CONCLUSION
>e 29 janvier 1824, la Pandore, dans un article sympathique et informé qu'elle consacrait à Géricault, le qualifiait de «jeune romantique». Romantique, Géricault, certes, ne l'avait pas été, mais il suffisait qu'il eût donné le signal de l'émancipation contre l'Ecole, pour qu'on l'assimilât à ceux qui continuaient alors le combat.
Cette opinion une fois formée, nul ne s'avisa de la contester ou de la reviser. On n'oublia pas la mémoire de l'artiste, mais on ne le vit plus que sous un aspect conventionnel. Pendant longtemps, les journalistes qui, à l'occasion d'un Salon, résumaient le mouvement de la peinture contemporaine, ne manquèrent pas de nommer Géricault comme l'initiateur du Romantisme.
Les artistes eux-mêmes commirent une erreur semblable : ceux qui conservaient sa mémoire avec vénération, trop passionnés par leurs propres idées, ne s'aperçurent pas que Géricault ne les avait pas toutes partagées. Ils ne lui demandèrent donc pas
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les leçons précises qu'il aurait pu leur donner. Ils se souvinrent seulement qu'il avait été un esprit original et un peintre vigoureux. Il fut, pour eux, comme un parangon de révolte et un professeur d'énergie.
Cette action même ne fut pas très étendue. Delacroix s'en plaignait avec éloquence : « Avec quelle froideur, s'écriait-il1, n'a-t-on pas accueilli de nos jours les ouvrages étonnants qui ont marqué la carrière si courte de l'illustre et à jamais regrettable Géricault. Tant de verve, tant de nouveauté, n'avaient concilié à la Méduse, au Hussard, au Cuirassier, que l'admiration enthousiaste de quelques jeunes gens ».
Peu d'admirateurs, soit, mais une élite, et tout d'abord Delacroix lui-même.
Delacroix, à ses débuts, avait été encouragé par Géricault. Peut-être même la contemplation de la Méduse n'avait-elle pas été indifférente à la conception de la Barque de Dante*. Nous avons rappelé l'émotion qu'il ressentit à la mort de son aîné et de son ami. Toute sa vie, il lui garda un souvenir fidèle. Son Journal témoigne de la vivacité et de la persistance de son admiration. Il le comparaît à Rubens, à Michel-Ange. Ebranlé un instant par les sarcasmes de Ghenavard, il se raffermit dans son opinion et conserva jusqu'à la mort son enthousiasme3.
i. Prudhon dans la Revue des Deux-Mondes, Ier novembre