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OBSERVATIONS SUR LA PHILOSOPHIE SCOLASTIQUE

i. Les conceptions de la philosophie du moyen âge, \saul' un petit nombre d'exceptions aboutissaient à prouver les vérités qui sont le principe cl la sanction de la vertu. Cette philosophie, en travaillant, même aux dépens de la variété des systèmes, à aiïermir dans les esprits, les fondements de Tordre moral, a servi bien plus efficacement la cause de l'humanité, qu'elle n'eût pu le faire en se livrant à des spéculations plus variées, mais contradictoires qui eussent compromis ces grandes bases. Grâce à l'unité intellectuelle, formée dans les écoles du moyen âge, l'esprit européen a reçu, en naissant, un tempérament singulièrement robuste ; les écarts mêmes dans lesquels il est tombé depuis, en traversant trois siècles d'immenses discussions, n'ont pu épuiser ses forces originaires.

2. Le christianisme, en délivrant les esprits du panthéisme antique et de l'athéisme, avait enraciné dans l'intelligence humaine les deux notions fondamentales, celle de Dieu et celle de la créature. La philosophie du moyen âge s'occupa particulièrement, comme l'a toujours fait la philosophie chrétienne, des rapports de ces deux termes.

3. Plusieurs de ces conceptions métaphysiques et jjaorales sont encore vivantes dans ce qu'elles ont de

fondamental. Ce qui était en germe a été développe, ce -qui était restreint à un ordre d'idées particulier a été combiné plus lard avec d'autres ordres d'idées ; mais la substance de ces conceptions est restée, les formes seules ont changé.

4. Sous le rapport des facultés humaines, il est re- ■connu que la grande puissance logique, qui distingue l'esprit moderne, tient à l'éducation qu'il a reçue dans le moyen âge. L'intuition, comme nous lavons vu, fut aussi représentée dans les écoles de cette époque.

5. Mais la métbode philosophique, généralement usitée alors, était affectée de vices radicaux. On cherchait dans des conceptions purement logiques le principe d'explication des choses, tandis que ces conceptions ne pouvaient offrir que des moyens de classification et d'organisation scientifique. On élevait sur cette base un édifice d'abstractions, souvent très ingénieusement construit, souvent très vaste, mais qui n'était nullement la représentation du monde réel.

6. De là vint l'importance excessive attachée à la dialectique, qui combine les mots sans saisir les vrais rapports des choses. Les subtilités, les ergoteries ne pouvaient pas ne pas naître de cet abus.

7. La partie de la philosophie du moyen âge, relative aux spéculations qui ont le monde physique pour objet, se ressentit surtout du vice de la méthode. Ces spéculations, qui ne se rapportent pas à l'ordre des vérités nécessaires, ne peuvent s'élever que sur une large base fournie par l'observation. Cette base manquait à la philosophie de cette époque ; et comme, d'un autre

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côté, ses catégories logiques einbritssaienl l'univorsalilé dos choses, elle était conduite à poser et à résoudre des questions, sans avoir acquis préalablement les éléments de la solution.

8. Les spéculations philosophiques qui concernent Thomme, l'homme social surtout, ont besoin également de l'observation des faits du monde humain qui se déploie dans l'histoire. Les connaissances historiques étaient alors trop restreintes pour que cette partie de la philosophie ne présentât pas des lacunes considérables.

9. Toutes ces causes devaient amener la décadence de la philosophie scolastique. D'abord, la stérilité de la méthode dialectique, en tant que méthode de découverte, devait finir par se manifester. De plus, lorsque l'étude des faits, soit en physique, soit en histoire, fit des progrès, il s'établit une grande disproportion entre ces sciences particulières et la philosophie, insuffisante à les contenir et à les systématiser. Or, la philosophie^ qui en est la science générale, n'existe qu'à la condition de constituer l'unité des sciences diverses.

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