‹ Gerbes glanéesChapitre 4 sur 49 · PRÉAMBULE · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE

La découverte de la vapeur est la découverte la plus féconde en révolutions matérielles et morales, au XIXe. siècle. Il n'est donc pas surprenant que l'on cherche , dans l'histoire, l'origine des plus anciennes observations sur sa force prodigieuse ; que l'on relise , dans ce but , les auteurs de l'antiquité ; que les sons rendus par la statue de Memnon , aux premiers rayons du soleil , soient attribués à certain courant de vapeur produite aux dépens du liquide dont les prêtres égyptiens garnissaient l'intérieur du colosse; il n'est pas surprenant que l'on cite un éolipyle d'Héron d'Alexandrie, antérieur de 120 ans à l'ère chrétienne ; les explosions de la tête de Bustérich, dieu des Teutons ; un orgue du IXe. siècle , dont les tuyaux résonnaient à l'aide de la vapeur d'eau, etc. Mais, aux yeux d'une saine critique , tout cela est bien loin de la puissance de cet agent, démontrée, en 1605, par Flurence Rivault, comme un terrible moyen de destruction, et, en 1615, par Salomon de Caus, comme une force immense qu'on

pouvait appliquer aux travaux les plus productifs et les plus utiles à l'humanité.

Quel était ce Salomon de Caus , qu'Àrago (1) ne balance pas à regarder comme le premier qui ait donné la démonstration positive de la force de la vapeur d'eau , et mis sur la voie des applications qu'on en pourrait faire ? C'était un Normand , né à Dieppe , ou dans les environs de cette ville; mais un Normand peu connu et dont la biographie est fort incomplète. Depuis la seconde édition de ses Forces mouvantes , il disparait, et nul ne sait l'époque de sa mort.

Une tradition dont nos recherches n'ont pu constater l'origine, nous apprend qu'il entrevit les conséquences de la démonstration qu'il avait donnée de la force de la vapeur d'eau. Il paraît que l'application de ce puissant moteur devint son idée fixe, qu'on l'enferma, comme fou , vers 1640 , et qu'il mourut à Bicêtre. Cette tradition, fût-elle une erreur, appartient à la poésie. L'auteur s'en est emparé , heureux de trouver une sorte de légende pour un sujet aussi moderne.

(1) « Sur l'autre rive de la Manche, on en gratifie unanimement le « marquis de Worcestre, de l'illustre maison de Sommerset ; de ce « côté-ci du détroit , nous affirmons qu'elle appartient à un humble « ingénieur, presque totalement oublié des biographes, à Salomon de

Caus, qui naquit à Dieppe ou dans ses environs. »

Arago. Éloge historique de J. Watt.

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