ALCUIN
Alcuin occupe, dans l'histoire de la philosophie, une place distinguée, qu'il doit bien moins à ses écrits qu'à l'impulsion qu'il a donnée à son siècle. La science, telle <ju'elle pouvait exister dans ces temps-là, avait cherché un asile aux dernières limites du monde occidental. La <jrande-Bretagne était devenue comme un cloître scientifique, où les études respiraient, timides et isolées, sous la protection de la religion, de la tempête et des ilôts. Alcuin les transporta sous les tentes de la race franque, qui possédait déjà la suprématie de la force, «t qui étaic destinée, par son génie propagateur, à l'apostolat de l'intelligence. Les travaux du moine anglosaxon, précepteur, ami, délices de Gharlemagne, comme on le nommait alors, eurent pour but d'opérer la réunion des deux éléments sociaux, • l'intelligence et la force, de placer le siège de Tune là où s'élevait le trône de l'autre. L'œuvre tentée par lui fut d'autant plus hardie, que les matériaux scientifiques, qu'il avait à sa -disposition, étaient peu considérables. Il fut éminemment un homme d'enseignement. Il fut le professeur de son siècle ; il créa des écoles, et non des systèmes.