NAISSANCE. - ÉDUCATION. - SÉMINAIRES
Sommaire. -^ haa aontognarda du Jura. — Un cœur de ooère. — Première communion. «^ La voix de Dieu dans le silence. — En rhétoriiiue. — Modestie et douceur, — Sur le chemin du séminaire. — L'esprit de Dieu sur TEgllse dt France. — L'dsbé Astier. — Une victime du doute. — Jouflfroy et Gerbet. — Attendons ! — Les 500 Elèves en théologie à Besancon. -^ La jàMB de Gerbet. — Académie au Séminaire. — Le régime intellectuel des grands Séminaires d'afirès M. Resan. •*• M. Olier et Saiat- Sulpice. — L'Ange du Séminaire. — Gerbet à Saint-Sulpice. •— Gerbet et Salims. ~* Les amitiés de Séminaire, -*- Lettre de Lacordaire. -> Jonathas et David. — Devant le cercueil d*un ami.
Dieu plaça son berceau au sein des montagnes du Juwi» « contrée riante et poétique, féconde en (( grands et beaux tableaux, qui a son histoire « à elle, ses traditions, son caractère, et qui, du « faaot de ses montagnes saii¥ag6Syi«giftrde sans
c envie les montagnes vantées de la Suisse et les cîmes hautaines des Alpes (1). »
Les montagnards du Jura ont l'âme ardente, un peu rêveuse, profondément attachée au culte de leurs pères.
Entre tous, ceux de Poligny offrirent de tout temps (2) le type le plus complet du caractère
franc-comtois.
C'est à Poligny que naquit, le 5 février 1798, Philippe-Olympe GERBET, d'une famille riche et honorée.
Pour qui a connu la limpidité d'âme, la pureté de regard de l'abbé Gerbet, il ne saurait y avoir de doute : une mère pieuse veilla sur son berceau. Rien ne laisse sur la physionomie d'un enfant' une empreinte reconnaissable, comme le rayonnement d'un cœur maternel qui vit de la vraie vie, de celle que l'on puise dans l'Eucha-
(1) X. Marinier. Gwic/es Johanne,
(2) A. Roussel. Dictionnaire liistorique et géographique.
ristie. Femme de devoir, la mère de Philippe Gerbet veilla elle-même sur les premiers développements du cœur de ses enfants. Femme de foi, elle leur parla de Dieu en termes qui se gravèrent au plus intime de leur conscience. Femme d'exemple, elle leur apprit à conformer toujours leur vie à leurs convictions. Femme forte, elle leur montra comment il faut soutenir les épreuves de Dieu (1).
Aussi, quand l'heure de la première communion arriva pour le pieux enfant de cette femme forte, Tenfant sentit, dans son âme, les émotions impérissables qu'il a depuis si magnifiquement décrites (2)^
(1) De Ladoue. Mgr Gerbet et l'Ecole Menais^ sienne, tom. 1.
(2) Gerbet. Considérations sur le dogme générée' teur de la piété catholique.
« La commanion, dira-t-il, s'accomplit comme <fi 0Oias le vestibule entr'ouvert da sanctuaire
« itmsible où se consomme Téternelle union.
« Tandis que les sens restent dans l'ordre actuel, « l'âme ressent la présence de l'autre ordre ; elle « y entre, elle prend possession de sa substance, « comme un homme transporté aux limites de « tel étroit univers visible, étendant sa main au- « delà , saisirait déjà les prémices de l'autre (c monde. Alors, il se passe en elle de ces choses a que la parole humaine craint de profaner en les a exprirnant- A ce murmure confus des passions, « qui gronde encore dans l'âme fidèle comme le « dernier bruit des agitations de la vie, saccède « tout à coup un grand silence. Bientôt une « commotion également forte et douce annonce « la présence d'un Dieu ; et soudain les saints « désirs, et la prière, et la patience, et l'esprit « de sacrifice, souvent languissants , se rani- « ment : tout ce qu'il y a de divin en elle s'al- « lume à la fois. Son regard s'épure et reçoit
« quelques rayons de cette lumière qui éclaire « ce qui est au-delà du cœur. Des émotions indéfi finissables, vives comme des sensations, calmes « comme des idées, attestent l'harmonie renais- « santé de l'esprit et des sens. On éprouve, dans « mille autres circonstances , les joies de la « vertu: c'est là seulement qu'on en savoure « toute la volupté. Contemplez les traits de ce « chrétien qui adore en lui son Sauveur: ne a diriez-vous pas que si cette bouche, fermée « par le recueillement , s'ouvrait tout-à-coup , « une voix en sortirait, essayant, d'un ton « plaintif encore, le cantique des cieux ? Elle « chanterait comme un ange gémit, elle gémirait « comme chante un mortel. »
C'est au collège de Poligny que Gerbet fit sa première communion , durant laquelle « il se passa dans son âme de ces choses que la parole humaine craint de profaner en les exprimaot. »
Dieu parla à cette jeune âme ce langage mystérieux, que tant de vies sacerdotales se souviennent avoir entendu, ce jour-là, tandis que, tout faisant silence autour des facultés du dedans, celles-ci se sentirent tout d un coup comme divinisées et s'inclinèrent, comme une tendre moisson, sous un souffle subit, qui la dompte sans la briser et lui donne, quand elle se relève, une vigueur nouvelle pour atteindre la maturité.
Dès lors, à la tète de ses condisciples, Télève de Poligny se montrera le « pieusement docte et le doctement pieux (1),» que toute sa vie il sera.
En rhétorique, dit Mgr Besson (2), il rencontre
(1) Piè scienS: scienter piua. (Saint Augustin).
(2) Besson. Etude sur Mgr Gerbet»
a un professeur' plein de goût autant que de ce piété, dont les exemples valaient les leçons. 9 Cet homme, dont TEglise de France se doit de conserver le nom avec respect, M. Gauthier, de Largilley, « remarqua le jeune Gerbet entre tous « ses autres élèves, et le forma à l'art de bien a faire comme à celui de bien dire. »
La piété chez le jeune homme se revêtait dç modestie et de douceur, les deux caractères distinctifs de celui qu'on a appelé a le Mélancha ton du nouveau Luther, » de celui qu'à la Ghesnaie, Maurice de Guérin nommait « le doux abbé Gerbet. »
A quatorze ans, il avait achevé ses études littéraires.
La voix, qui avait parlé aux pieds de Fautel
— iode sa première cotsrnunioa , il en avait gardé pieusement l'écbo au plas iotime de don être. Bile le poussa à reroir cet autel et à y réveiller , dans une longue oraison , des souvenirs « précieux, parce qu'il avait été fidèle. »
Quand il se releva, ce fut pour dire adieu à ses maîtres , embrasser sa mère et prendre le chemin du Séminaire.
Son principal historien, Mgr de Ladoue, dont nous suivons les données aussi sûres que filiale^ ment attendries , introduit ici un dialogue, qui rappelle, à s'y méprendre, la manière de Gerbet.
a Je me figure qu'au moment où il s'éloignait ainsi dans son modeste équipage, il eût été rencontré par quelque haut dignitaire de l'Empire, un général, — il y en avait alors un peu sur tous les grands chemins, recrutant des hommes pour combler les vides de la grande armée. — En voyant ce jeune homme à la taille élancée, à. la physionomie ouverte, il s'approche, espérant peut-étm faire une heureuse recrue :
— Où allez*vous ainsi, jeune homme ?
^- Monsieur, je vais me faire prêtre.
— Prêtre ! il n'y en a donc pas assez? Mais, pourquoi voulez-vous vous faire prêtre î
— Pour enseigner la religion et pour la défendre.
— Vous allez défendre là une cause perdue.
Ne savez-vous pas que le Pape est en pçison î L'Empereur vient de le faire venir à Fontainebleau, et, après celui-ci, il n'y en aura plus d'autre.
— En êtes- vous bien sûr ?
— Vous feriez bien mieux de vous enrôler dans les armées de l'Empereur : d'ici à quelques années, il sjera le maître du monde.
— Vous ignorez sans doute, Monsieur, que celui à qui Dieu a donné le monde est Jésus- Christ, dont le Pape est le vicaire ?
•^ Vieilleries que cela!... Mais enfin, mon ami , pourquoi voulez-vous vous faire prêtre ? Est-ce que vos parents n'ont pas de fortune ?
— Mes parents sont riches, et j'aurais pu , en continuant leur honorable profession, vivre dans Taisance.
— Est-ce qu'on ne vous a pas trouvé assez d'esprit pour faire autre chose î
— Je viens de terminer mes études, et mes maîtres ne m'ont pas trouvé plus bête qu'un autre.
Ne comprenant rien à ce langage, le général s'éloigne, en murmurant assez haut,, pour être entendu :
— Fanatisme !
Et il disait plus vrai qu'il ne pensait.
Il fallait, en effet, une foi bien robuste, pour pousser vers la milice sacerdotale une âme jeune, intelligente , devant qui s'ouvraient toutes les carrières conduisant à la fortune et aux honneurs (1).
(1) De La doue. Mgr Gerbei et l'Ecole Menaiaienne, Tome I, pages 15 et suivantes.
Mais , l'esprit de Dieu remuait l'Eglise de France, et , sur des points divers, il préparait dans l'ombre la brillante génération sacerdotale, d'où la nôtre est sortie, qui a ressuscité le catholicisme dans le pays et l'a réconcilié avec lui, au prix de tant d'efforts et de luttes contre l'esprit des vieux mécontents et les préjugés des fils de Voltaire.
A Besançon , où il arriva en 1812 , Gerbet trouva comme à Poligny, un professeur, qui en fit son disciple chéri et développa les dons merveilleux de cette intelligence d'élite.
Le professeur de philosophie, à l'Académie de Besançon, dont le futur séminariste suivit d'abord les cours, suivant l'usage du moment, était « un c< des hommes les plus singuliers et les plus
« habiles de son temps (1). » Il s'appelait Fabbé Astier.
Mgr Besson nous a conservé un portrait achevé de ce nmftre, qui exerça tant d'action sttr le développement intellectuel de Grerbet.
« M. Astîer avait plus de cinquante ans, quand il parut pour la première fois dans la chaire de l'académie. Son extérieur n'imposait pas, maïs 3 attirait, Tous les yeux de son auditoire £e fixèrent sur lui avec l'intérêt qu'inspirent un nouveau maître et un nouvel enseignement. C'était un homme d'un brun foncé et d'une petite taille; son caractère était plein de vivacités et son esprit plein de saillies ; doué d'une mémoire prodigieuse, il parlait te latin aussi bien que !e français, et professait, selon la méthode scfaolastique, la philosophie de l'ancienne Sorbonne. Sa voix était aiguë et pénétrante, sa conversation îns-
(I) Hesson. Biographie de Vabbé Busson.
tfudfchre et Tuiée. Le prêtre en lui dominait tout le reste.
D'une foi vire, d'une piété profonde, d'une mora.Iité exemplaire, il ipélait à toutes ces qtiatitéfi quelques excentricités de caractère qui sem^ blaient les relever encore. Ses (fistractions sont de^r^nues fort célèbres, mais il ne souffrait guère qu'on l'en avertit*
Un jour qu'un chanoine lui fît observer, dans iitie sacristie, qu'il avait déjà mis trois chasubles l'une sur l'autre, et qu'il était inutile d'en ajouter une quatrième :
-T Croyez-vous donc, répartit M. Astîer, que je n*aie, comme vous, autre chose à ftdre qu'à aftoyer Je parchemin.
Si sa verve railleuse n'épargnait pas assez les chanoines, eHe vengeait en toute occasion rEjgIfse et ses dogmes. Fidèle au costume eccrésfastique comme à toutes les règles de son état, il s'entendit reprocher un jour par un de s«s collègues,
diacre défroqué, d'être vêtu, comme un curé de village :
— Monsieur , répondit-il , apprenez que les curés de village ont plus d'esprit dans leur petit doigt que vous n'en avez dans toute votre personne, et je le sais, car je viens de l'être.
Dans une voiture publique, où un riche électeur avait engagé une querelle avec lui sur la religion, il allait réduire son adversaire au silence, quand une dame l'arrêta , en lui disant à l'oreille :
— Prenez garde : monsieur paie pour plus de 1,000 francs d'impôts.
— Et moi, répartit M. Astier à haute voix, je vous déclare que, si on imposait l'esprit, il ne paierait pas un centime (1).
Ces traits de vivacité spirituelle firent à fabbé Astier la réputation d'un redoutable jouteur et
(1) Bessoii. Biographie de l'abbé Busaon,
ne le rendaient que plus cher à ses élèves. Aussi charitable dans ses procédés, qu'il était parfois incisif dans ses paroles, il frappait ainsi Tesprii, gagnait le cœur et gravait dans l'âme de ses disciples cette vive et forte enlpreinte, qu'un professeur habile laisse sur tout ce qui l'entoure.
a J'ai peint Tabbé Astier, c'est déjà peindre l'abbé Gerbet. A la différence des élèves qui ne copient que les défauts de leur maître, Gerbet ne prit de M. Astier qu'un goût passionné pour les études philosophiques, avec quelques habitudes familières aux esprits distraits. On se figure difficilement aujourd'hui, avec le discrédit qqi a frappé les hautes spéculations et la méthode actuelle (1) des professeurs de nos facultés, quels
(1) Nous avons cru devoir atténuer par ces mots l'expression de • MISÉRABLE auditoire auquel sont réduits les professeurs de nos Facultés. » Les auditoires qui se pressent autour de nos chaires ne méritent pas cette qualification et nous n'en sommes pas réduits à exciter cette pitié.
étaient l'avide empressement et les préoccupations studieuses des 120 élèves de l'abbé Astier. Ils allaient le chercher à sa demeure, lui faisaient escorte le long des rues et le ramenaient chez lui, non sans s'arrêter autour d'une borne ou sous une poile cochère , pendant des heures entières, pour prolonger, quelques-uns par malice, la plupart par envie de s'instruire, la leçon que le professeur finissait trop tôt à leur gré. Les élèves discutaient, l'abbé Astier s'emportait parfois , le jeune Gerbet écoutait surtout. Les promenades du jeudi n'étaient pour le maître amoureux de la vérité que de nouvelles occa.
sions de voir plus familièrement et d'intéresser
plus longuement la jeunesse byzontine. Partout
M. Gerbet était au premier rang. On l'appelait le bras droit de M. Astier, son élève chéri, l'espoir de la science (1). »
(I) Besson. Etude sur Mrjr Gerbet.
Parmi les Victimes du Doute^ dont l'abbé Baunard a éloquemment décrit les tortures, il en est un, plus célèbre que ses autres contemporains, peut-être parce qu'il a analysé lui-môme, avec une poignante tristesse, les ravages du Doute, lui arrachant peu à peu ses tranquilles croyances d'autrefois.
« Je n'oublierai jamais, écrit-il, la soirée de « décembre où le voile, qui me dérobait à moi- « môme mon incrédulité, fut déchiré. J'entends « encore mes pas dans cette chambre étroite « et nue, où, longtemps après l'heure du cou- « cher, j'avais continué de me promener.,. Je « suivais , avec anxiété , ma pensée qui , de « couche en couche, descendait vers le fond de
<f ma conscience, et, dissipant l'une après l'autre « les illusions qui m'en avaient jusque là dérobé « la vue, m'en rendait de moment en moment les « détours plus visibles. En vain je m'attachais à « ces croyances dernières, comme un naufragé « aux débris de son navire. . Je sus alors qu'au « fond de moi-même il n'y avait plus rien qui « fût debout... Ce moment fut affreux ; et, quand « le matin je me jetai épuisé sur mon lit, il me a sembla sentir ma première vie, si riante et si « pleine, 's'éteindre, et derrière moi s'en ouvrir (s une autre sombre et dépeuplée, où désormais « j'allais vivre seul, seul avec ma pensée, qui « venait de m'y exiler et que j'étais tenté de « maudire. Les jours qui suivirent furent les « plus tristes de ma vie. »
Franc-Comtois comme Gerbet , celui qui notait ainsi les déchirements de son âme, jusque là croyante, avec cette poétique tristesse de l'enfant des montagnes qui chante sonmal, Jouffroy, s'en revint, un jour de vacances, dans son Jura, et,
9ur sa route, il rencontra ôerbet. « Jouffroy, dit Sainte-Beuve dans ses Causeries du Lundi (1), « Jouffroy, dans le premier orgueil de la jeu- « nesse et de !a science, et l'auréole au front, « ne dédaigna point de discuter avec le jeune <( séminariste de la province. »
Le « jeune séminariste de province » était de , taille à tenir tête au brillant disciple de Cousin, (}ui « ne dédaigna pas de discuter avec lui.»
C'était pendant les dangers de l'invasion. La scène se passe dans la montagne, chez un curé, où Gerbet s'était retiré.
L'historien de Gerbet, s'aidant des écrits des deux interlocuteurs, a dramatisé cette entre* vue (2) qui se termina par le fameux a Âtten-« « dons! » remarqué de Sainte-Beuve.
L'élève de l'Ecole Normale entre brusquement en matière.
(1) Sainte-Beuve. Causeries du Lundi, t. VI.
(2) Ladoiie, op, cit,, t. I, p. 30 et suiv.
— Quelle philosophie vous a-t-on enseignée à Besançon î
— On nous a enseigné la philosophie traditionnelle dans les écoles catholiques.
— Les vieilleries scolastiques I... Est-ce que vous en avez été complètement satisfait ?
— Non, il y a bien des choses qui m'ont paru laisser à désirer. J'ai, en particulier, trouvé la manière de procéder défectueuse (1).
— Je ne suis pas surpris que vous n'ayez pas été satisfait : La vraie philosophie n'existait pas encore. J'ai été assez heureux pour assister à la naissance de la philosophie nouvelle. J 'ai entendu l'homme de génie, destiné à éclairer son siècle, nous en vanter, dans son langage un peu enthousiaste, les gloires méconnues : a La phi- € losophie, nous disait-il, est la lumière de toutes « les lumières, l'autorité des autorités, Tunique
(1) Gerbet. De l'Enseignement philosophique, (Art. du Mémorial Catholique de 182i, t. I. pag. *>0 5 )
« autorité, (t) » Il nous expliquait que, jusqu'à présent, la philosophie n'avait pas pu exister, parce qu'on acceptait aveuglément la solution donnée par la révélation. Or, je vous le demande, croyez-vous que, dans l'époque actuelle, une solution puisse être proposée à l'acceptation des masses, à ce titre qu'elle a été révélée. Croyezvous qu'elles sentissent du goût pour une doctrine qu'on leur envelopperait de figures ? Quant à moi, j'incline fortement pour la négative (2j.
— Comment ! votre premier pas en philosophie consiste à renverser le seul fondement de toute investigation philosophique ? Vous n'êtes donc plus catholique !
— Eh ! mon Dieu, je vais vous faire ma profession de foi : elle vous étonnera peut-être ; mais, pour peu que vous vouliez suivre le chemin que j'ai suivi, vous arriverez au même résultat.
(\) Cousin. Cours d* histoire de la philosophie,
(2) Jouffi'oy. Du problème de la destinée humaine, pag. 426 et suiv.
Né de parents pieux dans ce pays où la foi catholique était encore pleine de vie, au commencement de ce siècle, j'avais été accoutumé de bonne heure à considérer l'avenir de l'homme et le soin de son âme comme la grande affaire de la vie, et toute la suite de mon éducation avait contribué à fortifier en moi ces dispositions... J'étais heureux de ce bonheur que donne une foi vive et certaine en une doctrine qui résout toutes les grandes questions qui peuvent intéresser l'homme.... Je n'oublierai jamais la soirée de décembre, où le voile qui me dérobait à moimême mon incrédulité fut déchiré (l).
— J'espère bien ne jamais vous suivre dans cette triste voie. Arrière toute philosophie qui n'aurait pas pour résultat de confirmer en moi les convictions catholiques.
— Vos convictions cathdiques I Vous ne savez donc pas qu'il n'est plus possible aujour-
(1) Jouffroy. Mélanges philosophiques.
d'hui, en présence des découvertes de la science, de croire ce qu'enseigne l'Eglise ?
— Quelles sont ces découvertes î
— Avez-vous entendu parler de Zodiaque de Denderahî
— Non. C'est la première fois que ce nom est prononcé devant moi.
— Le Zodiaque, que l'on appelle de Denderah, parce qu'il a été découvert, pendant les campagnes de l'armée française en Egypte, dans le grand temple de Denderah, l'ancienne Teutyris, représente l'état du ciel, à l'époque où il fut dessiné.Or, pour retrouver cet aspect céleste, il faut remonter à 45, à 65 siècles. Que devient dès lors la chronologie de la Bible ?
— Etes-vous bien sûr de ces calculs ? S'il y a désaccord entre la Bible, qui a pour elle une certitude infaillible, et un monument très-incertain, le bon sens dit qu'il faut se prononcer pour la Bible Mais, attendons !
(( Le jeune séminariste, dit Sainte-Beuve, mis
en présence du monument inconnu, ne put que répondre : a Attendons ! r>
Il eut raison d'attendre.
Lorsque la vraie science eut parlé, il fut constaté que le Zodiaque de Denderah appartenait à l'époque de la domination des Romains en Egypte, c'est à dire au l" ou au 2* siècle de notre ère.
Le Normalien et le Séminariste se séparèrent.
Celui-ci regagna sa chère solitude studieuse de Besançon.
500 jeunes gens s'y pressaient autour âes chaires de théologie.
Et quels jeunes gens !
« En regardant leurs fronts avec les lumières que projette sur eux un avenir assez rapproché, on peut distinguer, dans leurs rangs pressés, le
prélat émiaent qui aura pour mission de répandre dans la France du XTX* siècle, les vraies doctrines de l'Eglise Romaine, les saints enseignements de la morale, les solides principes du droit canonique, Mgr Gousset.
« A côté de lui, dans l'ombre où il se plait, un autre prélat, qui exercera aussi sur le clergé français, par la solidité , la profondeur de sa doctrine, une influence salutaire, Mgr Doney, le savant évéque de Montauban.
>i Puis, deux autres évéques, dont l'épiscopat sera béni, (Mgr Mabile, évéque de Versailles, et Mgr Legain, successeur de Mgr Doney à Montauban ) ; des apôtres , dont l'un ( l'abbé Gageiin, mis à mort pour la foi en Cochinchine), recevra la palme du martyre ; des écrivains distingués, les abbés Blanc et Receveur, auteurs l'un et l'autre d'ouvrages d'Histoire Ecclésiastique , d'esprit et de valeur différents ; l'abbé Gaume, qui laissera plus que le souvenir de ses livres; d'autres ecclésiastiques, de vertu et de
savoir, qui occuperont les postes les plus importauts de la hiérarchie ecclésiastique !
« Si vous demandez aux anciens du sanctuaire , écrit l'éloquent évéque de Nimçs (1), quelle était la place de M. Gerbet parmi tant de réputations qui commençaient et d'espérances déjà couronnées par la renommée, aucun d'eux n hésitera à lui assigner la première place.
« De brillants concours, dont on ne saurait trop déplorer la suppression, terminaient alors l'année scolaire. 4 prix et 8 accessits suffisaient pour animer les meilleurs esprits. Les 450 jeunes gens qui composaient cette grande école pouvaient tous prétendre à ces modestes récompenses ; mais, outre les notes obtenues pour les réponses de l'année, on tenait compte, pour déterminer le rang, des décisions données par écrit sur des cas de conscience, et surtout d'une argumentation à laquelle les plus forts prenaient part,
(1) Besson. Elude sur Mgr Gerbet.
sous la direction des maîtres et sous les yeux de tout le Séminaire.
« M. Gerbet partagea le premier prix en 1816 ; il l'obtint seul en 1817. Le nom, le talent, le savoir de ses rivaux, qui sont devenus les oracles de l'Eglise, indiquent assez à quelle hauteur il s'était élevé.
« Les hommes d'élite, qui composaient cette brillante phalange, loin de se borner aux études imposées par la règle, se réunissaient chaque mercredi en académie, et employaient ce jour de congé à lire des dissertations, préparées pendant la semaine, sur l'Ecriture Sainte, sur l'Histoire Ecclésiastique et sur le Droit Canon. Les principaux commentaires de la Bible étaient lus, traduits, analysés. Fleury servait de texte aux études historiques ; mais, en résumant chacun des livres de son histoire, on en signalait les points douteux ou incomplets. Enfin, la littérature et les langues avaient leur part dans ces modestes ttavaux, en sorte que l'imagination, le
goût, la mémoire, tout ce qui fait Thorume, s'exerçait et se formait à la fois.
« Qu'il était agréable aux maîtres de surprendre, par une visite inattendue, une de ces académies si heureusement composées ! Ils trouvaient dans la même séance M. Gousset et M.
Blanc, M. Gerbet et M. Dartois.... M. Gousset était un casuiste plus habile, M. Blanc un dialecticien plus serré, M. Dartois un linguiste plus érudit ; mais M. Gerbet avait plus que personne le don de plaire et de charmer. 9
« Tl aurait pu être tout ce qu'étaient ses condisciples ; mais, te poète avait ses heures, et le malicieux causeur prenait quelquefois le dessus, a moins qu'une distraction ou une rêverie ne le plongeât dans un silence profond ou une étude solitaire. »
L'observation en a été faite par un ancien séminariste, qui, en perdant le don de la foi, n a point perdu cette estime et, je l'ose dire, cet amour du Séminaire, qui survivent à tout, dans le cœur de ceux qui y ont vécu.
a Le régime intellectuel des grands séminaires, a dit M. Renan, est celui de la liberté la plus complète : rien ou presque rien n'étant demandé à l'élève comme devoir rigoureux, il reste en pleine possession de lui-même ; qu'on joigne à cela une solitude absolue, de longues heures de méditation et de silence, la constante préoccupation d'un but supérieur à toutes les vues personnelles, et on comprendra quel admirable milieu de pareilles maisons doivent former pour développer les facultés réfléchies. Un tel genre de vie
anéantit l'esprit faible, mais donne une singulière énergie à T esprit capable de penser par luimême. On en sort un peu dur, parce qu'on s'est habitué à placer une foule de choses au-dessus des intérêts, des jouissances et même des sentiments individuels ; mais cela même est la condition des grandes choses, qui ne se réalisent jamais sans une forte passion désintéressée. Voilà pourquoi, conclut le célèbre académicien, — bon juge d'ailleurs en cette matière, — voilà pourquoi les Séminaires sont une source si féconde d'esprits distingués, et tiennent une si grande place dans la statistique littéraire. (Ij »
Lorsque l'Eglise, réunie en concile à Trente, décréta la fondation des Séminaires, Dieu marqua, dans les' mystérieux desseins de ses prédestinations, un homme, qui devait s'inspirer de la pensée dominante de cette institution sublime
(l) E. Renan. Essais de Morale et de Critique, (Etude sur Lamennais), pages 148 et 149.
et la réaliser dans une association qui n a eu sa pareille nulle part.
Cet homme fut Tabbé Olier, fondateur du Séminaire, type et modèle de tous les Séminaires de la Chrétieuté, Saint-Sulpice.
Les étrangers qui, visitant la capitale, passent devant ce grand bâtiment sans caractère, que l'on appelle le Séminaire de Saint-Sulpice, ne se doutent guère que, derrière ces murs modernes, subsiste une institution ancienne ; que, daos ces bâtiments bourgeois sans style et sans grandeur, s'abrite une des œuvres merveilleuses du grand siècle. Quelle révélation, s'il leur était donné de converser quelques instants avec ces prêtres vénérables qui consument, dans des labeurs obscurs, fatigants par leur éternelle monotonie, des existences de quarante et soixante ans, n'ayant d'autre ambition que de remplir le mieux qu'ils peuvent leur tâche quotidienne, et de donner à l'Eglise des serviteurs dévoués. Et ces hommes, dont souvent personne ne connaît le nom.
en dehors de eette eoceiiite, ce sont des sravants de premier ordre, comme l'abbé he Hïr, des prêtres émîoent» qui briUeraienft ^w tes plus hauts degrés da ta liiér«rdiie t fl>.
Le but unique et exclosif de arâHMSuljpice, ceat àe ibnner le prêtre, il se eei«se à tout «Dire mimstàre ; il R'aîsmais voda et m yoixdra junais. Curei que^ cefai. Son idéal e'eet le prêtre, et ce qu'à j a de phiar essentiel à i'ÉgUse àamU prétarev le pasteuc.^ Lea trois vertus km» plu9 iodîspenaabies da prêtre rivaiot dans^ te sièd^ fianmilt ainsi reprit particolier de Saint^a^ piœ r Téloîgsieiaeiit du moiMie, l^anKiw desr^ du)- 906 saixites et le reapeeiP dis la biirarc^e»
Gettr mtoérable Msodmttow ,■ qui) forma. dU Mme die son. sooAe le clergié fimossAi: d^pmd tûrais siëetesy si. seoriaibble S ellMiitflflBii'depaid Eorij^ne,.» Itamittie^ si ihibte- mi appareoss?, et e» réalité ni fiarte, serepsisepGinBt svir reog«g&-
f ) Ladoue. o|). ci/., t. L, p. 39.
mèftt irrévocable'' dbâ VoeUî^/ Le^ soipicieii ne conjnéi^ tfautrô» jotlg- (^ue cefai dte' r%lise,- tf autre promesse^ i^Ué' délie de t^àtprébre à' son évéque, aSû^ cpe It êpéGt&cief de dette voiôntév toujours libt^ d-'élle^inéiàe et* toQ)x>arsK soumise ^ serve (Fex^Jiîe a^^ prêtre qutyi dans' te monde / doit être à ktt-mémô^sâ'i^gté et sa sanction'/
Lés statuts du Sulcî)riet)' sonV simples,' peu ndaftirëteV à.* lÉi^itée de tous;» afil* que toutprêtï^e'y trouvée l'e^empklîre' de sa vie; et qu'il ptdëe^'dattS'delteéâfpêCerdte jrr09&9t^ le goût eît^raniouV è& la Vie^ commune; jaûtantr que le liimiëtëi^ parôëâkl'lft* i^nd pfatiddble' et possi^'
ble De là vient en partie, au clërg^'finmçai^;'
lormépèbi^ )af-i^^od*Pei^t de^ Saint^ùlplde, PBbrfâeùb et Tefetlme donfil' joUitfpBrtout/ (4');
Uh« arfdèh^ étêv^ èé Saiot-Sulpioe a' décria Pâ(k5û^l <)t|A(5n rëcdit^»' Seint^^Sdlpiee^ lorsqa'uh jétHSë rfS{)irattt^ à* M* dléri€att»re f^y présenté :-
(1) Chocarne, Vie intirfCe dit Pèretacorcluirè, t.*I, p. 66 et 67.
« Vous venez d'entrer, dit-il ; on vous a conduit dans la chambre du supérieur, qui s'est levé pour vous recevoir, qui vous a embrassé, qui a pris la peine de vous donner toutes les indications qui vous sont nécessaires. A la porte, vous rencontrez un séminariste, qui vous prend par le bras comme s'il vous connaissait depuis longtemps, et qui s'empresse de vous déclarer qu'il est tout entier à votre disposition : c'est votre Ange ! — En effet, à partir de ce moment, il veillera sur vous comme un ange, attentif à prévenir vos moindres désirs, à vous éviter le plus léger souci... Qui peut avoir oublié son Ange du Séminaire I (1) »
C'est qu'aussi, sous des dehors empreints d'une réserve, empreinte elle-même d'un parfum des anciennes mceurs ecclésiastiques, suave et touchante réminisceiice du passé (2), rien, suivant la douce expression du prêtre, qui a fait peut-
(1) Ladoiie, op. cit., t. 1, p; 40.
(2) Renan, op. cit., p. 58.
être jusqu'ici le plus d'honneur à l'institution de M. Olier (l) « rien n'est maternel comme Sainfr Sulpice. »
Gerbet avait entrevu de loin tout cela.
L'enseignement élémentaire de Besançon ; le besoin qu'il éprouve, en revêtant enfin l'habit ecclésiastique , — qu'il n'avait point encore pris après trois ans de Séminaire, — de se tremper fortement dans l'esprit de son saint état; puis, un secret instinct, qui lui fit comprendre que son ministère s'exercerait toujours hors du pays natal, le portèrent à s'en aller demander, au Séminaire de Saint-Sulpice , ce complément d'éducation cléricale, dont il sentait la nécessité.
(4) Fénelon.
fra{>pa d ift port» 4e ÇaintrSi^lpice.
La compagnie obéissait alors au saini abbé Duclaux, et le Séminaire avait pour directeur le savant abbé Garnier, ayant sous ses ordres des directeurs comme les Boyer, les Carrière, les Tesseyre, dont les noms restent si justement vénérés dans le clergé de France.
Lorsque M. Duclaux vit Fabbé Gerbet, «on Ame, tempérée jd'auatérité et de tax^âftse, se sentit attirée veis le jeuafi Byeontin, dont ia physionomie rél(écbie et .un peu trifte révélait uœ kofe d'éEte.
H lui assigna, pour être son Ange, un séminariste de haute distinction, en qui ie Sulpicien exercé devina le compagnon naturel du nouvel arrivant.
C'était Tabbé de Salinis !
Comme plus tard Lacordaire, Gerbet se mit tout aussitôt à cultiver et à cueillir avec délica-
tesse cette fleur de Tamitié et & en jouir sans scrupule (1).
Les amitiés de Séminaire, d'ailleurs surveillées avec un soin jaloux par les directeurs qui en savent les avantages et aussi les périls , laissent , dans une vie sacerdotale, un parfum pénétrant et suave que rien n'emporte, et qui demeure le meilleur abri aux jours de l'épreuve.
Lacordaire séminariste a décrit le charme de ces amitiés, contractées sous l'œil de Dieu et scellées, sous le regard de maîtres vénérés, dans le recueillement du sanctuaire.
a Tu ne sais pas un de mes enchantements, écrit-il à un de ses amis du dehors, c'est de « recommencer ma jeunesse, je veux dire cet « âge qui est entre l'enfance et la jeunesse, avec « les forces morales qui appartiennent à un âge « plus élevé... Au collège, on est encore trop a enfant, on ne connaît pas le prix des hommes
(l) Chooarae» op, cit., t. 1, p. 74.
a et des choses ; od manque de trop d'idées pour (1 savoir se choisir et s'attacher des amis par des « liens puissants. Les rapports élevés de Tamitié a échappent à des âmes si faibles, à des intelligen- « ces si neuves. Ensuite, dans le monde,, on n'est a plus à môme de se créer des liaisons bien soli- « des, soit que les hommes ne vivent plus si rap- « proches, soit que l'intérêt et Tamour-propre se a glissent jusque dans les unions qui semblent a les plus pures, soit que le cœur soit moias à « l'aise au milieu du bruit et de l'activité sociale. « L'amitié a bien plus de prise, au milieu de cent « quarante jeunes gens, qui se voient sans cesse, « qui se touchent par tous les points^ qui sont « presque tous comme des fleurs choisies et a transportées dans la solitude (i). d
(I) Lacordaire. Lettre à M. Lorain, 31 janvier 182S.
Gerbet, àme tendre, un peu rêveuse^ moins faite pour les réalités pratiques de la vie que pour les spéculations de T esprit, avait, plus qu'un autre, besoin d'un ami, qui suppléa à ce qui lui manquait, tout en étant en communion d'idées avec les siennes.
Or, il se trouva que Salinis avait , des besoins de son temps, des aspirations du prêtre au dixneuvième siècle , de la sainte Eglise et de Rome, les mômes intuitions que Gerbet (1).
Dès lors, entre les deux séminaristes que Dieu destinait à être un jour les princes de son peuple, s'établit une amitié, ou mieux une union si
(1) Fr. Ladoue. Notice sur Mgr de Salinis, passim.
complète de Tesprit, du cœur, de rame, que l'on eut dit Jonathas et David.
Quarante années durant, ces deux grands hommes marcheront, dans les sentiers les plus glorieux de TEglise de France, la main dans la main, sans que rien vienne jamais ternir ce pur et doux attachement.
La mort seule les séparera pour un temps, et, lorsque Gerbei, survivant à Sallnis, regardera son ami dans le eereueil, c'est avec des larmes dans la voix et des sanglots au oœur quHl s'écriera ;
« Mes frères. Je suis appelé, par une vieille « et sainte amitié, à vous adresser quelques pa<- « poles dans oetta heure si tristement solennelle. « On a désiré que oelui qui a «i bien connu % votM grand archevéqua (1), voua laissât, pour « eeaisolation dernière, une iipage de sa vie, telle « qa^oB peut la faire à la hâte, dans oea instants
(1) Antoine de Salînis, d'abord évêque d'Amiens.
e^\ mort Hreiï^v^que ^H'Auch,
a troublés que nous venons d^ passer pr^s de son
« Ut de mort. Je vpuç apportç des souvenirs de
« quarante ans. ^os affections . nos ];ravaux oi^t
« été^ duran|; ce ion^ Çspace de te^mps. tellepient
« entremêlés^ qu'il fallait, ce semblç, que ce
« mélan^seproduisÇ jusqu'à la fin j et Qu'à la
<c yoix qui sort de cette tomhie poijr vous prô*
a cher eiçcore vos devçirs^ vînt se join4re la
« mienne pour prçcl^er yps reçrets. Ma dou-
xx leur eût mieux aim^ garder le silence | ii\ais un
« autre sentiment m'invite à parler. Nous avons
<( besoin, moi. de lui offrir j yous, de recueillir
« pour J^i ce suprémç hommage, par lequel on
« fait ses adieux non plus à l'âme qui part , mais
« au corps qui s'en va. Nous avons besoin de
« nous représenter quelques traits impérissa-
« blés de cette grande âme, au moment où ce
« cercueil, qui déjà nous cache ses traits mor-
<E tels, est sur le point de disparaître aussi (1). )>
(l) Gerbet. Eloge funèbre de Mgr de Salinis.
(Exorde.)
Quand il fallut finir^ c'est avec un accent déchirant, que les auditeurs n*ont pas oublié, que Gerbet, s' adressant à son ami, disait :
« grand évéque, 6 saint ami, faites par vos a prières que je participe à vos dons. Laissez a tomber sur moi cette grâce, comme Elle , mon- « tant vers le ciel, jeta son manteau sur son distt ciple et ami. C'est le meilleur présent que « puisse me faire votre céleste amitié, pour me « soutenir, moi, pauvre évéque, dans ce qui « me reste à parcourir de la route, où je r ence contre les devoirs que vous avez si bien rem- « plis, et les tristesses dont vous êtes délivré (1).
(1) Gerbet. Ibid. (Péroraisun.)
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