GUEUX COMME UN PEINTRE
impasse!., nous ne pourrons pas en sortir!... Nous sommes perdu!... »
Après une pause, il concluait en regardant en face le jeune homme tout confus :
« Il faudra changer de métier. »
Lorsque cette rudesse n'avait pas abouti, que plus tard, dans ses courses à travers les ateliers, au moment des envois au Salon, il retrouvait le réfractaire obstiné, le maître s'adoucissait. A quoi bon déblatérer ! Les avis ne serviraient plus de rien !.. Il était trop tard...
D'un coup d'œil, il examinait le logis de son élève et il s'informait :
« Voyons, mon ami, ça va-t-il?.. Sommesnous content ? »
Et l'excellent homme intervenait au besoin, non seulement par de bonnes paroles, mais par des actes.
Si un jour enfin arrivait un désastre, il intervenait toujours.
Combien de secours, ignorés parfois de
ceux mêmes qui en profitaient, de travaux commandés à sa demande, par ses amis, par son beau-père, Goupil, par l'État !
Dans sa jeunesse, un de ses camarades, marié, père de famille, parvenait difficilement à vivre et se décourageait devant Tindifférence des amateurs. Gérôme s'entend avec plusieurs amis, réunit une somme d'argent, la porte à Goupil, et lui dit :
« Achetez, avec cela, des tableaux à X... Si vous les vendez, vous reporterez l'argent à notre petite masse. »
L'affaire réussit à merveille : non seulement Gérôme et ses amis recouvrèrent leur argent, mais Goupil, entraîné, acheta pour son compte des tableaux; et le camarade lancé, plein d'ardeur, devenu un des bons peintres de notre temps, ignora toujours à quel ingénieux et touchant stratagème il devait ses premiers succès.
Pensez-vous à la jolie scène qui se jouait dans les ateliers de Gérôme et de ses amis, quand leur camarade accourait, tout heu-