LE « DUEL DE PIERROT
dans des toiles de caractère tout différent. Dès l'été de i856, il composait le célèbre Duel après le bal masqué.
Le tableau exposé en 1857, dut être peint durant la belle saison de l'année précédente parce que M. Douillard se rappelle avoir, à cette époque, rencontré rue Notre-Damedes-Champs, Gérôme rasant les murs sous un soleil torride. Et comme Douillard soupirait : « Quelle chaleur ! » Gérôme répliquait en riant : « Je peins un effet de neige ! »
Cet effet de neige était certainement le tableau du Duel.
On a très souvent dit que ce tableau avait été inspiré à l'artiste par un événement de son existence. Si on veut rapprocher l'œuvre d'art et l'événement réel, il faut constater que, par un hasard singulier, le peintre imagina sans raison un sujet de tableau qu'il devait mettre en action six ans plus tard. Le tableau parut au salon de 1857 et le duel, dont je parlerai bientôt, date de l'année 1862.
Le Duel de Pierrot, comme on l'appelle parfois, reçut du public un accueil très flatteur et le duc d'Aumale lui ouvrit sa collection de Chantilly.
Cette acquisition commença, entre l'artiste et le prince, des relations que la mort seule devait rompre. M. Daumet me disait combien le prince accueillait gracieusement Gérôme et se plaisait à exciter sa verve de conteur.
Le caractère ironique de Gérôme, son goût pour les contrastes, déjà si sensible dans ses précédents tableaux s'accuse davantage dans le Duel. L'opposition des costumes joyeux et du blanc triste de la neige, frappe les yeux avant que l'on ait compris le drame que jouent ces gens qui avaient espéré se divertir.
La composition, plus plastique, plus claire, plus saisissante que dans le Prisonnier, se lit sans effort. Le public adopta cette toile qui flattait son goût de l'anecdote dramatique. Dans les souvenirs, Gérôme