‹ GérômeChapitre 120 sur 126 · LE VIEILLARD TRAVAILLE TOUJOURS · texte numérisé non relu

LE VIEILLARD TRAVAILLE TOUJOURS

A la fin de 1903, son atelier se remplissait d'œuvres diverses. Un tableau représentait Moïse au Sinaï, souvenir de son voyage de 1868 en Orient. Une statue de femme figurait une Corinthienne, des statuettes montraient des Chevaux de course lancés au galop.

Il disait : « On n'a jamais fait ça!... Je recommence encore... Je vais me faire éreinter par la presse. . . Bah î ça m'est égal : Je l'ai été toute ma vie ! »

Et pourtant le 3 1 décembre 1903, il écrivait à Aublet une lettre où je lis cette phrase :

« Je commence à avoir assez de la vie. J'y ai vu chez les autres trop de misères et trop de chagrins. J'en vois encore tous les jours, et il me tarde d'échapper à ce spectacle1 ... »

La mort entendit-elle ce souhait de départ ?

1. « Le jour de l'an, après le petit discours d'un des élèves de l'Atelier, nous lui vîmes les larmes aux yeux. C'était bien la première fois, et cela nous avait fait un singulier effet. » Notes de Bourgain.

Le soir du 10 janvier 1904, Gérôme allait dîner chez Champeaux en compagnie de ses collègues de l'Institut.

Il s'asseyait non loin de Bonnat, l'ancien compagnon du désert, en face de Dagnan, son élève le plus brillant, le plus digne de lui. Ce dernier remarquait sa pâleur auprès de la mine colorée d'un de ses voisins. Pourtant Gérôme montrait sa belle humeur habituelle, parlait avec enthousiasme de la photographie, de ses résultats surprenants ; il en menaçait presque ses collègues, leur disait d'y prendre garde. .. L'exactitude photographique l'avait toujours charmé. Quelques jours auparavant, il m'avait tenu à propos d'un travail récent, une conversation analogue... Vers dix heures, il se tournait vers Bonnat et lui rappelait leur projet de voyage à Monte- Carlo.

« N'oubliez pas de retenir demain deux places dans le sleeping-car. »

En bas, il était rejoint par Dagnan qui

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