À LE GRAND BAGNE
Il est un bagne immense, où tous les condamnés, Rivés à des douleurs de diverse nature, Mourront dans le malheur par le sort enchainés, Malgré tous les efforts de l’humaine nature. É Des hommes, des vieillards, des enfants et des femmes Cheminent moribonds dans ce terrestre enfer, Torturés dans leurs corps, torturés dans leurs âmes, * Retenus par la vie à la poigne de fer.
Dans un sombre atelier l’impassible Torture ‘Sur l’étau du Supplice invente constamment De nouveaux instraments qu’au fur et à mesure - D’innombrables bourreaux appliquent brusquement ‘Sur la chair des forçats, tandisque la Tristesse Enfantant le dégoût, les sombres désespoirs, . L’amertume de tout, l’angoisse, la détresse, :Y trône en souveraine, exerçant ses pouvoirs ‘Sous les yeux de la Mort qui, de ses mains affreuses, ‘Sur l'immense chiourme étend, sans se lasser, ‘Ses filets inhumains, ses trappes ténébreuses, N’épargnant que le Temps qu’elle laisse passer ! : Les plaisirs et les jeux, dans une course folls, .… Ecartant les bourreaux, tendent aux malheureux k Leur coupe enchanteresse, insipide et frivole ; Pour un petit moment semblant éloigner d’eux . Les douleurs, les chagrins, qui reviennent bien vite : Plus nombreux, plus aigus, suivis par le remords Prenant d'assaut les cœurs, les âmes qu’il agite, Ajoutant ses tourments aux souffrances du corps. ‘Ce bagne de douleurs, de misères notables, : ‘Ce bagne, sur lequel la Justice, ici-bas, ‘Ses bagnes models pour punir les coupables, C’est l’Eden que le Maître, un-triste jour, hélas !
Changes pour vous, pour moi, déchus, inconsolables En un bagne où l’on vit souffrant jusqu’au trépas ! Néanmoins, en ce lieu d’insondable détresse
Il existe un chemin, raide mais non tortu, Conduisant au bonheur, au calme, à l’allégresse : C’est le chemin tracé par l’austère Vertu. :
Mais parmi les forçats qui peinent sur la terre,
En trouve-t-on beaucoup qui suivent ce chemin ? On a beau les chercher, hélas ! on n’en voit guère, Car on peut les compter sur les doigts de la main.