Journal, le 5 mars 1867 ; le 9 octobre
i6o LES MAITRES DE L'ART
D'autres, qui n'ont pas livré à la postérité leurs confidences, ressentirent des impressions analogues. Paul Huet dut aux lithographies de Géricault et à la Méduse ses premières émotions esthétiques1.
Cependant, sous la poussée du Romantisme, l'art fait de vérité dont Géricault aurait été le protagoniste ne s'était pas complètement éclipsé. Les tendances en subsistaient dans les lithographies de Gharlet ou de Raffet ; elles se faisaient jour dans le paysage. Puis, sous la monarchie de Juillet, les passions sociales ramenèrent les esprits à des préoccupations analogues à celles que Géricault avait connues. Quelques artistes, comme Bonvin ou Meissonier, cherchèrent, en s'inspirant des petits maîtres hollandais, une vérité étroite ; d'autres mêlaient au souci du réel celui du pittoresque, et cultivaient avec Leleux un art provincialiste. De loin en loin, un artiste, par une inspiration exceptionnelle, évoquait le souvenir de la Méduse, tel Odier avec son Cuirassier blessé, ou Boissard de Boisdenier avec un Épisode de la retraite de Russie.
Enfin, le Réalisme trouva son heure et son champion. Courbet le proclama avec brutalité, avec intransigeance, et quand ses zélateurs lui cherchèrent dans le passé des précurseurs, ils évoquèrent naturellement le nom de Géricault : « Un seul tableau comme le Naufrage de la Méduse de Géricault, écrivait Prou-
i. Ernest Chesneau, Peintres et statuaires romantiques, p. 5.
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dhon1, venant un quart de siècle après le Maral expirant, de David, rachète toute une galerie de madones, d'odalisques, d'apothéoses et de saints Symphoriens ; il suffit à indiquer la route de l'art à travers les générations et permet d'attendre. » Cinquante ans avaient été nécessaires pour que l'œuvre de Géricault reçût sa véritable signification. Mais depuis le jour où elle a été véritablement comprise, elle n'a cessé de garder son intérêt actuel, et ce maître, qui n'eut pas de disciple immédiat, exerce encore son influence sur l'esprit de nos contemporains.
i. Du principe de l'art et de sa destination sociale, p. i33.
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