‹ GerbetChapitre 26 sur 49 · AGITATION ET VRAIE RÉSISTANCE · texte numérisé non relu

AGITATION ET VRAIE RÉSISTANCE

On se fait de singulières illusions au sujet deleursdisposilions réelles: les catholiques ont exprimé leurs sentiments dans un langage plein de cette dignité que la foi inspire à la douleur. Mais ils ne s'agitent pas, ils ne hurlent pas, ils ne font pas de tapage à la façon des démagogues. Ils traitent leurs affaires avec les administrations civiles, sans leur parler du Vatican à propos d'un mur mitoyen ou d'une fontaine communale, ils ne font pas du sentiment avec le juge de paix ou le percepteur; ils en font encore moins avec les gendarmes. Ils ont, en certains cas, de fort bonnes raisons pour ne pas laisser échapper des mots trop vifs. Les commissaires de police peuvent donc écrire, dans leurs rapports, que l'agitation reste tranquille. Mais ce ne sont là que des causes secondaires et en quelque sorte matérielles de ce qu'on appelle tranquillité. La cause morale, la cause principale est dans certaines idées qui se partagent entre les catholiques, et surtout dans la foi qui leur est commune. Beaucoup d'entre eux sont persuadés que les forces révolutionnaires d'Italie, qui restent unies pendant qu'elles ont à combattre, s'entre-choqueront après, et qu'elles trouveront un principe de mort dans leur dernière victoire. D'autres, qui, en fait d'espérances, se refuseraient à rien éteindre, pas même une mèche encore fumante, persistent à croire que la Papauté ne tardera pas à recevoir, de quelque côté, un secours extérieur, destiné à remplir la grande mission que la

Providence montre du doigt aux souverainetés catholiques.

Quoi qu'il en soit, tous savent que l'Eglise est à l'épreuve des tempêtes; et, comme ils sont profondément convaincus que la souveraineté temporelle, garantie de l'indépendance spirituelle, est une nécessité religieuse, ils prédisent que la main de Dieu, soit par des coups terribles, soit par des moyens plus doux, saura diriger les événements vers la restauration de ce pouvoir. Ils sont donc calmes, comme on l'est lorsqu'on n'est pas abattu et qu'on ne peut pas l'être. Mais, que sous ce calme il n'y ait pas un trouble profond ; que sous la surface de cette mer il n'y ait pas de courants d'une grande force : voilà l'illusion. Le fait est que les catholiques sont inquiets, alarmés, douloureusement froissés. Ils se sentent opprimés, dans leurs intérêts les plus légitimes, par les attentats et les projets des révolutionnaires italiens contre l'indépendance du Chef de l'Eglise. Ils trouvent au fond de leurs cœurs d'amers mécomptes, en comparant la fm au commencement, la confiante sécurité du com.mencement avec les tristes^ réalités de la fin. Ils croient entrevoir dans l'avenir de terribles épreuves. Nous ne prétendons point qu'ils ressentent de la même manière toutes ces impressions : telle nuance est plus vive chez celui-ci, telle autre chez celui-là; mais chacun d'eux participe à une impression commune. Or, en présence de cette situation, on peut affirmer que cet état des esprits, comparé à leur état précédent, est un fait grave dans l'ordre politi(iue. On peut croire, sans se tenir dans les régions mystiques»

(|u'il constitue, je ne dis pas le déplacement, mais la perturbation d'une grande force morale, dont il y a dix ans la Franco a vu les eflets dans un autre sens. On peut dire qu'il y a, sous ce rapport, un principe de dislocation dans les rouages de l'opinion publique et du sud'rage universel. Voilà notre conviction profonde. Qu'on ne pense pas, toutefois, qu'en signalant ce fait incontestable, nous voulions en exagérer les proportions. Les annuaires disent qu'il y a en France environ trente-quatre millions de catholiques. Mais nous savons très bien, nous sommes plus que beaucoup d'autres à portée de savoir, qu'un grand nombre n'appartiennent à l'Eglise que sur les registres des baptêmes et des enterrements. Abaissez donc bien au-dessous de ce chiffre celui des catholiques réels, qui tiennent au moins par quelque côte à leur religion, lors même qu'ils n'en pratiquent pas tous les devoirs; qui veulent la transmettre à leurs enfants; qui répugnent soit à la trahir, soit à la blesser, parce qu'ils se réservent la consolation de mourir dans ses bras : qu'on réduise, si on le veut, leur nombre à vingt millions. Eh bien, savez- vous combien il y en a dans ce nombre qui ne sont pas satisfaits de ce qui se passe ; qui le regrettent sincèrement, tout bas peut-être, s'ils croient que leurs fonctions ne leur permettent pas de le faire tout haut; qui ressentent, à divers degrés, les mécomptes, les tristesses, les anxiétés de la population religieuse; qui disent que, si cela avait dépendu d'eux, nous n'en serions pas oîi nous en sommes? Combien y en a-t-il qui pensent ainsi dans ces vingt millions, dont, après tout, il faut tenir compte? Il

y en a vingt millions. Mais les habiles se moquent de cela; ils disent que c'est une affaire de sacristie.

Lorsque, au commencement de ce siècle, il fut question d'un concordat avec le Saint-Siège, Cabanis et ses amis du Tribunat s'écrièrent qu'on allait sacrifier à des intérêts de sacristie les principes de la Révolution, comme on répéta quelques années après, lors de l'enlèvement et de la captivité de Pie VII, que la sacristie devait fléchir devant les exigences du système continental. A une époque plus rapprochée de nous, lorsque les catholiques français réclamaient une loi équitable sur l'éducation, on disait que les évèques voulaient la liberté de l'enseignement ou le martyre, mais qu'il n'auraient ni l'un ni l'autre, malgré les émeutes des sacristies. Sous la République, l'Assemblée Nationale comprit autrement la question : elle tint aussi fort peu de compte du même mot, dans une circonstance solennelle, quoi qu'il fût vociféré sur tous les bancs de la Montagne contre l'expédition romaine. Quand il s'agit d'un intérêt religieux qui a ses racines dans tous les temps et tous les pays, la sacristie, c'est le monde catholique.

Nos humbles sacristies, Messieurs, n'ont pas la puissance qu'on leur attribue ; mais elles en ont une autre bien réelle. Car elles touchent à l'autel où nous puisons tous, avec la charité qui adoucit les blessures, une constance qui ne se courbe pas devant les erreurs ou les passions des hommes, et une foi imperturbable en la justice de Dieu (1).

(1) Mandements et Instructions, II, lOt-lOo.

Il ne me reste plus qu'à esquisser rapidement les traits principaux de cette physionomie décrivain. J'ai déjà insisté sur un de ces traits. J'ai dit comment la piété personnelle de Gerbet, son expérience des âmes, transparaissaient jusque dans ses méditations les plus abstraites. Sa philosophie religieuse est une prière ; tout chez lui, jusqu'aux caprices de l'imagination, semble être une forme de sa piété. C'est par là qu'il diffère essentiellement de deux des maîtres contemporains avec lesquels il a tant d'affinités littéraires : Sainte-Beuve et un autre que Gerbet ne me pardonnerait pas de citer à côté de lui.

Second caractère qui suffît à lui donner une place tout à fait à part dans la littérature religieuse de son temps, Gerbet est un très pur et très grand artiste. Appliquons-lui sans hésiter ce qu'il a dit lui-même d'un personnage de rêve dont il s'était amusé à crayonner le portrait : « Tous les instincts poétiques avaient dû se déveper en iui à un assez haut degré. // ne parlait

que par images. Chaque idée en passant par son âme en sortait revêtue d'une forme vive et colorée. Les yrais poètes étaient pour lui les grands peintres de la pensée ; ils étaient tous ses amis (1) ».

Philosophe, par surcroît, j'entends philosophe de métier, et qui essayait par moments de se plier à cette division des genres, philosophie, poésie, où se cantonnent les poètes qui ne pensent point, et les philosophes sans poésie :

Son esprit — écrit-il encore, toujours à propos du même personnage — son esprit avait passé de la phase de la poésie à celle de la philosophie, sans transition, et par un effet subit et puissant de sa volonté. Platon, saint Thomas, Leibnitz et Malebranche [vous voyez bien qu'il plaisante, puisqu'il laisse joasser au moins deux suspects) étaient devenus les compagnons assidus de son intelligence... Autant il avait aimé le langage figuré, autant il le dédaignait. Les images n'étaient plus, dans sa nouvelle manière de concevoir, que la croûte épaisse des formules de la raison. Les formules les plus rationnelles elles-mêmes lui semblaient un produit mélangé, une sorte d'alliage logique, dans lequel les formes de la pensée se trouvaient amalgamées avec la réalité des objets, et qui dès lors, n'offraient pas, dans leur vive essence, les idées simples, pures, irréductibles, cachées au fond de chaque chose. Puis, quand il croyait être

(1) Université catholique, janvier 1846.

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arrivé à quelqn'une de ces idées, il s'impatientait d'être obligé d'employer un mot pour la fixer dans son esprit. Le mot, ce corps pres(]ue spiiiluel de la pensée, était encore une enveloppe trop grossière, qu'il aurait voulu briser pour saisir l'idée dans sa pureté suprême (1).

Poète toujours, ii'est-il pas vrai, et plus que jamais, lorsqu'il s'impatiente contre la « croûte » des images et la grossièreté des mots. Ce n'est pas là, néanmoins, une simple boutade. Soit besoin naturel de son esprit, soit tentation de se venger des théologiens qui le trouvaient trop littérateur (2), Gerbet s'appliqua, dans plusieurs circonstances, et notamment lorsqu'il rédigeait les décrets d'Amiens, et le catalogue des erreurs contemporaines, à réduire et morceler sa pensée en théorèmes géométriques. LePrécis est de même

(1) Université catholique, janvier 1846.

(2) J'ai déjà insinué, dans la préface, que certains eurent toujours assezde jieineà prendre tout à fait au sérieux les ouvrages de ce théologien poète. On pourrait apporter ici des textes piquants; je me contente de transcrire une note de Mgr de Ladoue ; « Dans un article biographique sur l'abbé Gerbet, publié par le Dictionnaire des sciences ecclésiastiques, il est dit que les disciples de l'abbé de Lamennais conservèrent toujours des restes de leurs anciennes erreurs, parce qu'aucun d'eux n'avait une coiuiaissance suffisante des vrais principes de la théologie ». Nous y voilà, et le jugement, comme toujours, est sans appel. Mgr de Ladoue ajoute pourtant, avec une sérénité qui n'est pas sans quelque mérite : « Cette assertion, qui s'adresse à S. E. le cardinal Gousset, à Mgr de Sahnis, à Mgr Gerbet, n'est-elle pas singulière sous la plume d'un simple prêtre ? Nous n'avons rien négligé pour savoir sur quels fondements elleétaitappuyée ;tous nos efforts ontété inutiles» (ni,215). Ah ! si l'éveque dHippone avait été le contemporain de Gerbet, quelle pauvre figure il aurait ffiite dans certains dictionnaires ou manuel de théologie 1

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une merveille de concision, mais de concision élégante et fleurie. 11 a beau faire, il reste « littérateur », Il ne parle que par images. N'est-ce pas là, après tout, la meilleure façon d'exprimer ic dans leur vive essence les idées simples, pures, irréductibles, cachées au fond de chaque chose? »

Le caractère essentiel de sa pensée philosophique est de tendre constamment aux vastes synthèses. Qu'il étudie une vie de saint, une pierre de Rome, les rites d'un sacrement, il ne peut se tenir de tout embrasser. Presque chacun de ses livres est une théologie en miniature...

« Présenter dans un cercle étroit des idées bien liées, ce n'est pas chose difficile — je cite le Précis; — il n'est pas difficile non plus, pour un esprit philosophique, de faire une collection de pensées, s'étendant à une foule d'objets, mais sans liaison entre elles, mais dispersées et flottantes. Le difficile, le beau, le grand, c'est de s'élancer dans des ordres d'idées divers en les ramenant à l'unité, au moyen de quelques conceptions fondamentales qui les dominent tous (1). » Quand il parle de la sorte à propos de Platon, Gerbet se définit luimême et les habitudes impérieuses de son esprit. Il aime à montrer la liaison, l'unité fondamentale

(1) Précis, p, 126.

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des différentes erreurs (1). Il a la l)aino de tout ce qui rétrécit le champ de la pensée, la haine de toute apologétique, la haine de toute controverse, de toute philosophie de détail, et c'est pour cela • — nous le verrons — ^1" il resta jusqu'au bout fidèle à la doctrine synthétique, siniplificative, «■ universaliste » de Lamennais (2).

Laissons-le nous définir lui-même, et à sa «plendide manière, le centre d'unité auquel il rattache tout :

L'essence du Christianisme complet se dévoilant plus sensiblement de jour en jour, à mesure que le christianisme éphémère des sectes s'épuise et disparaît, le moment approche où la raison verra presque face à face, cette vérité capitale, que la présence perpétuelle du Verbe réparateur, sous les emblèmes d'un remède divin, est le principe vital du Christianisme dans ses rapports avec le cœur de l'homme, comme la présence permanente du Verbe, éternelle lumière, que l'Eglise, interprète de la parole divine, communique à chaque homme sous le voile du langage humain, est le principe fondamental du Christianisme dans ses rapports avec l'intel-

(1) Cf. le passage cité plus haut surles relations entre rationalisme et communisme. Cf. dans le Dogme générateur, ch. ix : Liaison de toutes les erreurs qui détruisent la foi et Vamour ■divin.

(2) Le Discours d'ouverture de l'Université catholique, que Mgr de Ladoue tient pour le chef-d'œuvre de Gerbet. Cette splendide classification des sciences ne couvre pas moins de <;ent colonnes de la revue.

ligence. Cette admirable unité du plan divin n'avait pas échappé à ce pieux auteur qui trouva sans effort les plus hautes vérités, parce qu'il contemplait tout, d'un regaid humble et pur. « Je sens, dit le livre de Y Imitation, que deux choses me sont ici-bas souverainement nécessaires, et que sans elles je ne pourrais porter le poids de cette misérable vie. Enfermé dans la prison du corps, j'ai besoin d'aliments et de lumière. C'est pourquoi vous avez donné à ce pauvre infirme votre chair sacrée pour être la nourriture de son àme et de son corps, et votre parole pour luire comme une lampe devant ses pas. Je ne pourrais vivre sans ces deux choses : car la parole de Dieu est la lumière de l'àme, et votre sacrement le pain de vie. » Ainsi, le Christianisme n'est, dans son ensemble, qu'une grande aumône faite à une grande misère. Là est le secret de son unité : il est un, de sa proportion miséricordieuse à toutes nos défaillances. A la vue de ces touchantes monies, les réflexions doivent faire place à une hymne, et la raison tombe à genoux pour l'écouter en silence (1).

Ai-je besoin de dire que l'auteur du Dogme générateur et de Y Esquisse de Rome chrétienne ne dédaigne pas l'étude minutieuse d'un point de doctrine et d'un monument de la tradition ?

Ecoutons à ce sujet le témoignage d'un simple curieux : « Les anciens théologiens, écrit Sainte- Beuve, soit formalistes, soit rationalistes, qui

(1) Dogme généraleur, ch. iv, p. 57-58.

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étaient réellement attaqués (par les niennaisiens) résistaient et se scandalisaient au nom des traditions non seulement catholiques, mais scolaires et classiques. Ici, toutefois, ils avaient ailaire, <lans l'abbé Gerbet, à un homme qui connaissait les Pères, qui les lisait et les possédait à fond selon l'esprit, et ne manquait pas à son tour do textes puisés aux sources pour appuyer cette méthode plus libre et plus généreuse. En maintenant l'immutabilité du fond, il se plaisait à remarquer que l'ordre d'explication scientifique, malgré les déviations passagères, avait subi une loi de progrès dans l'Eglise, et s'était développé successivement (1). » Erudit autant que poète, il sait le prix du détail, de la recherche savante et de l'image précise. Mais pour lui chaque image est un double symbole, et dans la contemplation d'un bas-relief ou d'une colonne il n'oublie jamais les grandes lignes du monument ».

(On remarquera encore dans l'œuvre de Gerbet, 'et notamment dans le Dogme générateur, comment <ce disciple de Lammenais se place toujours à un point de vue social. Ce mot : social (2), assez nouveau, semble-t-il, dans la langue théologique,

fl) Causeries du lundi, \'i, 313.

(2) '< Tout est social dans le Catholicisme, parce qu'il ;i sa racine dans la tradition. » Dogme générateur, ch. v, p. 64. C'est, en deux mots, toute la doctrine de Lamennais.

revient constamment sous la plume des mennaisiens, et trahit une préoccupation constante. Encore une fois, ces hommes sont d'admirables précurseurs. Idées^ langue, méthode, ils ont défriché pour nous un monde nouveau.

Enfin, ce métaphysicien qui semble voué au culte des idées pures, cet archéologue qui a passé dix ans de sa \îe à rêver dans les Catacombes ou dans les vieux cloîtres italiens, fut aussi — on ne sait par quel miracle — le plus « actuel », le mieux informé des publicistes. Dès 1826. il devine limportance, les développements prochains de la philosophie « positive ». 11 reconnaît chez Auguste Comte « un esprit bien supérieur aux préjugés qui, dominent le vulgaire des philosophes » . Il parle déjà comme parlent aujourd'hui nos maîtres. « Plusieurs des opinions que professe M. Comte sont fondamentalement incompatibles avec la religion : mais il est difficile qu'un esprit naturellement droit puisse échapper longtemps à des vérités auxquelles plusieurs de ces principes conduisent directement (1). »

Il est ainsi tout le long de sa carrière, toujours attentif, aux nouveaux courants de pensée qui se produisent, toujours habile à discerner les vieilles erreurs sous les formes changeantes

(1) Ladoue, I, IO0-IO6.

ISO r;[:itRi,T

quelles roviHcnt, toujours prrt ù reconiiaitre, sous une nouvelle forme, l'éternelle vérité.

(juérir le mal — écrivait M. (îui/.ol dans son article sur/a Religion dans les soriêlés modernes, — rapprocher l'esprit chrétien et l'esprit du siècle : l'ancienne religion et la société nouvelle, mettre un terme à leur hostilité, les ramener l'un et l'autre à se comprendre et à s'accepter réciproquement, telle est la pensée qui a ms^ivéV Université catholique, et que ses auteurs poursuivent depuis trois ans avec une louable persévérance.

Grâces leur en soient rendues ! Grâces soient rendues aux hommes vraiment pieux, vraiment catholiques, qui portent sur la France catholique, sur la France de la Charte, un regard équitable et affectueux. C'est déjà de leur part une marque de haute intelligence, que ce premier rayon de justice envers notre époque, cette espérance hautement manifestée, qu'elle accueillera la vérité éternelle, et ne doit pas être maudite en son nom (1).

Il est grand temps que je disparaisse ; mais je ne saurais me résigner à prendre congé de Gerbet sur ces paroles trop éclatantes. Qu'on me permette de le regarder une fois encore, et dans une lumière plus douce, qui convienne mieux au charme discret de son âme et de son talent. Figurez-vous donc « une démarche longue et lente, un peu

(1) Lauoue, li, 127-128.

penchée, dans une paisible allée où Ton cause à deux du côté de l'ombre, et où il s'arrête souvent en causant; voyez de près ce sourire affectueux et fin, cette physionomie bénigne où il se mêle quelque chose du Flécliier et du Fénelon ; écoutez cette parole ingénieuse, élevée, fertile en idées, un peu entrecoupée par la fatigue de la voix, et qui reprend haleine souvent; remarquez, au milieu des vues de doctrine et des aperçus explicatifs qui s'essaient et naissent d'eux-mêmes sur ses lèvres, des mots heureux, des anecdotes agréables, un discours semé de souvenirs, orné proprement d'aménité, et ne demandez pas si c'est un autre : c'est lui (1) ».

(1) Causeries du lundi, t. VI, 321-;5:i2.

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