‹ GérômeChapitre 39 sur 126 · Gleyre · texte numérisé non relu

Gleyre

t'en félicite, le patronage dont M. Delaroche te couvre est le plus beau, le plus glorieux témoignage que tu puisses ambitionner.

Toutes les personnes qui nous portent ainsi qu'à toi de l'intérêt, le considèrent ainsi et font des vœux pour que des succès non équivoques justifient cette prédilection.

«A toi donc de réaliser d'aussi belles espérances.

« Le chemin de la vie, si hérissé d'obstacles pour tant d'autres, est applani pour toi dès le début et j'ai lieu de croire que pénétré de la nécessité d'avancer chaque jour dans ta carrière, tu ne reviendras pas sans avoir fait un grand pas vers le but.

« Tu le sais, une volonté ferme, un travail soutenu, opiniâtre, font surmonter les difficultés.

« Livré à toi-même, maître de tes actions, dans un pays où, dit-on, les délices de Gapoue se rencontrent à chaque pas, tu dois être constamment en garde sur tes démarches, tes fréquentations, le choix

d'amis surtout, et si jamais tu avais quelque chose à te reprocher, rappelle-toi les sacrifices que Ton fait pour toi, rappelle-toi que tu ne dois pas reculer ni même rester stationnaire, car ce serait une chute d'autant plus grave qu'elle détruirait des prévisions raisonnablement fondées. »

Combien ces lettres révèlent l'activité imaginative de ces deux caractères, l'un, encore jeune, l'autre, en pleine maturité!

Nulle émotion, nul sentimentalisme affaiblissant au moment de ce grand voyage.

De la résolution, des projets, aucune rêverie et pourtant quelle abondance d'images. Poètes, assurément ils le sont, mais poètes à leur manière, poètes en action. Ils écrivent des faits et non des idées. Et ils voient si nettement ce qu'ils écrivent que leurs images se poursuivent avec solidité. Ce sont des voyants. Comment ne seraient-ils pas des artistes !

A dix -huit ans, Gérôme arrivait à Rome.

Après trois années d'efforts, au moment où une crise de découragement venait de mûrir son caractère et de découvrir l'insuffisance de ses premiers travaux, ce voyage lui apportait un renouvellement d'ardeur et offrait à ses études un champ inépuisable et magnifique. Il considérait cette année comme une des plus heureuses et des mieux remplies de sa vie.

Le petit provincial qui trois ans plus tôt admirait Paris avec innocence, s'était développé, avait appris à voir et à comprendre. Son ignorance, grande encore, mais déjà moindre, avait conscience d'elle-même :

c'était le premier progrès et la meilleure préparation aux progrès futurs.

« Je ne m'étais fait aucune illusion sur mes études d'atelier. Je ne savais rien, j'avais tout à apprendre... Je ne perds pas courage : ma santé débile se relève sous l'influence du bon climat et de la vie en

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