LA FLEUR DELAISSÉE
” En un vaste royaume embrassant l'Univers Comprenant des Humains tous les peuples divers, - - Royaume sillonné par de riches artères ; Des fleuves, des canaux, D’innombrables rivières Et de nombreux ruisseaux, Se dresse un temple encor, dont l’antique origine —Origine divine— S’égara pour toujours sous le manteau du Temps.
Les parvis de ce temple, autrefois éclatants
Sous les reflets de l’or, des rubis, des opales,
Où les mortels, heureux, en foule se pressaient,
N'offre plus aujourd’hui que des murs gris et pâles ;
Et ses nombreux autels, que les mains encensaient, Noircis par la poussière,
D’un immonde animal par la bave flétris,
. Ne sont plus qu’un monceau de funèbres débris
Que ne visite plus l’humaine fourmilière !
Or le chemin qui mène à ce temple désert,
A ce temple pourtant à tout le monde ouvert, Où personne plus n’entre, Est aujourd’ hui couvert,
Tel le sentier d’un antre,
De ro.ces, de buissons, entre lesquels, rampants,
Se bousculent, nombreux, vipères et serpents.
Sur les autels glacés de ce temple en détresse, Vers la terre incliné,
: Un calice fâné,
Mordu par les baisers de la noire tristesse,
Retient à peine encor
Les pétales flétris de sa corolle d’or
“Enivrant autrefois les autels et le temple, (Que nul mortel, hélas ! aujourd’hui ne contemple, ) ‘8’échappant de son cœur d’6r, de pourpre ét d’asur. Cet immense royaume "Qu'un jour Dieu fit sortir d’ En le marquant du sceau
moqueurs ; délaissée, en ‘souffrance, Reconnaissance. :
C’est... la
| LÀ CHARITÉ Depuis dix-neuf cents ans, une Reine immortelle, . Sans sceptre, sans couronne, or, diamants, dentelle, Une reine adorable et de toute beauté, Se cachant. sous les traits de la simplicité, Parcourt notre univers, relevant la faiblesse, ”. Apaisant le chagrin, secourant la détresse, Entourant de ses soins le vieillard impotent,
‘. L'infirme, Porphelin, le lépreux rebutant ;
‘Sans jamais se lasser, sans nulle répugnance, Attirant sur son coeur la plaie et la souffrance. Cette reine ignorant l’amertume et le fiel, ‘Avec un enfant-Dieu nous vint un jour du ciel. Couverte d’un manteau de laine noire ou grise, - Quand souffle l’aquilon, iles autans et la bi
Dans le chemin rempli de neige, de frimas, Menant à la chaumière, elle conduit ses pes, Portant sous son manteau le bienfait qui soulage : Sur ses lèvres le mot qui console, encourage,
Et dans son coeur divin, la discrète pitié,
Le dévoûment sans borne et la douce amitié.
L'injure, le mépris, ls noire ingratitude N’altèrent nullement ni sa sollicitude :
s Pour le gueux délaissé, criminel et souffrant,
: Ni son immense amour pour le pauvre mourant,
” Pour le jeune orphelin, l’infirme pitoyable,
Le juste, l’nnocent et le pécheur coupable :
Elle aime également le juif et le chrétien,
Le rénégat lui-même ainsi que lé païen.
Sous les traits d’un apôtre on l’a vue en un bagne, Pour sauver l’innocent, devenir la compagne
De forçats endurcis, d’infâmes criminels, Qu’elle refit chrétiens sous ses doigts maternels.” .
Sous ses baisers si doux, sous sa douce caresse, Que ne marchande point son immense tendresse, L’esclave du malheur sent ses fers allégis,
Et rafraîchis ses yeux par les larmes rougis ; L’orphelin délaissé trouve en elle une mère | Qui rend son ‘me en deuil moins triste, moins amère ; Le condamné, lui-même, à sa voix relevé,
Vers le ciel, confiant, porte un coeur retrouvé. Cette Reine au coeur d’or, de la famille humaine, Jusqu’à la fin des temps, sera la souveraine Versant, le jour, la nuit, toujours à pleines mains,
la vénération,
En la voyant passer si simple, si modeste, Portant sur son beau front la sagesse céleste, L’impie audacieux, comme un simple joujou, Malgré lui se découvre et fléchit le genou,
A tous ceux qui, surpris, ignorant son essence, Lui demandent son nom, le lieu de sa nai
eët le ciel, et mon nom, CHARITÉ, ”?