LES QUATRE PLATEAUX
Emporté sur le flot de mes dix huit printemps,
Sans songer à l’automne, à l'hiver, aux autans,
Caressé par les Songes ; Ecoutant, tout joyeux, leurs aimables mensonges ; Le cœur vibrant d’espoir, Vierge de tout contact, sans haine, sans envie, J'escaladais, ardent, le Mont Blanc de la vie, Au déclin d’un beau soir.
Au bas ayant laissé le plateau de l’enfance,
Où fleurissent les jeux, la candeur, l'innocence, Et franchi le coteau ki
Qui monte doucément vers le second plateau, Plateau de la jeunesse,
J’allais sur ses sentiers, étranger au malheur,
Ignoré des chagrins, ignorant la douleur,
ue Au bras de la Sagesse.
‘Quand soudain, comme un songe, en un riche décor De verdure et de fleurs, d’argent, de pourpre et d’or, | Un palais féérique à Apparut à mes yeux. Sous son large portique, Au marbre éblouissant, Les attraits en grand nombre, étendus sur des roses,
og
Invitaient, souriants, les êtres et les choses,
D'un geste caressant,
Curieux et ravi, j'allais suivre la foule Qui s’y précipitait, telle uné immense houle Qui mugit et se tord ;
‘“ On y trouve toujours la honte et la douleur. ‘{ Viens, et sois-moi fidèle.
Je suivis la Sagesse, et bientôt je pus voir, Sortant par l’autre porte, une foule au pouvoir De la décrépitude, Du dégoût, de l’horreur et de l'inquiétude, Des pleurs et du remord.
Tous portaient sur leur front soucieux et livide, Ce front, hier encor, si joyeux, si candide, Le cachet de la mort.
Etreignant fortement le bras de la Sagesse, - Vers le plateau suivant précédant la vieillesse, Je diri mes pas,
Aux plaisirs entrevus, à leurs trompeurs appas, Sans nulle défaillance,
Disant un triple adieu. Poursuivant mon chemin,
À l'ultime plateau je parviendrai demain :
Suprême délivrance |-