LA MORT DES VERTUS
Dieu est éternel, et la charité est la seule vertu à laquelle il ait donné une durée sans fin : les autres sont destinées à périr. C'est un grand spectacle que celui de la mort, surtout lorsqu'elle atteint les grandes choses. Bossueta dit que, si on reçoit une leçon de la vanité des choses humaines en voyant mourir les rois, on doit en être bien plus frappé encore lorsque, en parcourant l'histoire, on voit mourir les royaumes euxmêmes. Mais la mort étend son empire jusque dans une région bien supérieure, où la vanité des choses humaines ne se rencontre pas. Il y a la mort des vertus. Elles expireront quand cessera leur raison d'être. La patience, cette longue vertu de toute la vie, <iui se nourrit de souffrances, ne mourra-t-elle pas quand ce pain amer lui manquera? Qu'est-il besoin, dans le ciel, de la force, là où il n'y a plus d'obstacles ; de la prudence, où il n'y a plus de dangers ; de la tempérance, où il n'y a plus d'excès ; de la justice, où il n'y a plus de droits rivaux, parce que le bien infini, uni(iue pro priétédes élus, se communique à tous sans se diviser? Ces vertus, qui sont comme les principes de toutes les vertus morales, s'évanouiront à la porte de rélernité.
(1) Mandetiients et InstrudioKS, I, 177-100.
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Celles (ju on nomme spécialement intellectuelles, parce qu'elles ont pour objet de perfectionner l'entendement, sont relatives à l'état d'imperfection et d'infirmité où se trouve ici-bas notre faculté de connaître : elles n'auront plus de but, quand cet état aura cessé. Et vous aussi, sainte Foi, lumière de la terre, dont les rayons guident nos pas à travers les ténèbres de cette vie, votre étoile s'éteindra dans la clarté du grand jour. Et vous, douce Espérance, le moment viendra où il vous laissera tomber sur le seuil ducéleste séjour. Parles services que vous lui rendez ici-bas, vous travaillez à vous rendre éternellement inutile, vous préparez votre fin. Mais, s'il est permis d'emprunter encore ici quelque image aux choses de la terre, vous aurez, ô Foi, ô Espérance, vous aurez toutes deux la seule tombe qui vous convienne : une tombe divine; vous serez comme ensevelies dans la lumière sans ombre, et dans le bonheur sans fin. Seule, la Charité, votre sœur, vous survivra, ainsi qii'à toutes ses compagnes. Sa pleine vie, à elle, sa vie parfaite, commence où finit la vie des autres. En créant un monde spécial. Dieu a dit aux autres vertus : « Le temps sera pour vous » ; il a dit à la Charité : « L'éternité pour toi! » (1).