‹ Gerbes glanéesChapitre 3 sur 49 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

Quel excès d'ironique estime Tente aujourd'hui de m'égarer?

Quelle flatterie anonyme Se fait un jeu de m'enivrer?

Si je croyais à cet éloge, Je mériterais, moi pauvret, Qu'on me préparât une loge Dans l'Asile de feu Jamet.

Heureusement j'ai de la tête, Et je me connais. Le rimeur Qui ne monte sur aucun faîte Ne tombe d'aucune hauteur.

Mon vers, en sa marche tranquille, Se préservant de tout excès, Croit que, dans un art difficile, Ne pas déplaire est un succès.

Or, ce mot bienveillant : Courage!

M'arrive de plus d'un côté.

C'est m'absoudre ! Chaque suffrage Excuse ma témérité.

On veut une seconde Gerbe, Une antre ensuite, une autre encor?.

Je ne suis pas le grand Malherbe, Et mon billon n'est pas de l'or.

Et puis l'ennui naît d'un gros livre!

De toute fatigue un lecteur Veut aujourd'hui qu'on le délivre :

Les longs ouvrages lui font peur.

Moi qui respirai, dès l'enfance, L'air si pur de la liberté.

Depuis que sur mes opuscules Des amis prudents, un beau jour, M'ont suggéré mille scrupules, Au silence je fais ma cour.

La raison parle, je me dis :

« Publions d'innocents volumes.

« Quand viendra sa guerre aux abus, « Quand viendront ses Gerbes posthumes* « Le pauvre auteur ne sera plus ! »

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