‹ GérômeChapitre 16 sur 126 · LE PETIT BACHELIER · texte numérisé non relu

LE PETIT BACHELIER

reux, leur annoncer la bonne nouvelle qu'ils savaient si bien :

ce Goupil m'achète mon tableau! — Ah bah ! tu es content au moins ? — Content ? Ma foi oui, je suis content! »

Et quel plaisir délicat de savourer cette joie en songeant qu'on en est l'auteur et que l'obligé n'en saura jamais rien1...

Bachelier à seize ans, Gérôme prenait la route de Paris avec une lettre de recommandation pour Delaroche. A seize ans, presque un enfant.

Son père avait cédé, mais il avait prononcé cette menace qui montrait toute son ignorance de la vie d'artiste :

« Je te donne un an... Si cela va bien, tu continueras. Si cane va pas, il faudra penser à autre chose 2. »

1. Ce fait m'a souvent été conté par mon père. L'artiste en question mourut deux ou trois ans avant Gérôme.

« Bien souvent, m'écrit Mme Gérôme, il me racontait ce départ de la maison paternelle, l'inquiétude des grands parents, le blâme même qu'ils manifestaient en voyant leur petit-fils embrasser la carrière d'artiste ! Ils le croyaient irrémédiablement perdu pour eux... »

Après deux jours et une nuit de voyage sur l'impériale de la diligence, le petit Léon, brisé de fatigue mais bien heureux, débarquait rue Montmartre dans la cour des Messageries dont le tableau de Boilly (Louvre) nous a conservé le souvenir, et descendait rue Neuve-Saint-Martin chez un correspondant où devait s'écouler la première année de son séjour dans la capitale1.

« J'y étais très mal; j'avais une chambre de domestique sous les toits2. »

Mais il entrait à l'atelier des élèves de

i. Dans une lettre du 9 octobre 1840, le petit voyageur raconte en termes naïfs sa première course dans Paris et décrit avec un enthousiasme de jeune provincial la place de la Concorde.

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