‹ Germanicus: tragédie en cinq actes et en versChapitre 46 sur 62 · ACTE IV, SCÈNE U · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE U

Je faisais un parjure ; Maïs la terre et le ciel pardonnent aisément Au prince qui trahit un semblable serment.

Cet effort de vertu n'est pas sans quelque gloire ; D est bien plus facile , et ton cœur peut m'en croire , Quand on n'a pour punir qu'un sigiial à donner , De venger se^ affronts que dé les pardonner.

AGRIPPINE

bonté d'un grand cœur ! ô vertu plus qu'humaine I Cependant quand je songe au péril où t'entraîne ''Ta clémence , et ce cœur facile à désarmer, Je tremble en t'admirant, et j'ose te blâmer. Je conçois qu'on pardonne et non pas qu'on oublie. Epargner l'ennemi qui cède ou qui âuppli^, C'est user du pouvoir, c'est agir en vainqueur. Mais presser dans ses bras , rapprocher de son cœur Le cruel qui, trompé dans sa lâche espérance, Pleure de repentir bien moins que d'impuissance ; Autant que l'amitié c'est blesser la raison , Contre soi-même c'est aider la trahison.

C'est se livrer aux coups , c'est provoquer le crime Dont on doit tôt ou tard devenir la victime.

Loin de le provoquer , va, c'est le désarmer. Mais ton amour, pour moi si prompt à s'alarmer. Ne peut pas concevoir qu'en se livrant au traître On lui puisse enlever jusqu'au désir dé l'être. Des mortels cependant le cœur est ainsi fait. Croyons, quand le meilleur est Je moins imparfait >

to GERMANfCUS.

Quand le plus yertueux n-est jamaîs san« faiblesse^ Que le moins généreux n'est jamais sans noblesse* Son penchant par ses vœux est souvent combattue Ne désespérons pas de rendre à la vertu L'Konune égaré qui tient encore à notre estime.. Tel j après une faute y est tombé dans un crime ^ Pour n'avoir rencontré que des coeurs sîans pitiés Malheureux , il n^était coupable qu'à moitié y U allait revenir à la vertu qu'il aime y Si Ton ne l'eût contraint à douter de lui-même^ £mpéchons-donc Pison d'oser se démentir j[ Xi^héroïsme peut naître aussi du repentir*.

Tu ne me réponds rien.

AGRIPF7NS.

Que puis-)e te répondre?

Sans me convaincre, hélas! tu viens de me confondre^ Mais plus que la raison j'en crois mes sentimens. Crains les aflBreux effets de ces mënagemens j Songe à César y et vois où conduit l'indulgence*

GERMAKICUS.

Songe à Tibère , et vois où conduit Ta vengeance*.

AGRIPPINE

Par ceux qu^il épargna l'un meurt assassiné..

L'autre vit : mais Pefiroi dont il est dominé , Plus cruel chaque jour, en son esprit réveillé Avec les souvenirs les soupçons de la veille > Et sans cesse en nourrit la secrète fureur.

Yois du prince aux sv^ets circuler la terreur f Yois les mères en deuil y les épouses en larmes ^ Sans jamais les calmer expier ses alarmes^

Xi,

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