‹ GérômeChapitre 121 sur 126 · LA FIA · texte numérisé non relu

LA FIA

raccompagnait jusqu'au coin de la rue Richelieu.

C'est là qu'il recevait par la main de Dagnan, l'adieu suprême de tous ses élèves...

Le lendemain matin, dans la petite chambre voisine de l'atelier, devant le portrait de Rembrandt, au pied de la Vérité, un domestique le trouvait inerte, glacé déjà : il avait succombé durant son sommeil.

C'était le départ brusque et discret que Gérôme avait toujours souhaité1.

Maintenant, un coup d'œil général sur ces quatre-vingt ans.

Gérôme naît à Vesoul le 11 mai 1824 2.

1. Il disait souvent : « Quand Ja mort me prendra, j'entends quelle me prenne en une fois, sans bonnet de coton, sans tisane. Un coup sec comme à l'abattoir ! »

2. Le collège de Vesoul/ quelques années même avant la mort de Gérôme, avait placé dans ses salles, le buste du maî-

Bachelier à seize ans, il vient à Paris, entre chez Delaroche.

En 1844, âgé de vingt ans, il est déjà allé en Italie compléter ses premières études et il collabore aux tableaux de son maître.

A trente ans, il est décoré. Il a donné Tune des plus grandes toiles modernes, le Siècle d'Auguste. Mais c'est l'œuvre d'un talent qui se cherche. Son tempérament l'appelle ailleurs.

Il voyage, il travaille, il fixe sa manière. Il entre à l'Institut à quarante ans. Et de 1860 à 1880, il exécute des peintures qui expriment le goût contemporain de l'histoire, du pittoresque et de l'ironie.

En 1874, une médaille d'honneur décernée par ses collègues semble, à cinquante ans, le couronnement de sa carrière.

tre par Carpeaux. La ville de Vesoul vient de donner le nom de Gérôme à une de ses rues et à son musée. Elle se prépare aussi à lui élever un monument... Paris n'oubliera pas non plus Gérôme. Sa statue par son gendre Morot, ira, dans les jardins de l'Infante, devant le Louvre, retrouver la statue de son collègue, de son ami, Meissonier.

Non. Sa vie se renouvelle. Au moment où sa vision picturale n'est plus d'accord avec la mode éphémère, il prend l'ébauchoir et le ciseau, remet en honneur la sculpture polychrome, crée et commande, à l'âge de soixante ans, un courant d'art nouveau.

Enfin, plein d'activité, toujours jeune d'esprit et de corps, sans avoir connu aucune infirmité, aucune défaillance, il meurt brusquement, au moment d'atteindre ses quatre-vingts ans, le 10 janvier 1904.

Trouvez une vie plus complète, plus vaillante, plus féconde, et qui, dans le rayonnement de tous les honneurs, soit restée plus droite et plus simple !

Il y a peut-être vingt-cinq ans, par une matinée du premier de l'an, nous étions réunis autour du Patron dans son atelier du

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boulevard de Glichy. Une porte s'ouvre, une petite fille apparaît, à peine haute comme un appui-main, presque un bébé.

Interdite à la vue de tous ces messieurs, elle s'était arrêtée sur le seuil.

Gérôme nous la présente :

« Ma dernière œuvre, messieurs. »

Et, comme entraîné par le sentiment qui nous porte à confondre nos œuvres d'homme et nos œuvres d'artiste, pensant au bras qui devrait, un jour, dans la vie défendre la frêle créature, le maître nous désigne — heureux peut-être aussi de montrer combien il unissait dans son cœur, ceux dont il était le Patron et celles dont il était le Père :

« Cherche ton cadre, ma mignonne ! »

A Bougival, dans le coin charmant où Gérôme a travaillé en famille, autour de cet atelier — plus intime que l'atelier de Paris — où à l'appel de son imagination, tant de héros passèrent, où revécurent tant

d'événements morts depuis des siècles, autour des tableaux et des sculptures enfants de sa pensée, se groupent, dans un admirable décor de verdure et d'eau, les chalets qui abritent les enfants de son affection.

Confier à la nature des travaux qui nous survivent et des enfants qui nous perpétuent, c'est non seulement remplir notre devoir d'homme mais encore nous assurer le culte précieux du souvenir.

Quand je me rappelle le maître redressé dans la fierté de la tâche accomplie : « Je suis un homme de devoir1 !... » Je songe à l'atelier de Bougival, à cette fraternité sublime qui rattache les œuvres aux enfants, et je crois entendre — lointaine, qui sait tout proche peut-être — la voix de Gérôme, gouailleuse d'abord puis attendrie :

« La gloire?... Une blague, mon ami !... La meilleure ne vaut pas, après une vie

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