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TRIPLE RÉACTION CONTRE LES AP.US DE LA DIALECTIQUE

l" Ecole contemplative. — Hugues et Richard de Saint- Victor.

La méthode usitée dans les écoles tendait à dessécher l'esprit. Les spéculations, fondées trop souvent sur des abstractions, ne mettaient point la science en rapport avec les besoins intimes de l'àme. La faculté logique était satisfaite à un certain degré ; les autres facultés étaient en souffrance. De là une réaction qui eut pour but d'établir rharmonie de l'esprit et du cœur, de la puissance de connaître et de la puissance d'aimer. L'école contemplative, autrement appelée école mystique, ramenait toutes les spéculations à l'amour; elle dédaignait la vérité abstraite, et ne se reposait que dans les méditations qui sont à la fois lumière et vie. Dans cette disposition, elle se plaçait, relativement à toutes les questions agitées, dans un point de vue qui contraste souvent d'une manière singulière avec le point de vue de l'école logique.

On conçoit que cette école, par cela même qu'elle était une réaction contre la dialectique, devait chercher un autre procédé pour arriver à la science ; elle préférait l'intuition. Les dialecticiens, dans leur théorie de la connaissance, divisaient l'esprit humain en compartiments placés au même niveau; les contemplatifs s'attachaient à marquer les degrés par lesquels la raison s'élève en s'épurant. Pour les premiers, l'intelligence était un parquet ; pour les seconds, une échelle. Ceux-là attrihuaient une grande importance aux procédés artificiels; ceux-ci aux procédés moraux. Ils insistaient sur l'efficacité de la pureté du cœur comme condition de la science, et, de même que toute vérité était pour eux étroitement unie à l'amour substantiel, de même ils établissaient, dans leur logique transcendante, une étroite union entre la faculté rationnelle et la faculté aHeclive.

Les productions de ces deux écoles ne différaient pas moins par la forme que par le fond. Les dialecticiens, qui ne considéraient les êtres que dans un état d'abstraction, employaient un langage décharné, sans éclat, sans figures, quoique pourtant les notions sensibles jouassent un grand rôle dans leur philosophie. La philosophie plus spiritualiste des contemplatifs parlait une langue brillante d'images. Comme ils considéraient les êtres dans leur état réel de vie, et que, dans la réalité, les corps et les esprits, le monde sensible et le monde intelligible sont intimement unis, ils empruntaient à la nature extérieure un vaste symbolisme. La même différence de forme s'était manifestée chez les Grecs, entre le platonisme et l'aristotélisme.

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La nicliipliysi'nie, nltiihiice à saint Denis, laqnolle, coinnie nous lavons dit pliisiciiis Cois, est une éniana- !ion clu'ôlionne de la pliilosopliie oiienlalc, occupait, dans l'esprit de recelé contemplative, le même rangfine la logique, émanation de la pliilosophie grecque, avait dans l'estime de l'aulre école.

Du reste, il ne faut pas croire que les contemplatifs se renfermassent dans les méditations solitaires. Les deux principaux chefs decctie école, llui;ues et Richard de Saint-Victor, orii^inaires, l'un de Belgique, l'autre d'Ecosse, et tous deux religieux de lahhaye de Saint- Victor, à Paris, embrassaient toutes les connaissances de leur temps. Mais elles n'étaient pour eux que comme iC piédestal de la statue intellectuelle, dont ils portaient le type dans leur àme, et qu'ils s'eflorçaient de créer. Leurs écrits méritent d'être étudiés, non seulement comme monuments [)hilosophiques, mais aussi comme monuments littéraires...

On doit aussi rapporter à l'école contemplative quelques écrits de sainte Ilildegarde, et le célèbre livre de ï Imitation de Jésus-Christ^ quoiqu'ils ne représentent pas toutes les tendances de cette école. Celui-ci porte des traces visibles d'une réaction contre la méthode dialectique. « Qu'avons-nous affaire des disputes sur le g'înre et l'espèce? » est-il dit au commencement de ce livre ; « celui à qui la parole éternelle suffît est débarrassé d'une infinité d'opinions. » Mais, laissant de côté les spéculations, il se borne à donner au cœur de l'homme des conseils amis, qui le pui-ifient et le consolent. Dans les œuvres de sainte Ilildegarde, des idées

LA VIE ET LES OEUVRES (JiJ

d'une grande élévation, mais qui ne font point partie d'un ensemble pliilosophique, apparaissent sous un symbolisme qui se rapproche du genre oriental.

2" Rappel à des études positives. — Pierre Lombarde

On peut considérer comme une réaction mitigée contre les abus de la dialectique, les travaux de Pierre Lombard, né à Novare. en Lombardie, dans le xn" siècle. Il fit ses études à Paris, dont il fut évoque, après avoir enseigné la philosophie et la théologie à Tabbaye de Sainte-Geneviève. Il mourut en IIGO. Il s'est fait connaître surtout par son livre intitulé le Maître des Sentences ; c'est un recueil des sentiments des Pères sur les |)rincipaux points de la théologie et de la philosophie. L'influence de ce livre, qui fut pendant longtemps un texte classique que les professeurs expliquaient, a été jugée diversement : on a i)rétendu qu'il ne pouvait avoir d'autre eflet que d'exciter de plus en plus la manie de la dialectique ; on a dit aussi (|u'il était éminemment propre à la calmer. Ces jugements contradictoires ne sont exacts ni l'un ni l'autre. II est très vrai que Pierre Lombard a sacrifié au génie subtil de son époque ; il est vrai aussi qu'en rapportant, sur des questions controversées, les opinions diverses des Pères de l'Eglise, il a fourni un nouvel aliment aux disputes. Mais, d'un autre côté, il rappelait les esprits à des études positives; il les portait à consacrer aux anciens monuniL^nts de la philosophie chrétle«ine une partie du temps qu'ils dcpeusaîent eu que-

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relies vaines, et les travaux historiques n'auraient pu se ranimer à quel(]ue degré, sans que les, abus de la dialectique diminuassent dans la môme proportion.

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