‹ Gerbes du Mont-Royal [microforme]Chapitre 33 sur 42 · L'EPICIER · texte numérisé non relu

L'EPICIER

(Boutade)

L’ Epicier vous leurre, Quand chez lui vous prenez Des cornichons, du beurre, Des objets marinés :

‘* Oh! C’est très frais, Madame, ”” Dit-il, la bouche en cœur, ‘€ Sur le bout d’une lame ‘€ Goûtez cette saveur.

‘€ Vous en faut-il dix livres ? ” —Quatre me,suffiront.

Il écrit sur ses livres En se grattant le front :

Quatre de crêémeries, Première qualité, Et cinq de sucreries, Six, sept, à volonté ; Der pintes de mélasse ; :

. “elon parfumé :

iel première classe”;

Du jambon bien fumé.

‘€ Vous faut-il autre chose ??” Fait-il, d’un air câlin :

‘€ Ici, mon saumon rose, ‘* Là, ma graine de lin ; ‘€ Goûtez à mes épices,

‘ Respirez mon café, ‘{ Des gourmets les délices ;, ‘“ Sentez, sentez mon thé :

que, ‘* Car j'ai réduit mes prix, ‘* Pour plaire à ma pratique ; ‘{ Tout le monde est eurpris |?”

Or comment déclin:r Cette invitation,

Et ne pas s’incliner Plein d’admiration ?

Mais la petite liste De cinq ou six effets r S’allonge, enfin consiste, Hélas ! en vingt objets.

Les thés ont bonne mine, Mais ils sont frelatés F Les cafés en terrines, Tout à fait éventés ; Et le beurre en tinettes, D’un beau jaune doré, Comme aussi les ‘ boulettes, .

Est du suif trituré.

Le jambon est fort rance, Trop ou trop peu salé, Et le bonbon de France, Plus ou moins simulé.

En grattant le fromage, L’on voit avec horreur Cent vers blancs de tout âge Grouilles avec fureur !.…

- Bientôt la note arrive Et produit son effet, Car la surprise est vive :

Dix PIASTRES TRENTE-SEPT |.

Le lait, la crême pure

Ne sont guère meilleurs,

Et tout le monde jure

De se servir ailleurs.

Ailleurs ! C’est trop tôt dire :

Ce sera pis encor ;

Le plus court, c’est d’en rire, Tout én plaignant son sort.

Cependant, pour vous plaire, -Je vous donne un conseil :

Vivez d’amour, d’eau claire, D’air pur et de soleil,

Et vous vivrez en sages, Exempts des noirs soucis, Là-haut, dans les nuages, ‘Tout près du Paradis ; Laissant sur cette terre

Le doux épicier “Jaunir en sa colère,

Dans son chien de métier.

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