GUEUX COMME UN PEINTRE
vous aider longtemps... longtemps, entendez-vous ?... peut-être même toujours ? »
Dans ses dernières années, il reçut une lettre enthousiaste et désolée. L'histoire d'un père sans fortune qui refusait de laisser son fils entrer à l'École des beauxarts, dut reporter le glorieux maître à ses lointains débuts. Sans hésitations, il répondit :
« Je n'encouragerai jamais personne aujourd'hui à faire de la peinture \ »
Il disait souvent :
« Les jeunes gens se figurent un travail gentil, un travail qu'on fait à ses heures, quand vient l'inspiration... Elle ne vient jamais dans ces conditions-là !.. Notre métier est peut-être le plus dur que je connaisse. Même avec du talent, la peinture ne fait pas vivre, encore moins la sculpture... Mieux vaut tout autre métier : on serait plus sûr de vivre... Quelques rares
artistes parviennent à une situation, mais les autres, tous les autres ?... C'est la misère...1 »
Et il achevait sur un ton solennel, avec les bras levés :
« Je m'étonne qu'il y en ait encore de vivants ! »
Dans son atelier de l'École des beauxarts, lorsqu'un élève ne montrait aucun don sérieux, il lui adressait la terrible question :
« Mon ami, qu'est-ce que fait votre père ? »
Si le pauvre rapin ne comprenait point cette invitation détournée à continuer le métier paternel, Gérôme insistait, dans une série de petites phrases imagées, que nous lui avons entendu répéter invariablement sur un ton sonore et bourru :
« Gela ne va pas!... Nous sommes dans une mauvaise voie,... qui conduit à une
i. Conversation avec Castaigne.