‹ Géronimo, le martyr du Fort des vingt-quatreheures à AlgerChapitre 7 sur 14 · L'HISTORIEN HAEDO · texte numérisé non relu

L'HISTORIEN HAEDO

Éludions Thomme avant l'auteur. Les se renseignements biographiques que j*aie recueillir sur sa personne se trouvent âi son ouvrage sur Alger; les voici :

Haedo avait été Chapelain (4) de l'Arc véque de Palerme ; T identité de noms même supposer qu'ils étaient parents, d'au( plus que noire auteur, natif de la vallée Carranza (2), place dans celte même va la maison patrimoniale de Don Heduo, ( de Cantabrie, comte de Biscaie, un des ancêl de son liomonyme et ancien patron TArche que de Palerme. L'idenlilé de noms et pays prédispose assez naturellement à adme ridenlilé de famille. La dédicace de rhist( d'Alger, acceptée par Tilluslre et verlu prélat qui gouvernait alors la Sicile, indi la grande estime que celui-ci faisait de Tant et de Touvrage ; car à cette époque de c

(1) V. la dédicace.

(2) V. le tilre de son ouvrage.

science religieuse et de probité littéraire, iin homme d*un rang aussi élevé, au double point de vue temporel et spirituel, n*acceptait pas légèrement un hommage de ce genre qui imposait une sérieuse solidarité vis à vis du public. Ce fait seul pourrait donc établir la haute moralité et les lumières d'Haedo.

Mais observons encore que notre auteur était abbé de Notre-Dame de la Miséricorde de Fromesta (Vieille Castillej, de Tordre de St-Benoit ; c'est-à-dire qu'il avait le privilège de porter la mitre et était de ceux qui possédaient une autorité épiscopale dans leurs divers territoires, de ceux qu'on appelait en certains endroits abbés généraux, abbés souverains, et qui, en Angleterre, étaient lords du parlement. Un bénédictin, le père Hay, a été jusqu'à dire que les abbés de son ordre ont non-seulement une juridiction comme épiscopale, mais une juridiction comme papale, ptesiatem quasi episcopalem, imb quasi papalem.

C'est donc un personnage considérable qu'un abbé de St-Benoît, de cet ordre illustre, florissant dès sa naissance, également distingué par la piété et la science, qui donna asile aux

lettres dans des siècles où il semblait qa*dte ne dussent plus en rencontrer, qui fournit i réglise un grand nombre de saints, de papes d'archevêques et d*évéques, qui compte qoa torze siècles de durée et pouvait, jusqu'à li grande tempête de 89, accepter le titre d*Ai trum inextinctufriy que lui donne un de se membres; un ordre, enfin, qui pouvait san orgueil, — tant la chose était évidente — dire à un de nos rois, en lui dédiant I magnifique ouvrage qu'on appelle Y Art i vérifier les dates : a Nous avons défriché I tt champ du savoir historique, comme ne c( pères ont jadis défriché le sol de la France. On peut, ce me semble, conclure, sans nnll témérité, de tout ce qui précède, quHaeA comme homme, nous offre les garanties k plus fortes et les plus désirables.

Examinons-le maintenant comme hist(N*iei Les privilèges, approbation et licence qi figurent en tête de son livre, nous fournîroi d'abord quelques appréciations utiles; d placées dans des documents qui n admetteo d'ordinaire, que certaines formules consacréa elles se présentent, en-dehors de la rédactif officielle, comme Texpression d'un éloge il

viduel, arraché pour ainsi dire à Texaminateur par la force de ses impressions parliculières.

Nous ne parlons que pour mémoire du privilège royal, qui qualifie Tœuvre d*Haedo de livre très-utile et avantageux, quoique, dans un document émanant de si haut, le le plus petit éloge ait son prix.

Antonio de Herrera, chargé par le conseil royal d'examiner l'histoire d'Alger, ajoute à la phrase sacramentelle. « Je nai rien trouvé dans cet ouvrage qui fût contraire, etc. « Celte « histoire est remplie de doctrine et d'une a rare élégance; l'auteur y a employé un a grand travail. »

Le frère Juan del Valle qui a examiné l'ouvrage par ordre du général de Tordre de St- Benott; déclare que a c'est un sujet plein (( d'agrément et plein de goût; et que ceux « qui rétudieront en tireront, en outre, beau- <c coup de fruit. »

Ces appréciations flatteuses, qui seraient à peine remarquées à notre époque de louanges exagérées, prodiguées aux œuvres les plus insignifiantes, étaient alors de quelque valeur; surtout si Ton fait attention que TEspagne avait des relations nombreuses et suivies avec

notre Algérie dont elle occupait une importante, si l'on réfléchit que la ville était connue d*un grand nonoibre d*Es qui Tavaient visitée conoime rédenapt habitée comme esclaves, la majeure des captifs, alors au nombre de appartenant à cette nation. Les mo; contrôle ne manquaient donc point ; e coup de gens étaient à même d'a{ directement ou indirectement l'exacti livre d'Haedo.

Le judicieux docteur Shaw ne pa particulièrement d'Haedo, mais la n preuve qu'il l'avait en grande estira qu'il lui fait d'assez fréquents emprun

Depuis la conquête de TAlgérie, H été de plus en plus consulté par les t qui font des études sérieuses sur ce [ fût même devenu promptement popui la rareté de son ouvrage, Tidiôme ( dans lequel il est écrit, avec une orth< surannée et une très-incommode dis typographique, n'avaient été des obsta surmontables pour la plupart des lect

Un ouvrage officiel, le tableau de la s des établissements français en Algérie

parlant de Tœavre d'Haedo; a son livre se » recommande par la scrupuleuse exactitude » de rhistorien Espagnol. » ( V. la Situaiion de 4841, page 415), Cette appréciation, due à M. le capitaine de corvette Rang qui a prouvé par d'utiles publications sa compétence en fait d*histoire de l'Algérie, est un témoignage d'un grand poids en faveur d'Haedo.

J'apporte ici un témoignage purement personnel, il est vrai, mais que je ne crains pas de voir contredit par aucun de. ceux qui ont fait un usage fréquent et raisonné de la Topographie d'Alger. Ce témoignage est que l'œuvre d'Haedo m'a toujours paru d'une extrême exactitude dans les nombreuses occasions que j'ai eues de contrôler se$ assertions.

Cet historien possède, surtout, une qualité bien rare, qui frappe tout d'abord et qu'il importe beaucoup de mettre en lumière pour le sujet qui nous occupe : c'est une extrême impartialité.

Si, — par exemple, — dans le chapitre 46 du livre consacré à la topographie d'Alger, il flétrit énergiquement les vices des habitants de cette ville, il loue bientôt après, et sans nqlle restriction, leurs bonnes qualités, les

proposant même aux chrétiens comme modèles à suivre sur certains points. Ainsi, lefl musulmans de cette époque, dit-il, ne btas* phémaient jamais, ne jouaient pas aux jeax de hasard, ignoraient le duel, cette barbario stupide qui déshonore encore notre civiljsflet tion; ils se pardonnaient réciproquement kfl injures, etc 4

Haedo aime tant la vérité qu'il fait méoii violence à ses sympathies religieuses et natioH nales, plutôt que de l'altérer ou de la taint!!| Dans le siège d'Alger par les Espagnols eril 4541, il donne le beau rôle à Hassan Agi^ le défenseur de cette ville ( p. 62 ). 'i

Un exemple plus remarquable encore, c-est l'impartialité avec laquelle il écrit la vie d'Ealdj Ali, le bourreau de Géronimo. Dans un paÉ sage, il loue ce pacha d'avoir refusé de donnai son consentement au supplice de quelque!

chrétiens qu'on avait voulu immoler pooÉ venger la mort d'un turc (p. 178), ^i

Il rend justice à ses qualités de maria al de militaire, toutes les fois que l'occasion s'il présente ; mais, surtout, à propos de la te taille de Lépante, d'où Euldj-Ali ramena 81 bâtiments à Gonstantinople, les seuls qv

pèreot à ce grand désastre de la marine 3, désastre dans lequel, parmi les vain- 1 n*y eut de gloire que pour lui seul, in, -— et ceci va davantage au sujet )us préoccupe, — lors du supplice de tts qui avaient voulu fuir et livrer le Hassan aux chrétiens, Haedo ne qualifie artyr que la victime dont la noort en ite tous les caractères. H s'abstient à l des autres, parce qu'il ne trouve aucune , aucun acte qui, au moment suprême, ;nent clairement de Tétat religieux de me, et permettent de leur appliquer, en snce, la glorieuse épithète de martyr.

s la plus éclatante démonstration de la Lé de notre historien, c'est la découverte du corps de Géronirao qui a permis istater sur le squelette, sur le lieu et ament du supplice Texactitude complète \torze circonstances vérifiables. Les rapde M. le capitaine Suzzoni, celui des mé* , ont établi les faits; une commission les lièrement contrôlés le 23 janvier 4854.

ivons maintenant au deuxième anneau te chaîne historique.

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