. Laporte, J.-E. Foucher, F.-M. Roberge, G. Joly et J. Morin, et du Frère Vadeboncoeur, pour ne parler que du collège Joliette.)
On peut dire sans exagération que cette famille religieuse de laquelle nous sommes issus s'est constamment occupée à cultiver dans le coeur de ses nombreux enfants, la dévotion au Sacré Coeur et à Jésus-Eucharistie. " qui ne fait qu'une, car qui aime le Sacré Coeur de Notre-Seigneur sera comme irrésistiblement entraîné à la communion aussi fréquente que possible ". (R. P. Foucher, c. s. v., au Congrès eucharistique.).
Il convenait souverainement à cette communauté dont la devise est Sinite parvulos venire ad me de pousser les petits vers le Coeur adorable de Notre-Seigneur. Elle n'y a pas manqué. Elle prévenait ainsi (et c'est pour elle un grand bonheur) le décret sur la Communion " qui inaugure les temps nouveaux par le règne du Sacré Coeur et ouvre à la piété des droits que le venin janséniste avait périmés. Et après le décret^ " elle se hâte, de faire à la parole du Souverain Pontife, l'écho le plus fidèle, le plus sincère, le plus immédiat, le plus joyeux, comme le Pape lui-même, par son décret, fait écho à la parole de Jésus: " Laissez venir à moi les petits enfants ". (R. P. Bailly.)
Pénétrés du désir du saint Concile de Trente qui " souhaiterait qu'à chaque messe, les fidèles qui y assistent, reçussent l'Eucharistie non seulement dans une communion de désir et toute spirituelle, mais encore sacramentelle ", les supérieurs de Joliette, de bonne foi, le mettent en pratique. Ils ne se donnent ni cesse, ni repos qu'ils n'y soient parvenus, mais au prix de quels sacrifices? Car la peste janséniste exerçait encore ses ravages; le virus mortel n'avait pas complètement dis-
paru " (Décret). Aussi une critique amèie, venue d'un peu partout, s'attaque à leur direction, mais en braves, ils tiennent tête à l'orage. On eût dit que par avance leur conduite s'inspirait de ces récentes paroles du cardinal Gennari : ^^ Ce n'est pas une petite injustice que de priver un pénitent, même une fois, sans de justes et graves motifs, des biens que la communion lui procure. ".
Ils ont donc été les chevaliers de la Sainte Eucharistie et des premiers, parmi les hérauts du culte eucharistique au Canada. On désigne clairement, il me semble, au Congrès eucharistique, le collège Joliette, par ces paroles : '^ La communion fréquente et quotidienne se faisait probîiblement dans un seul collège, il y a trente ans. ". (1890-1910).
Je ne rappellerai pas dans ce chapitre, les moyens employés, ni les industries mises en oeuvre pour arriver à ce résultat. Tout cela est au long raconté dans la Biographie du R. P. Beaudry. Mais je n'omettrai pas les témoignages éloquents et autorisés de Mgr P. Bruchési, et de Mgr J.-A. Archambeault, premier évêque de Joliette. Mgr l'archevêque, dans Toraison funèbre du R. P. Beaudry, où il le nomme " l'Apôtre du Sacré Coeur", signale bien, il est vrai, sa direction des âmes, en rapport avec la communion fréquente, mais il est facile de voir par le texte que Sa Grandeur n'ose pas accorder des louanges sans restriction. Ce n'est que le 13 novembre 1907, au soir, qu'en réponse à l'adresse des élèves du collège. Monseigneur, évoquant le souvenir du R. P. Beaudry, au sujet de la communion, dit ces belles paroles couvertes d'applaudissements : " Le P. Beaudry avait pré-
venu les décisions récentes du Vicaire de Jésus-Christ; sa doctrine était la bonne, il était dans la vérité ".
Sa Grandeur revint une seconde fois sur ce souvenr; c'était en 1908, en présence de NN. SS. Archambeault et Racicot : "Rappelez-vous toujours, dit Monseigneur aux élèves, du bon et regretté Père Beaudry, cet apôtre ardent et éclairé de la communion fréquente. ''.
Une troisième fois, et dans une circonstance mémorable, (les funérailles du R. P. C. Ducharme), Mgr Bruchési voulut encore évoquer la belle figure du R. P. Beaudry pour lui associer un autre nom : celui du R. P. Provincial décédé : " Le Père Ducharme, dit-il, était le fidèle disciple du regretté Père Beaudry. Ils furent deux apôtres de la communion fréquente et quotidienne, qu'ils propagèrent dans leur Congrégation et auprès de leurs élèves, bien avant que Pie X vint publier son décret sur la communion quotidienne qui n'était que la confirmation de leur doctrine. ". Apôtres du Sacré-Coeur et de la Communion ! Est-il rien de plus noble et de plus glorieux pour des prêtres ?
Mgr Archambeault, si zélé, lui aussi, pour la Sainte Eucharistie en faveur de laquelle il publia des lettres remarquables qui commandent l'admiration du clergé canadien, proclama plusieurs fois, cette gloire du R. P. Beaudry, de son Séminaire et de la communauté. Aux Noces de Diamant, il nous jette même ce voeu qu'on n'eût pas osé faire en public concernant notre ancien Supérieur : " Ces générations de VAlma Mat 67' murmurent doucement à ton oreille (Séminaire), l'espoir secret que
y un d'entre eux, le K. P. C. Beaudry, aura un jour les honneurs réservés aux vrais serviteurs de Dieu. ".
Puis, en ouvrant le Congrès eucharistique de Montréal, j'y vois à la page 601, le discours de Mgr l'évêque de Joliette, président de la première séance sacerdotale, lequel éclaire d'un jour superbe notre affirmation : "Mgr l'archevêque de Montréal, dit-il, en me demandant de présider cette séance consacrée à V Apostolat de la Communion, ne pouvait pas procurer une joie plus douce à mon coeur d'évêque. Cette délicate attention est sans doute une récompense ménagée par Dieu au diocèse de Joliette. Ce diocèse, le premier créé par Sa Sainteté le Pape Pie X, est l'un des plus remarquables par la vivacité de sa foi et la ferveur de son culte eucharistique. Dans ma ville épiscopale fut établie la direction de l'Oeuvre des prêtres adorateurs pour l'Amérique du Nord. Le Père Beaudry, des Clercs de Saint- Viateur et ancien supérieur du Séminaire de Joliette, en resta l'âme pendant de longues années. Il eut le bonheur, quand ils arrivèrent au pays, de la remettre entre les mains des dignes fils du vénérable Pierre-Julien Eymard, et d'en voir ainsi assurés le plein développement et la perpétuité.
" A ce saint religieux revient encore la gloire d'avoir été, toute sa vie sacerdotale, le défenseur intrépide de la communion fréquente chez les enfants de nos écoles, chez les jeunes gens de nos collèges et cela bien avant que le Saint-Siège eût fait disparaître du monde chrétien les derniers vestiges du jansénisme par le mémorable décret : Sacra Tridentina Synodus.
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Enfin le diocèse de Joliette a procuré l'an dernier à ses prêtres dévoués la consolation d'enregistrer plus de 1,200,000 communions, alors que le nombre total des personnes en âge de communier n'atteint pas le chiffre de 50,000.
Deux autres fois, durant le Congrès, le nom du R. P. Beaudry fut prononcé, et je crus que les mûrs de Péglise du Saint-Sacrement crouleraient sous les applaudissements des prêtres.
On venait de citer Mgr de Ségur, le vénérable P. Eymard, le vénérable Dom Bosco, le bienheureux curé d'Ars et on ajouta : " Et dans notre pays, leur pieux émule, le R. P. Cyrille Beaudry, c. s. v. ".
La seconde fois ce fut le R. P. Lault du Saint-Sacrement qui, dans son rapport sur l'Oeuvre des prêtres adorateurs, fait ainsi l'éloge du R. P. Beaudry : '^Implantée au Canada en 1890, l'Association des prêtres adorateurs fit de rapides progrès, grâce au zèle inlassable du R. P. Beaudry, supérieur de Joliette qui en fut le premier directeur et le grand zélateur. ".
Quelques mois après le Congrès, en présence des prêtres réunis pour lui offrir leurs souhaits de bonne année, le 29 décembre 1910, Mgr Archambeault, proclame encore avec un légitime orgueil que le diocèse de Joliette est à la tête de tous les diocèses pour le nombre de communions: " Joliette avait droit à cet honneur, dit Monseigneur, parce que le R. P. Cyrille Beaudry, de sainte mémoire, a été le premier et l'infatigable apôtre de la communion fréquente et quotidienne dans cette partie du pays, aujourd'hui notre diocèse. ".
GERBES DE SOUVÎ^NIKS
Il me semble après cela que deux choses seulement ont manqué au R. P. Beaudry : raclièvement de son collège et la reconnaissance et l'approbation de sa ligne de conduite touchant la sainte communion. En cinq ans, il eût vu la réalisation de ses voeux : en 1905, le décret libérateur, et en 1909, son collège qui s'élève majestueusement portant dans les airs, l'image vénérée du Sacré Coeur.
De tous ces efforts, de ces directions et de ces succès, le R. P. Lajoie, supérieur général, '' ne fut pas seulement le témoin sympathique ", mais le directeur principal à qui revient de droit l'honneur de sa famille religieuse, tout comme le général de l'armée, le capitaine du navire et l'architecte de l'édifice sont les artisans véritables des victoires et des succès de leurs subalternes.
Il est donc, dans sa communauté, le patron des oeuvres eucharistiques, comme son protecteur céleste saint Pascal Baylon l'est, de par l'autorité du Souverain Pontife Léon XIII, pour l'Eglise universelle.
Le R. P. Robert, vicaire de l'Institut nous fait connaître de son côté les sentiments intimes, les aspirations et la ligne de conduite de la communauté, vis-à-vis de l'Eucharistie, dans son discours à Son Eminence le cardinal V. Vannutelli, lors dos Noces de diamant du R. Père Général (1912).
" Nous vous prions, Eminence, d'être auprès du Saint Père, l'interprète de nos sentiments de profonde et filiale soumission à tous ses enseignements. Nous avons eu l'honneur de devancer ses pressantes directions sur la
communion fréquente. Puisqu'on vous a justement appelé le cardinal de PEucharistie, veuillez dire, Eminence, au Pape de l'Eucharistie, que vos protégés de Saint- Viateur sont fidèles à cette sainte pratique, et qu'ils en resteront, auprès de leurs élèves, dans leurs écoles et leurs collèges, les ardents propagateurs. ".
Le R. P. Lajoie avait bien raison d'écrire: " Nous avons certes nous, humbles Clercs de Saint-Viateur, de grandes actions de grâces à rendre à Dieu de nous avoir tant favorisés et protégés. Heureux confrères que vous êtes en Canada! Vous ne sauriez trop apprécier votre sort et bénir la Providence.
C'est après cela, et dans un même ordre d'idées, que le R. P. J.-E. Foucher écrivait naguère : *^ Vraiment notre maison, si elle n'eut pas toujours, dans certains milieux moins sympathiques, l'estime et les encouragements qu'elle méritait, a vraiment bien des motifs de se réjouir dans le Seigneur de la part que son Coeur a daigné lui faire, et du rôle si beau qu'il lui réserva. ".
A la vue de cette bonne Providence de Dieu, pourvoyeuse de tous les biens, si généreuse envers notre Aima Mater ^ nous sommes tous fiers de la part d'héritage qui revient à notre Chez-nous et ensemble nous sentons le besoin d'entonner le cantique de la reconnaissance : Gratias Deo super inenarrabili dono ejics. (II Cor., ix^ 15.).