‹ GérômeChapitre 46 sur 126 · LA PHOTOGRAPHIE · texte numérisé non relu

LA PHOTOGRAPHIE

gré de posséder, contrairement à l'œuvre d'art, la modestie de ne pas vouloir s'imposer à son admiration1.

Avec une pareille prédilection pour l'exactitude, on ne s'étonnera pas que Gérôme ait apprécié la photographie. Dans sa jeunesse, il avait assisté à l'enthousiasme soulevé par les premiers essais de daguerréotype et sa propre admiration ne fit qu'augmenter avec les années.

Après lui avoir demandé des renseignements et s'être appliqués à imiter sa perfection dans les détails, les artistes commencent à s'en éloigner. La photographie, qui nous a valu la peinture très exécutée, nous apporte aujourd'hui , par réaction , la peinture très effacée. On lui abandonne l'exactitude et l'on recherche le sentiment. Cette tendance serait louable si elle ne tournait à l'excès...

Gérôme ne cessa d'estimer la précision

1. Gérôme n'aurait pas prononcé le mot de Flaubert à George Sand : « Je ne suis pas Yhomme de la nature... Je donnerais tous les glaciers de la Suisse pour le musée du Vatican ! »

de la photographie. La veille de sa mort, dans sa dernière conversation avec ses amis de l'Institut, il célébrait encore les résultats de la photographie et menaçait ses collègues de cette concurrence. Cette opinion tenait au tempérament même de Gérôme, à l'idéal de son art qui visait à la sincérité et mettait cette sincérité dans la précision.

Sa conviction se refusait à tout éclectisme1 . Voir autrement que lui était manquer de sincérité et ce manque de sincérité dans le travail lui semblait révéler un esprit dépourvu de droiture. Il le pensait et il le proclamait. Son mépris pour ceux qui adoptent une manière, une façon d'exprimer la nature et s'y tiennent, était énorme; il les flétrissait du nom de formulards. Il ne les considérait pas seulement comme des paresseux, mais aussi comme des gens sans moralité.

i. Je ne parle pas ici du professeur. On verra plus loin que l'enseignement de Gérôme était très large.

Page 1