LA « BELLONE
genre. Bien plus, quand il entreprit la Bellone, il recourut à son ami, lui confia son désir d'exécuter en ivoire les morceaux nus de sa statue et le pria d'en conduire le travail. Sous la direction de Moreau-Vauthier, Delacour, son élève, ébaucha le masque et les bras de la Bellone. Retouchés par Moreau-Vauthier, ils furent achevés par Gérôme.
Pour se reposer de ces gros travaux qui lui coûtaient fort cher, le sculpteur se remettait à peindre. En reprenant les pinceaux, il n'oubliait pas complètement la sculpture. Il se représentait en blouse d'atelier auprès de ses statues. Il reproduisait aussi sur la toile le sujet de Galathée et Pygmalion.
Il n'oubliait pas davantage les animaux qu'il avait toujours étudiés avec tant d'intérêt et de succès.
De cette époque date une série de bêtes fauves. Certaines figurent en des compositions ingénieuses telles que le Saint Jérôme
endormi sur son lion ; les deux Majestés ; V Amour dans la cage des fauves.
Le cheval le préoccupait tout particulièrement. Il aimait à dire que pour le bien connaître, il fallait qu'un artiste fût un peu maquignon. Et il se flattait de l'être devenu. Son expérience personnelle s'enrichissait dans la conversation de son ami, le savant colonel Duhousset, qui venait souvent s'asseoir auprès de sa selle ou de son chevalet et parler équitation.
Un mois avant sa mort, je l'entendais s'étonner, avec sa verve coutumière, de la faiblesse des animaliers. Depuis Phidias personne, avant nos contemporains, Frémiet, Morot, n'avait su faire un cheval. Meissonier était le premier qui ait exactement donné l'allure du pas *.
Prinet me contait la colère de Gérôme en l'entendant vanter le Colleone.
i . Quand le 1 807 de Meissonier fut exposé au cercle , place Vendôme, Gérôme disait à Dagnan, à Aublet, qui me l'ont répété tous deux: « Allez voir ça ! c'est très fort, c'est très beau... Personne n'a jamais fait cela et personne ne fera jamais cela ! »