COMMUNISME
La société humaine tend nécessairement à s'affranchir du joug des propriétaires, parce qu'elle passe par deux phases, l'une dans laquelle elle s'attache instinctivement au principe d'hérédité, l'autre dans laquelle elle substitue une organisation scientifique aux aveugles combinaisons de la naissance.
Toute inégalité sociale, fondée sur l'hérédité des biens et provenant par là même d'une autre cause que la capacité personnelle, est radicalement illégitime,puisqu'en fournissant aux riches des moyens d'instruction dont les autres sont dépourvus, elle fait des privilégiés, même dans l'empire de l'intelligence.
Nul homme ne peut posséder comme bien légitime que les choses dont il a ac^ quis la jouissance par son propre travail.
La loi du progrés veut r]u'un système de conceptions rationnelles remplace les croyances irrationnelles qui reposent sur la foi mystérieuse d'une révélation'.
La loi du progrès veut que, dans Tordre de Tintelligence, l'élément de liberté prévale sur renseignement traditionnel, qui est une sorte de fatalité pour la raison.
La loi du progrès veut que le privilège d'égalité extirpe le principe de la hiérarchie catholique, en vertu duquel les prêtres constitu nt une aristocratie dans l'ordre spirituel.
La loi civile sur la propriété ne doit être liée à aucun système religieux, parce qu'il ne doit point y avoir de théologie légale.
• La liberté de l'esprit humain serait enchaînée, si le droit de propriété était érigé en dogme immuable au nom de la religion.
Le dogme religieux de la propriété, qui serait considéré aujourd'hui comme une vérité , peut être une fausseté demain.
La loi du progrès veut qu'une répartition rdtioûnelle des biens remplace la tradition irrationnelle qui repose sur la loi mystérieuse de la naissance.
La loi du progrès veut que, dans l'ordre des jouissances, l'élément de liberté prévale sur la transmission héréditaire des biens, qui est une sorte de fatalité dans la vie sociale.
La loi du progrès y Lie le principe d'égalité
veut que le principe aeganié extirpe le principe de lahiérarchie sociale, en vertu duquel les propriétaires constituent une aristocratie dans l'ordre temporel.
La loi civile sur la propriété ne doit être liée à aucun système religieux, parce qu'il ne doit point y avoir de métaphysique légale.
La liberté de l'esïjrit serait enchaînée, si le droit de propriété était érigé en dogme immuable au nom de la philosophie.
Le dogme philosophique de la propriété, qui serait une vérité aujourd hui, peut être une fausseté demain.
La société doit être constituée indépendammant du dogme de la vie future; l'harmonie du devoir et du bonheur doit se réaliser sur la terre.
La société tend à se faire son ciel sur la terre : l'individu peut croire à une rémunération théologique ; la Société ne peut croire qu'à une loi de rémunération positive dans la vie présente.
L'harmonie du bonheur et du devoir devant se réaliser sur la terre, la société ne doit pas être constituée en deux classes d'hommes, dont les uns ont de grandes jouissances même sans travailler, et dont les autres sont privés de ces jouissances , même en travaillant.
Si la société tend à se faire son ciel sur la terre, elle doit y réaliser définitivement la justice distributive,suivant laquelle les biens de ce munde sont répartis, non d'après la loi de naissauce, mais uniquenient d'après la loi du mérite et des œuvres (l).
A l'évêché d'Amiens, la plus grande partie de la vie de Gerbet appartenait à son cabinet d'études. A certaines époques, ce maître exigeant
(1) Rapporta du Rationalisme avec le Communisme, conclusion.
exerçait un tel empire qu'on ne pouvait lui arracher même un quart d'heure pour le déjeuner ou le dîner, à plus forte raison pour une distraction quelconque ; à peine permettait-il d'entr'ouvrir la porte pour laisser passer le peu de nourriture nécessaire pour soutenir le corps sans nuire au travail. — Et cela durait huit jours , quinze jours. (1)
En dehors de ces circonstances, il faut le dire exceptionnelles, Thôte de TEvôché prétait son concours, toujours utile, aux œuvres de l'administration ecclésiastique.
Quand venait un synode ou un concile, il ouvrait son trésor tout entier. Avait-on besoin de conseil dans une affaire grave, on le trouvait chez lui, sûr, lumineux. Il assistait aux réunions ecclésiastiques qui se tenaient à TEvéché, et l'on se pressait pour entendre les sons de sa voix qui n'arrivaient que difficilement aux oreilles, mais
(1) Ladoue, op. cit., passitn.
qui jetaient dans les esprits de vives clartés ; il prenait part aux œuvres de zèle ; il consentit même à se charger de la direction des Dames du Sacré-Cœur, qui possèdent, à Amiens, au berceau même de leur [congrégation, un pensionnat florissant.
Au début, le dévouement sacerdotal l'avait seul décidé à accepter cette mission, qui le détournait toujours un peu de ses occupations intellectuelles. Une affection tendre et paternelle vint plus tard se joindre à ce premier sentiment, et en augmenter l'activité. (1).
Le directeur des religieuses s'occupait aussi des élèves , il songeait toujours à les instruire et quelquefois à les distraire, ou plutôt, pour dire
(1) Ladoue, op. cit. t. Il, p. 276.
le mot vrai, à les amuser. Quoi de plus touchant que cette condescendance attentive d'un puissant esprit I Le poète aimable remplaçait alors le théologien. Il écrivait de charmantes pièces eu vers, dont un connaisseur (1) a dit qu'il y passait comme un souffle d'Esther; mais d'une EslJier, ajouterons-nous , où la muse, ne cherchant jamais le ton tragique, se livrait tout entière à r a allégresse légère » d'un cœur tranquille et pur. (2)
L'abbé Gerbet se pliait à d'autres exigences. Mgr de Salinis, qui aimait à recevoir et s'y entendait parfaitement, ouvrait, le dimanche soir, les salons de l'Evêché...
(1) Sainte-Beuve.
(2) Eugène Veuillot, Monseigneur Gerbet (dans les Célébrités Contemporaines), p. 235.
Mais, je laisse la parole au fin critique que je viens de citer, et qui a dit, avec beaucoup de charme, cet épisode delà vie de Gerbet à Amiens.
« La nature de Tabbé Gerbet est de celles qui, seules, ne se suffisent point à elles-mêmes et qui ont besoin d'un ami ; on dirait qu'il n'a toute sa force que quand il peut s'y appuyer. Longtemps, il crut avoir trouvé cet ami plus ferme de volonté et de dessein dans la personne de M. de Lamennais ; mais ces volontés plus fortes finissent, souvent sans y songer, par nous prendre comme leur proie et par nous jeter ensuite comme une dépouille. L'amitié vraie, telle que l'entendait La Fontaine, demande plus de soin et d'égalité. L'abbé Gerbet a donc trouvé un ami égal et tendre, et tout conforme à sa belle et fidèle nature, en M. de Salinis ; parler bien de l'un , c'est s'attirer aussitôt la reconnaissance de l'autre. Puis-je sans indiscrétion pénétrer dans l'agrément de cet intérieur et y ouvrir un jour, du moins pour ce qu'il a de littéraire et
d*mgénieux ? L'abbé Gerbet, comme Fléchier que j'ai nommé à son sujet, a un esprit de société plein de charme, de douceur et d'invention. Ce qu'il a fait et seiné, dans tous les lieux où il a vécu et dans les sociétés qu'il a traversées, de jolis vers, de petits poèmes allégoriques, de couplets de fête et de circonstance, il l'a lui-même oublié. Il est de ceux qui édifient sans tristesse, et qui savent animer les heures sans les dissiper. Dans cette vie déjà longue où pas une mauvaise pensée ne s'est glissée, et qui a échappé à toute passion troublante, il a gardé la joie première d'une belle âme pure. La spiritualité discrète se combine chez lui avec l'allégresse légère...
a Les soirs du dimanche, Mgr l'évéq^e d'Amiens a l'habitude de recevoir, on vient avec plaisir dans ce salon qui n'a rien de sévère, et où la bonne compagnie se trouve naturellement chez elle. On y joue à quelques jeux ; on y tire quelque loterie, et, pour qu'il soit dit que personne ne perdra , il est convenu que l'abbé
Gerbet fera des vers pour le perdant, pour celui qui s'appelle, je crois, le nigaud. Ces nigauds de l'abbé Gerbet sont pleins d'esprit et d'à-propos : il les fait a par obéissance, » ce qui le sauve, dit-il, de tout reproche et de toute idée de ridicule. Il est difficile de détacher ces vers des circonstances de société qui les produisent ; voici pourtant une de ces petites pièces improvisées, à l'usage et pour la consolation des perdants. Elle a pour titre :