DÉVELOPPEMENT PHILOSOPHIQUE CHEZ LES PEUPLES CHRÉTIENS
Une faut pas chercher dans le Bas-Empire les traces d'un développement philosophique. La décadence
des études, du ix' au xiv® siècles, y suivit les phases de la dissolution politique, tandis que, dans le nouvel empire romain, constitué sous Finfluence de la papauté, elles présentèrent, comme la société, un ûiouvement presque continu d'ascension et de progrès .
Ce n'est pas que l'empire grec ne renfermât encore un certain nombre d'hommes pourvus d'instruction ; ils y étaient même plus nombreux que dans l'empire latin, du moins au commencement de cette époque. Mais l'esprit grec avait perdu cette vigueur sans laquelle l'érudition n'est presque plus pour un peuple qu'un songe stérile de la mémoire. Il lui restait les défauts de ses anciennes qualités. Le despotisme byzantin qui, depuis le schisme, faisait la loi dans l'Eglise même, étouffait la vertu civilisatrice du christianisme, et avec elle l'élan des esprits. La philosophie s'en allait en subtilités, comme la dévotion s'était transformée en superstitions minutieuses. La souveraineté puérile qui présidait à cette dégénération se sentait trop faible pour pouvoir subsister en présence d'une science robuste, et d'un christianisme généreux : elle se laissait gouverner par des sophistes, pour commander à des esclaves. Tout était intrigue, même la science, même la foi, et, parmi les hommes détalent qui se préservaient de ces fatales dispositions, le plus grand nombre se bornait à conserver quelques débris de la science passée, sans aucune vue d'avenir.
Toutefois, l'histoire compte de loin en loin quelques esprits véritablement distingués. Une grande connais-
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sance de la philosophie anlifiuc éclate dans la célèbre Bibliothèque de Photius ; son discipU., rempereur Léon le Sage, se recoinnianda par son instruclion. Des inspirations du génie métaphysicien de Platon passèrent dans lànie de George de Pachymère, commentateur des écrits attribués à saint Denis. Le përipatélisnie eut un docte interprète dans Théodore Métochite ; et Michel Psellus le Jeune joignit, aux éludes grecques la science des Chaldéens. Quelques paies rayons, partis de la uhilosophie antique, vinrent •se réfléchir et se rencontrer sur le front de cet homme qui semblait ""aire l'oraison funèbre de la science sur la icmbe de TOrient et de la Grèce.
Mais dans TOccident se déroulait un autre spectacle L'esprit humain y ressentait la puissance d'une végétation nouvelle. Les restes de connaissance qui avaient échappé aux bouleversements de la société n'y ressemblaient pas, comme dans le Bas-Empire, à un arbre vieilli qui tombe en poussière. C'étaient des semences, des tiges rajeunies et pleines d'avenir, et la forte main de la papauté, partout présente, dirigeait cette grande ■et laborieuse culture. Les papes travaillèrent avec une incroyable activité, par leurs missionnaires, leurs règlements, leurs institutions, à faire prévaloir l'élément spirituel sur la force ignorante et brute, l'élément barbare. Sous leur direction, le clergé catholique défricha rintelligence européenne.