A MONSEIGNEUR SIBOUR
Archevêque de Paris
**Ar'*
Vous n'avez pas, Monseigneur, pour portier Un moliniste, ou bien un janséniste :
Ces métiers-là île sont pas son métier ; II n'est ni plus ni moins qu'un ébéniste.
Vous comprenez que sa profession Vous garantit un concierge exemplaire :
Lui qui posait les portes d'un salon, Peut bien garder une porte cocbére.
On vous dira qu'un artiste à rabot
Est du jardin un gardien mal habile.
Mais je détruis ce soupçon d'un seul mot,
Et grâce à vous ma réplique est facile :
îîe peut-on pas suffire à deux emplois,
Lorsqu'au travail les mains sont toujoura prêtes I
"Vous faites bien cent choses à la fois.
Qui n'en sont pas cela pour cela plus mal faites.
Nul soin, dit-on, ne vous est étranger Et rien n'échappe à votre surveillance.
Vous abaissez jusqu'au vil potager.
Ces vifs regards qui planent sur la France.
Oh ! laissez donc le chou blanc, le chou vert. L'oignon, l'asperge et tout grotesque herbage. Hormis les jours où la Place Maubert Sait vous en faire un populaire hommage.
D'un autre soin votre cœur est jaloux :
C'est du bonheur de toute une famille.
Quels artichauts pourraient valoir, pour vous. Les chapelets de ma petite-fille?
Dans l'atelier, dans la loge, au jardin.
Guettant le vent qui vers ces lieux vous porte. Nous serions tous heureux, sauf le chagrin De vous ouvrir trop rarement la porte.
Pour émouvoir votre cœur paternel.
J'ai confié ma requête à Saint Pierre» Ce porte-clés, ce concierge du ciel.
Qui prend pi lié des portiers do la terre.
Il voit les maux dans leur loge amassés...
Du ciel, hélas 1 elle n'est point Timage ; Mais, en ouvrant la porte où vous passez.
Du ciel du moins j'entrevois le présage.
Satnt-Germain-^n^Laye, septembre iSàO.
A L'EVEGHE D'AMIENS
A L'EVÉCHÉ D'AMIENS
Sommaire, — L'abbé de Salinis est nommé Evèque d'Amiens. -^ Rôle de Gerbet au Concile provincial de Soissons. — On demande son élévation à Tépiscopat.— A l'Evèché d'Amiens.— Un cabinet d'études.-" Les Conférences d'AVbéric d'Assise. — Le Communisme est la conséquence logique du Rationalisme. — Conclusions formulées dans un parallélisme. — Travail acharné. ~ Rôle de Gerbet dans l'administration du diocèse — Gerbet directeur spirituel chez les Dames du Sacré-Cœur d'Amiens. — Les salons de l'Evêché. — Portrait par Sainte-Beuve. — Les Nigauds de l'abbé Gerbet. — Au Concile provincial d'Amiens. — Les intérêts du clergé inférieur. — Retour aux saintes règles du Droit.— Les reliques d'une sainte amiénoise.» Le Livre de Sainte Theudosie.-^ Né pour l'épiscopat.— Il n'est pas administrateur I — Les génies d'administration.— Un manifeste académique. — La candidature de l'abbé Gerbet à l'Académie Française échoue. — Nomination & l'EIvèché de Perpignan. — Joie de Pie IX. — Les larmes de l'adieu. — La Croix à' l'entrée d'un chemin.
Le 29 août 1849, l'abbé de Salinis prenait possession de Tévéché d'Amiens.
A quelques jours de là, s'ouvrait, à Soissons, le concile de la province de Reims. Le nouvel évoque y vint, acconjpagné de Gerbet, qui venait de prendre part aux travaux du concile provincial de Paris et accourait prêter son concours, comme théologien, à son vieil et fidèle ami.
Le rôle de Gerbet à Soissons fut si considérable qu'à la clôture du concile, les Pères adressèrent au Président de la République une adresse collective, demandant son élévation à l'épiscopat.
De Soissons, l'abbé Gerbet vint à Amiens. En entrant dans cetévéché, qui lui était inconnu la veille, il lui sembla qu'il rentrait chez lui ; il prit immédiatement possession de l'appartement modeste, mais commode, qui lui avait été préparé, et il ne jeta pas un regard préoccupé, soit vers
le passé, soit vers raveair. Ne lui demandez pas combien de temps il compte rester dans cet asile ? Le sait-il ? — Etes-vous inquiet de ses moyens d'existence ? Est-ce que la Providence ne veille pas ? — Mais quelle sera sa position ? Est-ce qu'il n'est pas chez un ami ? — Si, quelques jours plus tard, vous étiez entré dans cette chambre, en supposant qu'elle ne fût pas fermée à l'intérieur — ce qui arriVait souvent — vous auriez vu, sur les fauteuils, sur le canapé, sur la commode, "Sur le poêle, des livres ouverts, des feuilles de papier, et... par dessus livres et papiers... une bonne et belle couche de tabac. A ne pas s'y tromper, c'est le cabinet d'un homme de travail (1).
Examinons les œuvres qui en sont sorties.
(I) Ladoue. Afgr Gerbet, t. ii, p. 268.
Déjà, les économistes devaient à Gerbet les Conférences dAlbéric d'Assise,
Albéric est un jeune Père, réel ou imaginaire, de l'ordre de saint François. Ce jeune Père, avec un esprit élevé et un charme séduisant, essaie d'expliquer à ses frères les deux grandes lois de justice et de charité. Cet essai contient les idées économiques de l'abbé Gerbet , son économie politique fondée sur les bases du christianisme.
Jusque-là, l'économie s'était traînée dans l'ornière des financiers et des physiocrates ; elle avait prôné comme oracles Quesnay, Turgot, Adam Smith, Jean-Baptiste Say , Malthus et Ricardo. Elle se disait la science de la richesse ; et, outrepassant ses limites comme elle méconnaissait ses devoirs, elle entendait réduire la vie sociale aux exigences d'un budget. — Combien vous dois-je î — Combien me devez-vous ? — Telle était la Loi et les Prophètes.
Gerbet ne put s'enfermer dans ces horizons étroits et s'arrêter à ces vues charnelles. Dans
sa pensée, la propriété doit avoir pour correctif la charité, et au droit de posséder correspond, dans rharmonie sociale, le devoir de donner.
Thèse admirable, connue dans TEglise depuis les premiers siècles, mais jusqu'alors négligée dans sa formulation scientifique.
Gerbet s'efforce d'en^découvrir les lois : il le fait avec une • langue enchantée et une adorable bonté fl).
Il développa cette œuvre à Amiens, en 1850.
A cette date, le communisme menaçait la propriété en France.
Quelques annnées auparavant, sous la Restauration et sous le Gouvernement de Juillet, l'Eglise, revendiquant ses justes libertés , n'avait pu obtenir des sectaires du Rationalisme la reconnaissance de ses droits. Menacés aujourd'hui dans leurs intérêts, ils ouvraient les yeux à la vérité.
Gerbet entreprit de les éclairer complètement.
(1) J. FÊVRE. L'abbé Gerbet, troisième et dernière partie.
« J'entends, dit-il, par Rationalisme, la souve- « raineté de l'individu dans Tordre intellectuel, « son affranchissement des entraves et des rè- « gles qu'imposent les sociétés domestique et a civile, fondées sur la transmission héréditaire a des biens. Je veux démontrer que le commaa nisme est la conséquence logique du rationa « Ijsme (1). »
Sur quoi, il examine les théories rationalistes sur la raison humaine, sur l'origine des choses, sur l'état originaire du genre humain , sur l'organisation matérielle de l'Eglise, sur l'éducation, sur la société religieuse, sur les caractères de la propriété, et il démontre, avec une grande logique, qu'elles aboutissent toutes au plus pur communisme.
a S'ils rencontrent dans ce livre un seul passage où j'essaie de substituer la passion au raisonnement, je prie mes lecteurs de laisser ce livre (2) »
(1) Rapports du Rationalisme avec le Communisme. Introduction.
(2) Ibid.
Ainsi parlait l'auteur, en ouvrant son étude, et, arrivé au terme de sa rigoureuse démonstration, il en résumait les saisissantes conclusions, dans un tableau, dont nous donnerons au moins un aperçu, ne pouvant tout citer