‹ Gerbes de souvenirsChapitre 20 sur 31 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

lo L'hon. Juge Georges Baby de Ranvillb (1832—1906)

Dire vrai, faire bien !

(Devise de la famille Baby).

Si VOUS n^avez pas vu le nouveau Musée du Séminaire de Joliette, il faut le voir et, comme moi, vous serez surpris et émerveillés des trésors qu^il renferme. Il faudrait en faire l'inventaire détaillé; ce serait un ouvrage du plus haut intérêt. Souvent j'avais visité ces salles de notre maison; mais, vu leur installation peu favorable, rien ne ressortait ; aujourd'hui, dans les riches casiers, les opulentes vitrines, l'exposition est superbe, le

parterre et les galeries sont baignés de lumière et d'espace, et ainsi la collection de monnaies et de médailles, unique on peut dire, léguée par le juge Baby s^étale dans toute sa richesse. Ij^ Annuaire de 1905-1906 parle ainsi de cette collection : " M. Baby n'a pas oublié son Aima Mater; il lui a légué |3,000 et sa collection de monnaies et de médailles évaluée, dit-on, à |8,000 ou |10,000 piastres. ".

Louis-François-Georges Baby n'est pas Joliettain de naissance, car il naquit à Montréal le 26 août 1832, mais il choisit Joliette pour sa seconde petite patrie, et il la nommait, dans le style Henri IV, sa t)onne ville de Joliette.

Son père allié à la famille de Lanaudière vécut longtemps à Joliette.

Le jeune Baby commença ses études au collège de Montréal, mais en 1847, il vint à l'Industrie dont le collège ouvrait sa deuxième année. Cependant il fit partie du premier cours. Et déjà sa devise était choisie et il la suivait fidèlement: Mon Dieu, ma patrie, mon devoir !

C'est lui qui fit l'éloge de l'hon. B. Joliette, en présence de Mgr Bourget, aux examens du collège, quelques jours après la mort du grand citoyen (1850).

Personne ne pouvait en parler avec autant d'autorité que ce jeune homme, l'hôte des seigneurs de l'Industrie pendant ses études.

Il étudia le droit sous la direction de Sir Georges- Etienne Cartier, puis il revint demeurer à Joliette pour

y exercer sa profession. Il fut tour à tour député et ministre à Ottawa jusqu'en 1880, où il monta sur le banc des juges, qu'il honore de toute sa noblesse et de sa scrupuleuse honnêteté (1880-189G).

Citons quelques traits de sa vie comme juge, et comme homme public, comme patriote et comme citoyen, et pour cela, jjrenons la parole autorisée de Thon, juge Lacoste, président de la Cour d'Appel à Montréal,et de deux Joliettaius; on ne peut mieux dire: ^^Le Barreau se souvient, avec plaisir, j'en suis convaincu, de M. le juge Baby, ce bon, loyal gentilhomme dont la devise chrétienne et patriotique a toujours été Mon Dieu, ma patrie et mon devoir. Son esprit s'était tourné vers l'étude. Sans doute il consacrait tout ce qui était nécessaire de son temps à remplir ses fonctions professionnelles, d'abord politiques, puis ensuite judiciaires, car il a été, comme vous le savez, avocat, député, ministre, puis magistrat. Le temps qui lui restait, il le consacrait à scruter le passé, à fouiller notre histoire nationale. Aussi était-il devenu un de nos hommes les plus érudits et les plus éminents. Nous pouvons dire que le pays perd en lui un des citoyens les mieux renseignés sur notre histoire. Quant à nous qui avons siégé avec lui ici, nous voyons disparaître un aimable compagnon qui a excité un vif regret, lorsqu'il nous a quittés et dont nous conservons un souvenir des plus agréables. Nous lui disons maintenant notre suprême adieu, et,, en même temps, nous offrons à sa famille nos condoléances et sympathies les plus profondes.

" Par respect pour la mémoire du distingué défunt, la Cour, lorsqu'elle s'ajournera ce soir, sera ajournée jusqu'à 1 heure demain, jour des funérailles. ".

Au Palais de Justice de Joliette, mercredi dernier, l'iion. juge deLorimier, qui présidait en ce moment-là le terme de la Cour Supérieure, fit le bel éloge suivant du distingué défunt en ajournant la Cour jusqu'après les funérailles : " Avant de procéder à Fouverture de cette séance de la Cour, qu'il nous soit permis, Messieurs, de profiter de la circonstance, pour offrir un juste tribut de louanges à la mémoire de Phon. juge Baby, dont le pays déplore en ce moment la perte. Je crois me faire l'interprète de vos sentiments en exprimant ici, publiquement, combien cette perte nous est douloureuse, et avec quelle peine nous ressentons la disparition de cet homme de bien.

" La plupart d'entre nous ont eu quelque rapport avec ce citoyen distingué, car l'on peut dire que durant toute sa vie, il a appartenu réellement à Joliette. Il a occupé ici les positions publiques les plus éminentes, soit comme premier magistrat de cette ville, soit comme représentant au Parlement.

" Sa demeure a toujours été le rendez- vous de ceux qui, de près ou de loin, ont pu avoir quelque nouveau projet à exposer pour le progrès et l'avancement de cette partie du pays. Il s'est plu à être le continuateur de l'oeuvre de M. Barthélémy Joliette, et je n'ai aucun doute que cette ville conservera longtemps le souvenir de ce citoyen si dévoué, et si bienveillant pour tous.

" L'honorable juge Baby a toujours été, dans tous ses rapports avec ceux qui ont eu l'occasion de le rencontrer, le type du parfait gentilhomme, agréable à tous, tou-

jours charmé de recevoir ses amis, toujours heureux de rappeler quelques souvenirs de l'histoire du pays. Ses loisirs lui ont permis de se dévouer à ses goûts d'antiquaire, et il a été l'un des membres les plus zélés de la société des Antiquaires et Numismates de Montréal. C'est à son zèle et à celui de ses collègues de cette société, que Montréal est aujourd'hui redevable de posséder encore ce monument historique que vous connaissez tous : le Château Ramesay. Souvent menacée de destruction sous les flots envahissants du Commerce et de l'Industrie, cette antique résidence des premiers gouverneurs de la Colonie, nous a été épargnée grâce au zèle de l'hon. juge Baby et de ses collègues qui se sont toujours opposés à la disparition de ce vieux monument historique. L'hon. juge Baby a donc su attacher son nom à la conservation de ce monument précieux et à la création d'un musée d'antiquités du pays, qui commence déjà à être du plus favorablement connu et apprécié.

" Conservons, messieurs, le souvenir de celui dont nous déplorons la perte. Citoyen intègre, magistrat éclairé, homme politique toujours dévoué à son pays, il a passé parmi nous en faisant le bien, et il ne laisse après lui, que des amis et des regrets universels.

" Je profite de la circonstance, pour offrir tant en mon nom, qu'en celui de tous ceux que je puis représenter, à la famille du regretté défunt, nos hommages et nos sympathies les plus sincères. ".

M. J.-Ad. Renaud^ avocat, C. R., prit la parole à son tour : " Ma qualité de doyen des membres présents du Barreau du district de Joliette, m'impose le devoir d'à-

jouter quelques mots aux observations que nous venons d'entendre de la part de Votre Seigneurie, à l'occasion du décès de l'honorable juge Baby.

" Les drapeaux qui flottent à mimât sur les édifices publics et sur les résidences privées de cette ville de Joliette, indiquant mieux que je ne saurais l'exprimer, le deuil général que la mort du distingué citoyen que nous venons de perdre a causé au milieu de nous.

^' J'en parle en ce moment, à titre de citoyen de Joliette. Bien que beaucoup plus jeune que l'hon. juge Baby, j'ai pourtant appris,par la tradition, les grandes et précieuses qualités que possédait l'ilustre défunt. Sa bourse était toujours ouverte à tous les besoins quels qu'ils soient, à toutes les misères dont le triste écho parvenait îi ses oreilles. Il encourageait les entreprises industrielles, il secourait les classes pauvres, il protégeait les institutons religieuses, il favorisait de son influence et de ses deniers, les démonstrations patriotiques, et toujours son nom figurait en tête de tous les bons mouvements qui ont pris naissance en notre ville.

" Aussi, comme je le disais en commençant ces remarques, le décès de Thon, juge vient de jeter dans notre population, un deuil général.

"Comme le faisait remarquer Votre Seigneurie, l'hon. Baby a occupé les positions les plus éminentes. Toujours, tant dans sa vie privée que dans sa vie publique, son nom est resté sans tâche. Il était universellement respecté. Au cours de sa carrière politique, ses adversaires étaient les jjremiers ù reconnaître que dans la

personne du juge Baby, il n'y avait que de la respectabilité, que de la droiture.

" L'homme dont nous honorons la mémoire, a occupé une place éminente au Barreau.. Depuis de longues années, il avait été fait par Lord Dufferin, Conseiller du Roi. Il a fréquemment représenté le Ministère public au Palais, et ses confrères au Barreau, comme tous ceux qui ont eu l'avantage d'avoir des relations avec lui, ont toujours entretenu, pour sa haute personnalité, la plus grande estime, et le plus profond respect.

" Aussi, que Votre Seigneurie me permette de lui dire, tant à titre de citoyen de cette ville, qu'à titre de membre du Barreau de ce district, et tant en mon nom qu'au nom de mes confrères^ que je me joins sincèrement aux remarques de sympathie que nous venons d'entendre de sa part. ".

On peut affirmer que toute la population de Joliette prit part aux funérailles de celui qui était connu ici sous le nom de le bon juge et dont tous les pauvres de Joliette connaissent si bien la résidence.

Les drapeaux flottaient en berne sur tous les édifices publics et sur beaucoup de résidences privées. Sur le parcours du cortège, tous les magasins avaient fermé leurs portes.

Après le service, la dépouille mortelle du juge Baby fut transportée au cimetière pour être inhumée à côté du tertre sous lequel repose celle qui fut la compagne de sa vie.

" Il a bien suivi sa devise. Oui, il a servi son Dieu, par sa parole et par sa vie chrétienne et sans défaillances. Il a servi son pays, comme avocat, politicien, ou magistrat; toujours il s'est révélé patriote, dans la véritable acception du mot; et ses reclierches historiques, travaux qu'il poursuivait depuis longtemps avec une si patiente persévérance sont une preuve de l'affection qu'il portait à son pays.

" Dans la mémoire de ses amis, son nom restera le synonyme de foi vive, de patriotisme éclairé et de gentilhommerie accomplie.

" M. Baby fut longtemps échevin et maire de la ville de Joliette et comme tel, n'a laissé que de bons souvenirs.

" Le juge Baby avait épousé en 1873, Marie-Hélène- Adélaïde Berthelet, fille du docteur Berthelet, de Montréal.

" Lors des difficultés qui survinrent, à propos de l'établissement d'une succursale de l'Université Laval à Montréal, M. Baby fut chargé d'une mission très délicate auprès du Saint-Siège, mission qu'il mena à bonne fin et qui lui valut de la part de Pie IX, alors pape régnant, la haute distinction de Grand-Croix de l'Ordre papal et militaire de Saint-Grégoire. ".

Une mission aussi délicate et aussi honorable fut un jour confiée (en 1773), à son grand père Thon. François Baby do Banville, envoyé en Angleterre pour y plaider la cause de la religion.

Il fallait à M. Baby une valeur extraordinaire pour arriver ainsi aux charges les plus honorifiques et les

plus brillantes, car il ne faut pas oublier qu'il était infirme des jambes. Il nous disait un jour, parlant de cette infirmité : " Le bon Dieu savait bien ce qu'il faisait en m'affligeant ainsi, car, sans cela, avec mes idées chevaleresques, j'aurais trouvé la mort sur un champ de bataille. ".

M. Baby avait une tête magnifique, un port très noble, des manières princières, une politesse comme on se plait à la décrire dans les anciennes familles nobles du Canada.

Il mourut le 13 mai 1906.

UAnnuaire du collège Joliette pour 1906, termine ainsi ses notes biographiques sur Tillustre défunt : "Toujours, tant dans sa vie privée, que dans sa vie publique, son nom est resté sans tache ; il est synonyme de patriotisme sans morgue, de piété sans bigoterie, de dévouement sans ostentation. Sa devise a toujours été: Mon DieUy ma patrie^ et mon devoir.

Je n'ajoute rien à ces beaux témoignages dont l'éloquence est très prenante.

2o Messire Cyprien Lebel^ prêtre.

Puisque ce chapitre célèbre un bienfaiteur, un protégé de la fortune, je le continuerai en y accolant le nom d'un pauvre prêtre, second Lazare parmi les curés des environs de Joliette (le mot est de M. Olivier Giroux ancien curé qui, voyant un jour, un pauvre curé à la

porte d'un prêteur d'argent, dit à son voisin : " Regarde donc Lazare à la porte du mauvais riche.") qui s'est sacrifié sur ses vieux ans, pour aller de paroisse en paroisse prêcher l'oeuvre du Sacré-Coeur de notre Aima Mater.

Il me semble que mes confrères seront heureux de voir qu'enfin, j'ai trouvé une page pour y inscrire le nom de Messire Cyprien Lebel^ ancien curé de Saint-Thomas de Joliette qui a tant sué et peiné en faveur de la chapelle du Sacré-Coeur.

M. Baillairgé, dans VEtudmnt du mois de septembre 1885, annonce ainsi la mort de ce vieux prêtre : "A Kamouraska, mort du révérend M. Lebel, bienfaiteur de la chapelle du Sacré-Coeur; grand'messe au collège pour le regretté défunt. ".

Curieuse coïncidence : il mourut dans sa paroisse natale où il était en promenade, des suites d'une chute dans une cave dont la porte par mégarde fut laissée ouverte.

Il naquit à Kamouraska en 1811, fut ordonné à Montréal en 1840, fut vicaire à Sainte-Elisabeth 1840- 1842; curé de Saint-Thomas de 1843 à 1860, jusqu'à l'arrivée de M. Chicoine. Dans la suite, il exerça le ministère au diocèse de Rimouski ju8(|u'en 1878.

Il avait l'âge, mais il n'avait pas le sou ; son neveu M. Georges Gagnon (père du prêtre du même nom décédé dans le diocèse de Pembroke), n'était pas riche et le pauvre M. Lebel partageait son année de pension entre

le presbytère du R. P. Lajoie, le collège et la réHidence de son neveu.

A la fin, le R. P. Beaudry lui offrit une chambre et le couvert au collège pour un temps indéterminé. Pour témoigner sa reconnaissance, M. Lebel se fit voyageur, missionnaire, prédicateur dans un grand nombre de paroisses voisines ou lointaines. Le pauvre vieux ne sentait pas seulement le poids des années, mais celui de plusieurs autres infirmités qui, naturellement lui faisaient aimer la maison au point de dire: " Dites donc, mon cher, on est bien ici. " Malgré cela, il s'oublie luimême pour le Sacré-Coeur ; il apporte beaucoup d'argent au R. P. Beaudry et devient ainsi l'un des principaux bienfaiteurs du sanctuaire du Sacré-Coeur de Joliette.

C'est à ce titre que ce bon M. Lebel trouve sa place dans ces Gerbes; bienfaiteur modeste, il est vrai, mais apportant à l'autel du Sacré-Coeur, l'obole tant vantée du pauvre.

3o M. F.-X. ChagnoN;, curé de Champlain, N. Y.

" Le vaillant curé de Champlain, l'ardent patriote, l'apôtre, le fondateur d'oeuvres nombreuses, l'écrivain sans prétention, le protecteur né do nos compatriotes des Etats-Unis, le bienfaiteur à la main largement ouverte et au coeur sur la main, est mort hier. ".

On annonçait ainsi le décès de M. Chagnon, le 11 octobre 1911.

M. Ohagiion naquit à Verchères le 18 février 1842, fit ses études à Joliette et fut ordonné en 1871. Nommé vicaire à Saint-Jacques de l'AcLigan, il voulut écrire les annales de cette belle paroisse et faire revivre la vie du bon M. Paré et dès lors il mérita le beau nom de Chagnon la plume, comme aussi les félicitations de Mgr Bourget.

Dans sa carrière de trente-cinq ans aux Etats-Unis, il s^acquit un autre nom glorieux : celui de Père des Conventions, à cause du rôle bienfaisant qu'il ne cessa de jouer auprès de ses compatriotes.

Il bâtit une magnifique école et aussi un monument splendide sur les bords du lac Champlain, près de son église, à la mémoire du fondateur de Québec ( 1909 ) .

Il mourut à 70 ans.

4o M. Norbert Drainville^ médecin.

Encore une belle figure qui disparait et c'est celle que chaque grande fête ramenait à Joliette aux côtés du R. P. Beaudry, son confrère de classe.

Il entra au collège en 1847 pour en sortir en 1854; il venait de Saint-Cuthbert où sa naissance est enregistrée au 29 septembre 1834. Habile chirurgien, il pratiqua sa profession à Saint-Barthélémy pendant cinquante ans (1858-1908). Il mourut chez son fils Wilfrid Drainville, le 5 décembre 1911, à 77 ans. Il avait un autre fils nommé Victor, tous deux élèves, comme lui, du collège Joliette, ainsi qu'une fille épouse du docteur David Rochette de Terrebonne un autre ancien Joliettain.

5o M. Ulric Foucher

M. Ulric Foucher natif de Saint-Jacques de l'Achigan en 184:7. Après de belles études où il acquit une forte culture littéraire, il étudia le droit, mais les affaires l'attiraient; il y consacra sa vie. Il dota sa ville d^in bon aqueduc, ainsi que Berthier et Sainte-Scholastique. Plus tard il acquit plusieurs autres aqueducs, des pouvoirs hydrauliques, et il méditait de vastes entreprises quand la mort Parrêta ; il mourut à PHôtel-Dieu.

" Il prit une part active au mouvement progressif de l'ancien village de l'Industrie et en toutes choses, il fut à la tête de ses concitoyens. Homme actif, intelligent, doué d'un bon coeur,il fut aussi chrétien convaincu et patriote zélé. C'est l'un de ceux qui organisèrent les bataillons de Saint-Jacques et de Joliette et lui-même fit la campagne contre les Féniens en 1870. ".

Il épousa une demoiselle Renaud, fille de M. Joseph Renaud, ancien marchand de Joliette, vis-à-vis du collège. Je me rappelle d'avoir entendu raconter l'incendie du magasin Renaud en 1865. C'était aux examens du collège Joliette; la séance se donnait dans la cour sous une tente de feuillage ; l'exercice tirait à sa fin ; les finissants faisaient leurs adieux au collège par la voix d'un de leurs confrères et c'était le jeune Joseph Bonin (devenu l'ancien curé de Saint-Charles de Montréal), qui prononçait ce discours toujours solennel (M. Ulric Foucher est à ses côtés comme finissant). Soudain, le cri de au feu ! au feu ! retentit et ce fut la débandade. De

partout on court au feu et le magasin Renaud flambait. Le collège fut préservé, ainsi que tout ce qu'on y apporta. Le discours bien peigné et bien dit, j'en suis sûr, du jeune finissant fut à jamais sacrifié.

60 Le Frère Ludger Dufort, c. s. v.

Il m'est bien agréable d'enregistrer ici, le souvenir du bon Procureur qui fit un stage de dix années au ministère des finances du collège ( 1881-1891 ) . " Quel bon souvenir il a lassé chez ceux avec qui il s'est trouvé en contact! Plusieurs messieurs qui sont aujourd'hui curés et qui furent professeurs au collège de 1881 à 1891, en parlaient tout récemment encore. Ils ne tarissent pas d'éloges à l'adresse du cher défunt. Tous s'accordent à redire sa bonté, sa douceur, sa courtoisie et surtout son esprit religieux. Oui le Frère Dufort se montra excellent économe, gai compagnon et homme de devoir. ".

Je continuerai de reproduire ici ce qu'on écrivit à sa mort.

" Il fut huit ans immobilisé sur une chaise par la paralysie, privé de la parole quoi qu'en pleine possession de ses facultés et vivant dans une douce résignation et une patience inaltérable.

" Il emporte dans la tombe les regrets de tous ceux qui l'ont connu. Tous conserveront un fidèle souvenir de cet excellent religieux qui passa dans la vie en faisant le bien. ".

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Le lendemain de sa mort, la Patrie, de Montréal, annonçait dans les termes suivants, la douloureuse nouvelle aux nombreux parents et amis du regretté défunt :

" Le Frère Ludger Dufort, du noviciat des Clercs de Saint-Viateur, est décédé avant hier.

" Excellent religieux, d'un caractère affable et très accueillant, le Frère Dufort s'était conquis l'amitié des prêtres et des laïques qui l'ont connu. Il naquit à l'Assomption en 1837 et fit ses études au collège de sa ville natale. En 1858, docile à l'inspiration divine qui le poussait vers la vie religieuse, il entra dans la communauté des Clercs de Saint-Viateur, à Joliette. Ses supérieurs l'employèrent dans l'enseignement à l'école de Verchères, puis au collège Bourget à Rigaud.

" En 1861, il fut chargé de diriger l'école de Boucherville ; il y passa vingt ans. En 1881, il était nommé à la charge de procureur du collège Joliette. Les anciens de Joliette n'ont pas oublié avec quelle urbanité il s'acquitta de cette fonction. Dix ans plus tard, il fut appelé à prendre la direction de l'Académie Saint-Clément, à Beauharnois. — C'est là qu'il fut frappé de paralysie, au mois d'avril 1905.

* ^Transporté au noviciat de Joliette, désormais privé de la parole et de l'usage de ses membres, mais toujours en pleine possession de ses facultés, il y endura patiemment les souffrances physiques occasionnées par sa maladie, et la torture morale que lui causait une si longue inactivité. On célébra en 1911 son cinquantenaire de profession religieuse,en même temps que celui de trois de ses

coufrères. Le Frère Dufort ne put assister à la fête qui avait lieu, dans la chapelle du Sacré-Coeur, au Séminaire. Il dut se contenter de s'unir, de sa cellule, aux réjouissances de la communauté. ".

Dans la journée du 31 octobre, une congestion des poumons se déclara, qui détermina la mort en quelques heures.

Les funérailles solennelles, qui se firent à la cathédrale, lundi dernier, après l'arrivée des trains venant de Montréal, devinrent une touchante manifestation de sympathies à la mémoire du regretté défunt.

Quatre de ses frères, plusieurs autres parents et amis conduisaient le deuil. Quelques citoyens de Joliette avaient bien voulu se joindre à eux dans ce dernier témoignage d'affection à celui dont le souvenir pieux et aimé reste en bénédiction.

Le Séminaire, l'Académie Saint- Viateur, le Noviciat, et des délégations de toutes les communautés de Joliette remplissaient la nef de la cathédrale.

Un clergé très nombreux avait pris place au choeur.

M. Baillairgé nous laisse cette jolie page sur le Frère Dufort et son temps de collège :

" Encore un ancien de Joliette qui disparait, le bon Frère Dufort.

" Il a laissé chez ceux de son temps, au collège Joliette, un souvenir bien vivant.

" Procureur, au collège, durant de nombreuses années, il s'est toujours montré excellent religieux, procureur habile et gai compagnon.

" L'idéal de la vie religieuse avait fait chez lui une impression profonde qui paraissait dans l'ensemble journalier de ses actions. Doux de caractère et simple de manièreSjSa vie coulait sans bruit comme le ruisseau sous la feuillée. Toutes ses journées se ressemblaient. Telle la vie du bon religieux.

" Frère Dufort, procureur, n'avait peut-être pas la ténacité et la diplomatie du P. Léger, son successeur ; il savait cependant utiliser toutes les chances du marché; et, à une époque où le prix de la pension était très bas, il trouvait moyen d'avoir une balance à l'actif. De ces petits surplus, il ne gardait rien ; il était entendu que le P. Beaudry, supérieur à cette époque, les appliquait à des améliorations pour ses chers élèves.

" La jovialité et le beau caractère de Frère Dufort lui firent autant d'amis qu'il y avait de membres dans le personnel du collège.

" Les contemporains du Frère Dufort, au collège, ont été : le P. Beaudry, le P. Ducharme, le P. Charlebois, M. P. Sylvestre, M. Bénion, le P. Peemans, M. J. Laporte, M. I. Clairoux, le P. Corcoran, M. A. Desrochers, M. A. Lavigne, le P. E. Geoffroy, le P. Durochers, M. A.-O. Houle, M. F.-X. Lavallée, M. F.-A. Baillairgé,M. H. Martel, M. H. Mongeau, M. F.-M. Roberge, supérieur actuel, le P. Foucher, etc.

"Parmi les religieux, il y avait les Frères Bellerose,

Brochu, Champoux, Croisetière, Dessert, Gareau, Guaj, Jalbert, Ladouceur, Léveillé, Nadeau, Sainte-Marie et Vadeboncoeur, etc.

Il y avait comme séminaristes dans les dernières années, Messieurs Beaucliamp, L. Bérard, H. Champagne, J. Cournoyer, A. Desautels. S. Dubeau, H. Ducharme, L. Marion, T. Fitzimmons, A. Moreau, L. Morin, Alfred Pelletier, etc.

^^ Le Frère Dufort était aussi estimé à la ville qu'au collège. C'est avec un souvenir ému que le Dr Sheppard que M. Alb. Gervais, que les MM. Beaudoin parlent encore de l'excellent religieux.

" Les longues années qui, dans la suite clouèient le Frère Dufort. sur un lit de paralysé, le trouvèrent parfaitement résigné et lui fournirent l'occasion d'édifier ses confrères par son inaltérable patience.

yy

Jj^ Annuaire des Clercs de Saint- Viateur ajoute : ^'Le bon Frère Dufort ne pouvant parler que par signes, avait pourtant un mot qu'il répétait toujours, soit pour demander, soit pour répondre ou pour expliquer : Mon chapeau! C'était tout son vocabulaire. 11 riait de bonne grâce lorsqu'on ne pouvait saisir l'idée renfermée dans son chapeau.

"Un jour, NN. SS. Archambeault et Bruchési, étaient venus au noviciat, Mgr l'archevêque de Montréal demanda au paralytique de prononcer le nom de Mgr Archambeault. Le Frère Dufort, après une pause, et d'un air souriant, avec un effort qui montrait son désir de bien

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articuler, ne put s'empêcher de dire : Mon chapeau ! Ce fut un éclat de rire général et joyeux.

"En apprenant sa mort Mgr Tévêque de Joliette écrivit de Rome une belle lettre au R. P. Foucher : " J'envie son sort et je me place dès maintenant sous sa protection. Il m'aimait sur la terre ; comment ne m'aimerait-il pas au ciel ? ".

7o M. Moïse Lavallée^ prêtre.

Par la mort de M. Lavallée, le collège perdait un élève de la première heure, du premier cours (1846) ; il avait treize ans quand sa tante, Mme Lefebvre, le mit au collège Joliette. Il finit ses études à Saint-Hyacinthe.

Il naquit à Sainte-Elisabeth le 9 novembre 1833 et y reçut la prtêrise le 18 décembre 1859. Il fonda la paroisse de Saint- Vincent de Paul à Montréal, en 1871 et la dirigea vingt-cinq ans.

Ayant pris sa retraite, il ne sortait que très rarement de son logis,n'acceptait aucune autre invitation que pour des cérémonies religieuses. Les Clercs de Saint- Viateur le visitaient régulièrement et lui donnaient les consolations de la religion. Il est bienfaiteur insigne de leur juvénat.

Il mourut le 30 juin 1913, à 80 ans.

80 M. Joseph McGown, inspecteur.

La Patrie du 7 février 1914, annonçait ainsi le décès de cet ancien élève de Joliette et l'un des mieux doués et des plus remarquables.

" On apprendra avec un vif regret la mort de M. Jos.- Georo^es-Walter McGown survenue hier soir. M. Me- Gown était l'un des plus anciens inspecteurs d'écoles de la province et l'un des plus respectés. Sa mort causera un grand vide. Nous offrons à la famille nos sympathies.

" Joseph-Georges-Walter McGown né le 14 mars 1847 à Saint-Ambroise de Kildare.

" Admis au barreau du district de Montréal, en 1876, après avoir pratiqué sa profession pendant quelques années, il fut professeur à l'académie Commerciale de Montréal, durant plusieurs années, et fut nommé inspecteur des écoles catholiques de Montréal en 1888.

" Il fit partie des Zouaves Canadiens qui allèrent à Rome. (Quand il s'agit de partir pour Rome comme zouave, il était Clerc de Saint- Viateur et employé à Saint-Roch.).

" Ancien marguillier de l'église Saint-Louis-de-France, il était président de la ligue du Sacré-Coeur et viceprésident de la Société Saint-Vincent de Paul de la même paroisse. Il était aussi membre de plusieurs sociétés religieuses et de bienfaisance. ".

QUEIiQUES ANCIENS DISPARUS 385

Ij Etoile du Nord ajoute les détails suivants qui jettent beaucoup de lumière sur les oeuvres et les aptitudes de M. McGown : "Il laisse un souvenir impérissable parmi ses parents et ses nombreux amis qui ont su apprécier ses qualités de coeur et d'esprit. Catholique pratique, il donna Fexemple du chrétien modèle et du citoyen intègre.

" M. McGown excella comme tragédien et sa renommée comme acteur, non par profession mais par agrément et pour de bonnes oeuvres, n'a peut-être pas été surpassée par aucun autre dans Montréal. Il fut aussi compositeur de plusieurs pièces importantes et en perfectionna plusieurs autres.

" Ses funérailles ont eu lieu lundi dernier, à Saint- Louis-de-France, au milieu d'une assistance considérable de parents et d'amis. Toutes les écoles catholiques étaient fermées ce jour-là, pour permettre aux professeurs de suivre le cortège et d'assister au service religieux.".

Joliette l'a vu plusieurs fois monter sur la scèn.e pour y interpréter les rôles les plus difficiles ou nous déclamer de superbes poésies.

Il fut Clerc de Saint- Viateur dans sa jeunesse, il le fut toute sa vie par le coeur, par son affection pour ses anciens maîtres et par le bonheur qu'il goûtait dans leurs maisons.

Il avait 67 ans.

9o M. Pierre Guèvremont^ shérif.

Encore ce défunt de 70 ans et je ferme ce chapitre. Sa mort fut bien prompte.

" Depuis plusieurs mois il souffrait d'une angine de poitrine, mais rien ne faisait prévoir une fin si soudaine. Comme d'habitude il se rendit à son bureau dans l'aprèsmidi, et vers 2 heures il venait d'entrer à Fhôtel des Postes, lorsque soudain il fut terrassé par la maladie. On courut à son secours et on le transporta chez lui, où, à cinq heures, après avoir reçu les secours de la religion et les soins d'un médecin,il expirait entouré des membres de sa famille de son frère, M. Alfred Guévremont, chez qui il habitait depuis longtemps.

" Le défunt était le fils de M. Pierre Guévremont, de rile Dupas. Il fit son cours commercial à Sorel, et ses études classiques au collège Joliette. Il fut admis à la profession de notaire en 1869, et nommé shérif pour le district de Richelieu, en 1872, alors qu'il succédait à Thon, juge Mathieu.

" M. Guévremont était célibataire, né h l'Ile Dupas, le 24 juillet 1813. C'était un homme intègre dans toute l'acception du mot. Il était tenu en haute estime à Sorel, ainsi que dans tout le district où il comptait un grand nombre d'amis qui regretteront vivement sa dispartion. ".

Le défunt faisait partie de la Congrégation des Hommes dont les membres suivaient le corps en grand nombre, précédé de leur bannière.

Il me semble que la vue de ces hommes de bien qui furent nos frères, enfants de la même mère, est de nature à encourager nos jeunes frères, les élèves actuels, à s^enrôler sous la bannière du bien et à demeurer fermes dans la foi et à être toujours ce que recommandait le R. P. Beaudry : Estote viri!

A présent, amis, confrères et chers lecteurs, qui m^avez suivi avec un courage inlassable et admirable, prenez patience, car j'ouvre le dernier chapitre de ces Gerbes,

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