LE « DUEL DE PIERROT
est resté le peintre du Duel de Pierrot', les meilleurs parmi les tableaux qui suivirent, soit les scènes de cirques, soit YEminence Grise ou la Collaboration, ne plurent pas autant au bon public. Gérôme devait montrer plus de science ou plus d'esprit; il ne devait pas être un metteur en scène plus habile; il ne devait pas imaginer un sujet plus capable de faire valoir ses qualités de conteur ingénieux et incisif. Et surtout il ne devait pas traduire une action plus facile à comprendre. Le Pollice Verso qu'il préférait, qu'il estimait particulièrement, lui valut des lettres de questions : une américaine lui demanda la signification du geste des vestales. Pour connaître YÉminence grise, la scène de la Collaboration, le goût du Grand Frédéric pour la flûte, le proverbe des Deux Augures, il faut être un curieux d'anecdotes historiques, presque un lettré. Qui, au contraire, ne comprendra pas du premier coup d'œil le sujet du Bal masqué ?
Dans la Collaboration, Gérôme devait être un meilleur peintre ; il devait être plus savant dans le Pollice Verso ; il devait composer avec plus d'assurance, et d'esprit, dans maintes toiles, YÉminence Grise, le Maréchal Ney, la Conspiration, le Poète, etc.. Et néanmoins, la préférence du public se comprend. Il faut seulement regretter que Gérôme n'ait pas peint ce tableau quinze ou vingt ans plus tard, à l'époque de sa pleine maturité.
En tout cas, le maître révélait une qualité rare parmi les artistes modernes, la diversité, la facilité à varier ses sujets — charme puissant qui allait lui assurer la sympathie générale.
De ce petit drame moderne, Gérôme passait aux grands drames antiques, avec la Mort de César, le Ave César, te morituri salutant, puis à l'antiquité humoristique avec les Deux Augures, avec la Phryné devant V Aréopage. Chacun de ces tableaux mériterait un long commentaire, mais, je