‹ Géronimo, le martyr du Fort des vingt-quatreheures à AlgerChapitre 4 sur 14 · A ALGER · texte numérisé non relu

A ALGER

DÉGOITERTE DU CORPS DE GÉRONIMO.

Il yaune douzaine d'années, Tauleur de celle brochure se procurait avec beaucoup de peine et lisait avec un bien vif intérêt le Irès-rare et précieux ouvrage d'Haedo, bénédictin espagnol, ouvrage intitulé modesteoietit Topografia de Argel , et publié à Valladolid , en 4613. Outre une description topographique fort exacte de l'ancien Alger et de curieux détails de naœurs sur ses habitants, ce livre

renferme Thisloire des trente premiers pac de la Régence, plus trois dialogues, Tun la captivité , l'autre sur les martyrs et dernier sur les marabouts. Les interlocutei esclaves rachetés par don Diego de Hae< archevêque de Palerme, ont fourni à leur bi faiteur les renseignements de toute nat qu'ils avaient recueillis pendant une capti qui avait été très-longue pour quelquesd'entre eux {\),

Le bénédictin Haedo, sans doute parent l'archevêque de ce nom, et qui, en tout c avait été son chapelain, coordonna et rédi ces diverses notices , pour en composer livre si remarquable. Ces circonstances p vent seules expliquer l'abondance, la va et l'exactitude des notices contenues dans œuvre trop peu connue.

En parcourant les relations qui comj le second dialogue, je me sentis partie ment ému et attiré par le récit de la r Géronimo. Un vague espoir d'aider, publicité donnée à l'événement, à r( un jour son glorieux sépulcre , me t

(1) V. à Y Appendice, la notice sur l'histori

faire insérer dans YAkhbar, du 5 octobre 1847, une analyse fidèle de celle relation. Ce simple extrait, traduit du texte d'Haedo, eut le résultat que j'en attendais, puisqu'en rendant populaire le nom de la sainte victime, il appela Tattention publique sur le lieu présumé de sa sépulture, qui fut aussi celui de son supplice.

11 était question, dès cette époque, de démolir le fort des Vingt-Quatre-Heures. On disait même que l'opération devait être confiée à une entreprise particulière. Heureusement, raction providentielle, qur apparatt dans toute cette afiaire, fit échouer une combinaison qui eût été moins favorable au genre d'investigations qu'il convenait de faire. En 4852, le soin de démolir le fort fut confié à un jeune capitaine d'artillerie, M. Suzzoni, qui, ayant entendu parler de mon article sur le martyr Géronimo , me demanda avec empressement tous les renseignements propres à le guider dans une recherche qu'il poursuivit dès-lors avec une pieuse et persistante ardeur.

Les travaux de démolition commencèrent par la face septentrionale, celle que le texte d'Haedo semblait désigner. Ne trouvant rien

de ce côté» on craignit d'abord que les réparations , dont les traces évidentes se renoarquaient sur cette courtine, n'eussent amené la destruction des précieuses reliques. Mais cette crainte disparut devant une observation plus attentive, car les assises inférieures, celles où, d'après la relation espagnole , Géronimo fut enterré vif, n'avaient pas élé remaniées ; d'où Ton pouvait conclure que le corps ne se trouvait pas de ce côté.

Il n'y avait pourtant pas encore lieu de désespérer, car l'orientation indiquée par Haedo, avait été donnée par des esclaves, gens du peuple pour la plupart et qui n'avaient sans doute ni les instruments ni l'habitude de c( genre de détermination. Us auront remarqu' seulement que le saillant du nord-ouest où n pose Géronimo, est dans la prolongation ( la porte Bab-el-Oued , par où Ton pass; quand on voulait aller au nord comme à l'oue et cela aura servi de base à Tindicatîon ; proximative qu'ils ont fournie.

11 y a, du reste, dans le récit espag une phrase qui précise très-clairement la sition de l'endroit recherché. C'est celi Haedo dit que la face du rempart où ri

le martyr, est un lieu en vue, non-seulement des Chrétiens, mais des Turcs et renégats.

Ceci suppose implicitement que ce lieu donnait sur une voie publique; or, la grande route qui part de la porte Bab-el-Oued, passait dès cette époque , comme aujourd'hui , devant la face du fort où Ton a trouvé le squelette de Géronimo. Toute la circulation se faisait parallèlement à cette courtine, et les autres faces du fort n'ayant vue que sur les petits sentiers d'un cimetière qui n'était pas un lieu de passage» la phrase d'Haedo ne peut leur être appliquée en aucune façon.

Au reste, la question se trouve tranchée par la découverte faite, le mardi 27 décembre 4853, dont le journal YAkhbar rendit compte dans son numéro du jeudi suivant.

La feuille officielle de la colonie, le Moniteur Algérien, a donné, dans le numéro du 30 décembre, le récit suivant de cet événement d'uu si haut intérêt :

(( Une découverte bien émouvante vient d'être faite au fori des Yingt-Quatre-Heures. Mardi dernier, vers midi et demie, les artilleurs occupés à la démolition du rempart qui regarde la route, aperçurent, en enlevant les déblais produits par Texplosion d'une des

mines, une excavation occupant le milieu d'un ] de pisé dans le sens de sa longueur et renfermani squelette humain, visible depuis la région occipi jusqu'à l'articulation du tibia avec le fémur : un mot, sauf le haut de la tète et la partie ii Heure des jambes, tout le corps était très-a( rent.

>» M. Suzzoni, capitaine d'artillerie, chargé travaux de démolition du fort, fut aussitôt préve Un rapide examen lui fit penser qu'il avait sous yeux les restes précieux du martyr Géronimo, Ton recherchait depuis le commencement des trav et qu'on désespérait presque de rencontrer, la déi lition étant assez prés d'être terminée. Il s'empn de faire avertir Monseigneur Pavy, évéque d'Al| de cette heureuse découverte, et notre vénérable I lat se hâta d'accourir avec une partie de son clei M. le Préfet et un grand nombre de personnes l'armée , de l'administration et de la population i rent aussi visiter le martyr.

» Celui-ci est étendu sur la face, les jambes ti rapprochées l'une de l'autre. La position des os l'avant-bras et une corde collée encore à Tend correspondant aux poignets, sur les parois du v< table monte que le corps de Géronimo s'est fait d le pisé avant la destruction des parties charnues; i porte à croire que la victime avait les mains a chées derrière le dos . Il parait probable, d'aprè

juxta-positioQ des os des jambes, ique celles-ci étaient liées également.

» Les vêtements, qui consistent eu une chemise courte et un baîk ou une gandoura, sont restés collés aux parois du moule où leurs moindres plis et les plus petits détails des tissus se reconnaissent parfaitement. Géronimo, ayant été pris en mai 1569, resta un peu plus de trois mois au bagne d'Alger, jusqu'au 18 septembre de la même année, jour de son glorieux supplice. On lui avait sans doute fait prendre la tenue des esclaves dont Àranda donne la description, et qui était des plus simples, puisqu'elle devait être coupée et cousue par l'esclave lui-même , au moyen de cinq aunes d'étoffe grossière que le beylik octroyait à chacun de ses captifs.

VAkhbar a reproduit une intéressante notice sur Géronimo, publiée il y a six ans, dans ce journal (le 5 octobre 1847), par M. Berbrugger, qui l'avait extraite du très-curieux ouvrage que le bénédictin espagnol Haedo a fait paraître, en 1612, sur la régence d'Alger : nous la reproduisons à la suite de cet article. Pour apprécier combien ce récit mérite de confiance, il faut savoir comment le livre de Haedo a été composé.

Cet auteur, abbé de Fromesta, avait été au service de l'archevêque de Palerme, don Diego de Haedo, qui devait être son parent, à en juger par la ressembiaoce des noms. Le vénérable prélat, qui était aussi président capitaine-général de Sicile pour Philippe H,

roi d'Espagne, employait une grande partie de son immense fortune à racheter les captifs chrétiens d'AU ger. il prenait note de toutes leurs aventures ou observations, surtout quand ils avaient fait un long séjour dans le pays. C'est en coordonnant et rédigeant ces notices, que l'historien a composé son livre. Haedo nous donne lui-même tous ces détails dans une dédicace adressée à l'archevêque de Palerme, qui, en acceptant cet hommage, a consacré le livre de toute l'autorité de son nom, de sa haute naissance, de ses éminentes fonctions et de ses vertus , qui furent grandes et manifestées par des œuvres évidentes.

» Il est à remarquer , d'ailleurs , que l'ouvrage d'Haedo , qui donne sur Alger une foule de détails topographiques, historiques, etc., s'est toujours trouvé d'une merveilleuse exactitude, toutes les fois qu'il a été possible de contrôler ses assertions. La découverte du corps de Géronimo dans le rempart du fort des Vingt-Quatre-Heures, lieu qu'il avait indiqué, et toutes les particularités observées sur cette glorieuse sépulture, seraient, à elles seules, de bien éclatantes preuves de la véracité et de l'exactitude de notre historien.

» Un procès-verbal très-détaillé de cette précieuse découverte a été dressé par M. le capitaine Suzzoni signé par tous les témoins, et envoyé à If . le colone D'Alayrac, directeur de l'artillerie. Une commission de médecins civils et militaires^ chargée d'exaniinc

le corps fera coDuattreson opinîoii sur les question de sexe, d'âge ot de race. Nous publierons ces deux documenU essentiels dans notre prochain numéro, «c Nous lisons ce passage dans VÀkhbar de jeudi dernier :

n Couché au bord de cette glorieuse fosse, il (Mgr

» Pavy) contemplait avec une émotion bien naturelle

» ce tombeau , en même temps instrument de sup-

» plice; ce corps si fidèlement moulé dans la terre

» dont on Tavait accablé, et sculptant elle-même,

» pour le retour triomphant de la Croix, jusqu'aux

» traits de la noble victime ; ce corps dont les mus-

ï I » clés tendus et crispés, reproduits sur le pisé qui

» les enveloppe, raconte des souffrances extrêmes.

» Ce matin (28 décembre), M. le Gouverneur-Gé-

» néral comte Randon, M"* la comtesse et W^^ Ran-

a don, M. le général B^° de Chabaud-La-Tour et un

» très-grand nombre d'honorables personnes ont

V visité, avec empressement, la sépulture du martyr

» de Bab-el-Oued. »

Après avoir rendu compte de la découverte, VAkhbar et le Moniteur Algérien reproduisent en entier l'article que j'avais publié sur Géronimo, le 5 octobre 1847. Les exemplaires disponibles du numéro qui contenait cette reproduction ayant été enlevés dans la journée, VAkhbar dut faire une réimpression à

part, qui fut accueillie avec non moins pressement. L'immense popularité acqi ce peu temps au martyr Géronimo, fer doute bien recevoir cette nouvelle et plu pie publication.

VIE ET MAITYRE BE mmm

VIDA T lARTTRIO DE 6ER0HT10

De iA49 al iS setlemlire de f 509.

(V. Haedo, Topografia de Argel, pag. 171, verso.)

On a conservé scrupuleusement l'orthographe surannée et la ponctnation du

texte espagnol, publié en 4(il2.

TEXTO.

En vna cavalgada o enlrada que entre olras mâchas hizieron los anos passados, los caualleros y soldados de Oran en lierra de Moros:

caulivaron entre olros un Morillo casi nino, el quai siendo de geslo, y lalle muy bonito, quando en almoneda se vendio la pressa que se auia de repartir (como es vso en Oran) comprole el Licenciado luan Caro, Vicario que entonces era, y aora es General (y con razon por su mucho valor) de aquella ciudad, y sus fuerças. Con la buena criança ^ (joctrina que tuuo el mucbacho, a pocos dia fue Christiano, y le pusieron en el baulism* nombre Geronymo. Despues ya que el muchacho séria de oehos anos , en una pesl

m ET lARTm DE 6£R0H»0

He 1549 au ÈH Septembre i5«S.

(V. Haedo, Topograjla deArgel, page 171, aa verso.) .

Page 1