ACTE m ^ SCÈNE IH
Le mépris et l'hovreur dont m'eût chargé la terre ^ Et surtout quel accueil m'eût réservé Tibère. Jamais à son neveu pourra-t-il pardonner La faveur dont le peuple aime à l'environner ? Quand il lui déféra l'empire de l'Asie y Sa politique y ou mieux > disons sa jalousie ^ Spus l'éclat des honneurs s'efforça dé cacher <Ju'à Tamour de l'Europe il voulait l'arracher , Et 9 loin des légions qui faisaient sa puissance ^ A notre inimitié le livrer sans défense.
Mais tels étaient ^ tels sont ses sentimens secrets^^' Les ai-je bien servis ces communs intérêts Z Non : favorable au prince, il faut que j'en convienne, J'ai bien moins assuré sa perte que la mienne ^ Et n'ai fait que donner à son cœur indigné Le droit de me punir de l'avoir épargné.
Réparons tant d'erreurs. J'ai déjà su contraindre Mon orgueil à fléchir et ma vengeance à feindre j Devant un ennemi qui m'allait échapper Je saurai m'incliner , mais c'est pour le frapper. Dans ce projet qui sauve et ma gloire et ma vie , Reconnais les conseils que m'a donnés Livie , Et qui , par deS'chemins qu'elle aime ànous cacher , Aujourd'hui même encor sont venus me chercher. Je les exécutais , Plancine , et sans escorte D'Antioche déjà je franchissais la poite ; Quand , abordé soudain par mon indigne fils , J'apprends quel noble effort ont tenté mes amis , Quel obstacle il oppose à leur fureur fidèle , Et quel accès ici m'a ménagé son zèle.
Cet insolent bienfait , je veux le mériter ;
£t tu verras bientôt si j'en sais pi^pfiter»
Dans le noble projet conçu par ta grande Ame j
Que j'aime 4 retrouver la fureur qui m'enflamme !
Ah ! pardonne aux soupçon» où j'ai pu m'égarer ; |
L'aspect de ton fils seul doit me les inspirer.
Traître à nos intérêts , dans mon erreur extrême y
J'ai cru qu'à lés trahir il t'etttrâinak toi-même.
PISON
En suivant son projet ^ c'est lui qui sert le. mien.
FLANCIKE. .
Poursuis donc} maïs , Pison , n'est-il pa/s un moyen Préférable à celui que ta fierté veut prendre ?
PISON
Au poignard ? .
■ PLANGINE.
Tu n'as pas publié qu' Alexandre Au milieu de sa cour mourut empoisonné ^ Sans qu'on ait pu savoir par qui lui fut donné . Ou l'aliment perfide , ou le fatal breuvage.
PISON
Plancine , un tel moyen répugna à moa courage.
Livie à l'employer m'a jadis invité ;
A lui plaire en ce poi^t j'ai toujours liésité.
Je ne m'y résoudrai » s'il faut parler sans feindre j
Qu'autant qu'un ordre exprès viendrait pour m'y contraindre, \
Et que Tibère ici m'enverrait poUr signal |
Cet anneau qui, semblable à<:elui.d'Annibal, * j
Cache un poidôn pareil au poikm piar qui B-ome
Vit enfin s'achever les jours de ce ^aiid homme. !