‹ GersonChapitre 3 sur 26 · LA POMME · texte numérisé non relu

LA POMME

Tant plus à Dieu demanderas , de tant plus tu auras , comme qui plus ouvre les fenêtres de sa chambre au soleil, de tant plus reçoit de sa lumière.

Traité du Mont de contemplation.

Jean Gebson.

C'était en 1369, par une belle matinée du commencement d'octobre. Le soleil , si doux dans cette saison , où la terre élève vers l'astre de transparentes brumes dont il se fait un voile, répandait avec effusion ses rayons les plus suaves sur un magnifique verger. Ces fruits qu'il avait caressés dans leurs blanches ou roses corolles , et que, de jour en jour, en

les imprégnant de saveurs exquises, il vêtit de pourpre et d'or, il semblait qu'il les aimât, tant il les regardait avec joie ; puis sans rien ôter de sa lumière a ses arbres chéris, lui qui est partout et pour tout comme Dieu, il entrait à flots de clarlé par deux larges fenêtres ouvertes dans une grande chambre qu'il rendait radieuse comme le ciel.

Oui , comme le ciel. Il y avait là trois anges à la chevelure blonde, aux yeux bleus. Une petite fille nommée Marthe, àuée de quatre ans à peine, allait, venait, voletait, ainsi qu'un papillon, dans ces rayons si beaux, auxquels son jeune frère Nicolas présentait ses joues rondes et colorées comme les plus fraîches pommes du jardin, tandis que l'ainé de ces deux enfants, Jean, qui terminait sa cinquième année, assis au coin d'une des fenêtres, à l'ombre d'un chèvrefeuille, lisait attentivement dans un manuscrit dont les enluminures étincelaient au soleil.

Ces entants n'étaient point seuls. Leur mère était la, tantôt les embrassant, tantôt rendant plus brillants encore sa huche, sa table , son bahut, ses chaises, meubles simples et rus-

tiques, mais d'une éclatante propreté; ou bien de temps à autre elle se tournait vers le fojer, au fond duquel se préparait le repas de la famille, dont le chef était aux champs avec ses ouvriers.

Arnaud le Charlier, mari d'Elisabeth la Chardinière, que nous voyons au milieu de ses enfants, était un cultivateur assez aisé du hameau de Gerson , écart du bourg de Barby, situé près de Réthel. 11 avait naguère été plus riche qu'à l'époque où commence ce réci t ; mais les troupes indisciplinées que l'on nommait les grandes compagnies ou les tard -venus, et qui vivaient aux dépens des habitants des campagnes dans le désordre et la licence , comme au milieu d'un pays livré au pillage, lui avaient enlevé une grande partie de ce qu'il avait su acquérir lentement et au prix de bien des fatigues.

Maître Arnaud aurait , ainsi que tous ses voisins , été ruiné par ces bandits , si le vaillant du Guesclin n'en eût débarrassé la France en les conduisant en Espagne pour combattre Pierre le Cruel, On n'était cependant point encore tout à fait tranquille en 1369, et l'on se disait

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avec terreur dans les veillées qu'un redoutable corps de tard -venus se répandait en Champagne et en Bourgogne. Les inquiétudes causées par la méchanceté des hommes sont plus cruelles cent fois dans les campagnes que dans les villes. Voir les belles fleurs s'épanouir en versant dans l'air les plus suaves parfums, entendre les joyeuses chansons des oiseaux ou l'imposant murmure du vent dans les bois, contcmplerDieu partout dans l'herbe qui germe, dans le chêne balancé sur son tronc de cinq cents années , dans le soleil qui donne à la nature la splendeur et la vie, et penser qu'il est des hommes méchants , c'est affreux!

Voilà sans doute d'où venait qu'Arnaud avait l'air si triste en entrant; mais à peine eut- il franchi le seuil de sa maison , que les rides disparurent de son front comme elles disparaissent de la surface d'un lac quand le vent s'apaise. Marthe, Nicolas, Jean, quittant jeux et manuscrit, se jetèrent tous trois à son cou, et le soleil faisait briller l'or de leurs blonds cheveux sous la noire chevelure de leur père.

Elisabeth attendit quelque temps son tour, et dès que le père de famille eut reçu de tous

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l'accueil de chaque jour, il prit place à la table , qu'il bénit , et dont les longs côtés furent bientôt occupes par sa femme, ses enfants et les serviteurs. Ils étaient assez bons et assez attachés à la famille pour mériter d'en être regardés comme une part. Elisabeth interrogea avec intérêt son mari sur l'état de leurs vignes et de leurs champs, et sur les soins à donner à la terre : conversation bien plus noble , bien plus digne del'homme que nos vaines disputes. Les serviteurs s'entretinrent de leurs travaux et de nouveaux procédés dont maître Arnaud encourageait l'essai. Enfin les enfants, Jean, Marthe, Nicolas, s'enquirent de l'époque à laquelle se feraient les vendanges.

Satisfaits par une réponse qui leur montrait dans un avenir prochain cette riante solennité de l'automne , ils battirent des mains , et Jean ne montra pas moins de contentement que son frère et sa sœur.

« Tu as bien travaillé, je l'espère! » demanda Arnaud à Jean en fixant sur lui un regard souriant qui semblait dire qu'il n'en doutait pas. Aussi Elisabeth avait-elle pris la parole, comme une mère fière de son enfaut,

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avant que le savant eût pu re'pondre à son père :

« Oh! oui, j'ai bien lu. Messire Anselme sera content de moi ce soir. J'ai eu grand soin de son beau livre.

— Tant mieux ! tant mieux ! très-bien ! Dans quelques années tu iras au collège de Reims, et puis messire a dit qu'il te ferait avoir une bourse au collège de Navarre , à Paris , si tu continuais de travailler. »

Les yeux de Jean, s'animant de plus en plus, prenaient l'expression du bonheur, et il allait s'écrier : « Que je serai conteut! » s'il n'eût aperçu deux grosses larmes sur les joues de sa mère. Elle ne pensait , elle , qu'au chagrin de la séparation. Aussi Jean, qui était aussi bon que studieux , et avait autant de tendresse que d'intelligence, conrnt-il l'embrasser ; son frère, sa sœur. L'imitèrent, et l'émotion de la bonne mère se calma : elle voyait tous ses enfants autour d'elle.

l.e repas était presque terminé . et le soleil , penchanl vers Bon déelin , dardail ses rayons d'or bruni à traveri mreuse erduredei

arbres fruitiers, i oe pomme magnifique mat* ti<- blanche, moi tic pourpre, formait un bar

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monicux contraste avec le feuillage foncé, et depuis quelques minutes Nicolas, le plus jeune des trois enfants la contemplait du coin de l'œil sur l'arbre, si voisiu, que le fruit était plus séduisant encore.

« Je voudrais bien avoir cetie pomme- là. Voyez comme elle est belle! »

Le pieux chef de cette famille, voulant imprimer en traits ineffaçables dans le cœur de ses enfants un profond sentiment de reconnais- . sance envers le Dieu qui donne toutes choses , ne satisfaisait jamais a leurs demandes avant qu'ils les eussent d'abord adressées au Créateur. Aussi Arnaud dit- il à Nicolas : « Cette pomme, mon enfant, tu voudrais l'avoir. Elle n'est pas à nous , mais à Dieu, qui l'a faite. Ti faut le prier pour qu'il te la donne , le prier de tout ton cœur, entends-tu? »

Alors Nicolas de tomber à genoux devant la fenêtre, les deux mains jointes; Marthe de faire comme lui , et Jean de suivre le mouvement de sa s'Pur. Elisabeth, pour les récompenser de b'ur piété fervente, allait, sortir et rapporter le fruit si désiré, quand tout à coup voilà qu'il \ient rouler entre les genoux des enfants, tout

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comme s'il descendait du ciel. On eût dit que la Divinité voulait s'associer à la pieuse pensée d'Arnaud. Le vent du soir, qui s'élevait alors, avait détaché de la branche la pomme arrivée à maturité. Arnaud vit cet effet tout naturel , et n'en fut point étonné ; mais Marthe , Nicolas et Jean, dans une sainte joie , n'osaient toucher ce fruit, venu comme par miracle.

« Voyez- vous, voyez-vous, leur dit Elisabeth, comme Dieu envoie tout à ceux qui le prient! »

Quand Nicolas ne craignit plus de porter la main sur la pomme merveilleuse, il la donna à sa mère pour qu'elle en fit trois parts, et chacun reçut la sienne avec un vif sentiment de reconnaissance et de respect : c'était une véritable communion. Riante leçon de prière et d'amour! aucun d'eux ne l'oublia; car ces premières impressions ont une fraîcheur que rien n'altère; et Jean se rappelait cette belle soirée, lorsque, devenu grand homme, tel que nous le montrera ce récit, il écrivait un jour de sa vieillesse les lignes qui servent d'épigraphe à ce chapitre.

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Et l'on portait de toutes parts à Jésus des enfants pour qu'il les touchât , et ses disciples repoussaient les personnes qui les présentaient.

Mais Jésus, voyant cela, leur dit : Laissez venir à. moi les petits enfants , car à tel qu'eux appartient le royaume des deux.

Et il les prit dans ses bras , leur imposa les mains et les bénit.

Évangile selon S. Marc , chap. x.

Lorsque Arnaud rentrait chez lui la mine triste et soucieuse , ce n'était pas sans motif, nous l'avions supposé. Une troupe nombreuse de tard-venus se répandait dans la contrée , et en visitant ses champs il venait d'apprendre qu'on avait vu du côté de Reims quelques détachements de ces pillards. On devait donc craindre d'être attaquépareuxàrimproviste,etcette

pensée était d'autant plus cruelle pour maître Arnaud , qu' il ne voulait point , eu la trahissant, l'aire partager ses inquiétudes à sa femme.

Elisabeth était en ce moment si tranquille, si heureuse entre ses trois enfants et leurs camarades de voisinage ! Parmi eux se trouvait Marie , petite fille de trois à quatre ans , pauvre orpheline dès le berceau, et dont une excellente femme du pays, la Guvote, avait voulu se charger, bien qu'elle ne fût pas riche et qu'elle eût bien juste de quoi nourrir elle et son fils Marcel; mais, sachant ce que c'était que le malheur, elle en avait d'autant plus pitié. « De deux parts nous en ferons trois, » avait-elle dit en serrant dans ses bras Marie, âgée de six mois à peine alors, et elle l'aimait comme on aime un être à qui ou fait du bien. Chacun avait pou relie autant d'affection que la Guyote, et, ce soir li. la plus jolie tète blonde et rose qui s'avançait pour regarder de plus près les enluminures dw manuscrit que montrait messire Anselme, c'était la tète de la sœur adoptive de Marcel.

Messire Anselme, curé de la paroisse de Rarby, prêtre a la fois indulgent et austère , avait plus d'instruction que n'en possédaient à

cette époque les membres du clergé inférieur. Sa piété conciliante, jointe à son savoir, lui avait valu depuis longtemps l'offre de fonctions plus importantes ; mais, humble et modeste, il s'était toujours refusé à quitter son village, son clocher, son petit presbytère, et surtout les habitants , qui l'aimaient à l'envi.

Comment n'eût-il pas été le centre de leurs affections , de même que l'église était le centre de leurs prieras? Jamais il ne mettait le pied sur le seuil de leurs maisons sans y répandre tous ses bienfaits : l'aumône chez les pauvres; les consolations , aumône des bons cœurs, chez les souffrants et les affligés ; les conseils salutaires et l'instruction parmi les entants ; et cette instruction, cesconseils entraient, en souriant, dans ces jeunes esprits , au milieu de récits qui les intéressaient ou les amusaient ; car messire Anselme était doué de cette gaieté douce que donne la conscience paisible. Au lieu d'ajouter, comme il eût été bien capable de le faire par ses talents , de nouveaux écrits à ceux qui paraissaient chaque jour, il consacrait ses heures de pieux loisirs à composer pour les enfants de sa paroisse de petits livres où la morale leur

parlait comme une mère , en souriant , et d'une voix, toujours aimable. C'est dans ces livres qu'il enseignait à lire aux uns ; puis il les donnait à copier aux autres , pour leur apprendre à écrire ; et un homme qui savait lire et écrire était en ce temps -là un savant.

Au talent d'écrivain Anselme joignait dans la perfection l'art de Yimager enlumineur. Un Nouveau Testament tout entier copié de sa main avait été orné d'enluminures exquises , où l'or, l'azur, le carmin , étincelaient comme les plus vives couleurs des vitraux qu'éclaire le soleil. C'est ce livre que nous avons entrevu tantôt entre les mains de Jean , et que nous revoyons ce soir sur la table entourée des enfants de la famille et de tout le hameau. Messire Anselme leur faisait voir les images resplendissantes de son manuscrit , le ciel bleu semé d'étoiles d'argent, le rayon d'or tracé par le vol d'un ange, l'auréole de Jésus et des apôtres; et , toutes les fois que ces splendeurs venaient à briller sous la lueur agitée de la lampe , les petits spectateurs , en poussant un seul cri d'admiration et se rapprochant , pressaient de toutes parts le bon messire Anselme , au point

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de l'étouffer et de lui monter en quelque sorte sur les épaules. «Retirez-vous donc, enfants, » leur disaient alors Elisabeth et Arnaud ; mais Anselme, d'une voix pleine de tendresse et de bonté :

« Laissez , laissez venir à moi les petits enfants.

— C'est ce qui est écrit au-dessus de l'image, Messire! s'écria Jean.

— J'allais le dire, reprit Anselme. Oui, telle fut la touchante parole du Seigneur à ses disciples lorsqu'ils voulaient éloigner de lui les enfants qu'on lui amenait pour qu'il les bénît. » Alors, en leur racontant cette histoire, il leur expliquait la charmante peinture qu'il en avait faite.

Au milieu d'un paysage de la Judée, sur un horizon éblouissant que bornaient quelques hauts palmiers et les murailles d'une ville, se détachait le groupe des disciples, vêtus de manteaux d'un bleu ou d'un pourpre éclatant; et, au milieu d'eux, Jésus, le front couronné d'un nimbe radieux, s'élevait, étendant ses mains pleines de bénédictions. Dans ses yeux et sur ses lèvres on voyait , pour ainsi dire , de di-

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vines et consolantes paroles : c'est que les mères, venues en foule de la ville, lui présentaient leurs enfants malades ; quant à ceux qui étaient bien portants, elles les avaient amenés pour qu'ils pussent se dire avec joie toute leur vie-. « J'ai vu le Fils de Dieu. »

L'expressionque messire Anselme avaitdon née à la figure de Jésus faisait comprendre la pensée de ses disciples et de ses adorateurs.

Comme il disait avec onction : « Laissez venir à moi les petits eufants ! » Oui, à voir ses regards pleins de grâce divine lorsqu'il posait ses rraios sur toutes les petites têtes pressées autour de lui, on portait envie à ses anges.

Aussi avec quel intérêt Jean, Nicolas et Marthe contemplaient cette image ! On comprendra mieux encore leur empressement à admirer ce petit tableau, lorsqu'on saura que messire Anselme Les'avait pris pour modèles. Ces enfants bénis de Dieu étaient leurs portraits exacts, parfaitement ressemblants en tout, jusqu'au costume. Du bonheur de figurer es saintes i rein tures, bonheur que chacun ;! ardemment. I nselme avait fait une récompense pour les plus sages bu les plus siu-

dieux , et nous pouvons proclamer, à la gloire du hameau de Gerson, que tous les enfants y avaient pris place à leur tour.

Tous, hormis un seul, le fils de la Guyote , Marcel , qui jamais ne rechercha , jamais par conséquent ne mérita cette récompense. 11 avait cependant trois ans de plus que le fils aîné d'Arnaud ; mais il savait à peine lire , encore bien moins écrire ^ et toutes les instances de messire Anselme pour le décider à apprendre, il les avait repoussées rudement. Quoi ! ditesvous, ses parents n'usèrent donc point de leur autorité? Hélas ! Marcel n'avait plus que sa mère, envers laquelle il se montrait sans le moindre respect ; et quant à son père, il eut le malheur de le perdre étant tout enfant encore.

Aucune volonté ne fut donc assez forte pour combattre les mauvais penchants de Marcel. Il était méchant, envieux, colère, et cesoir même, pendantque les joyeux camarades s'admiraient dans les images, il se tenait loin d'eux, au fond delà chambre, l'air morose, irrité, s'abandonnant aux accès d'une jalousie indomptable. De quoi pouvait-il être jaloux? S'il n'avait pas su se rendre digne de servir de modèle, la faute

n'en était-elle point tout entière à lui? Mais peut-on être juste quand on est méchant?

Ce nest pas seulement par une muette bouderie que se trahissait sa mauvaise humeur ; des mouvements de colère lui échappaient de temps à autre , et Marie, sa petite amie , Marie, qu'il aimait pourtant, l'ayant entendu ainsi gronder, avait quitté sa place au spectacle du manuscrit pour venir près de Marcel , et tâcher de le consoler, de l'apaiser.

« Dites donc ! dites donc ! Messire , s'écrièrent en ce moment les autres enfants. Voilà Jean, n'est-ce pas? — iVest-ce pas' que celle-là, c'est Alix? — Et celle-ci, Marthe. — Et puis toi, Marie. — Marie, viens donc voir ! Mais pourquoi Marcel n'est-il pas là? Marcel , es-tu quelque part dans le livre? »

A ces mots , la fureur de Marcel ne connaît plus de bornes. Il écume de rage , se lève d'un bond, jette de côté Marie qui veut l'arrêter, écarte tout ce qui lui fait obstacle, se précipite sur le manuscrit, en arrache un feuillet et en fait mille lambeaux.

« 0 mon Dieu ! s'écrièrent tous les enfants en sautant en arrière avec épouvante; et ils

faisaient en même temps le signe de la croix ; ô mon Dieu ! »

11 ne restait plus de la pieuse peinture que le haut de la page, un petit coin de l'azur du ciel et l'inscription que Jean venait de lire tout à l'heure.

« O Marcel ! ô Marcel ! » lui dit Marie d'un ton de douloureux reproche.

L'effroi qui avait saisi les enfants à la vue de cette action sacrilège s'était emparé des grandes personnes.

« Malheureux enfant, s'écria Elisabeth , que ta pauvre mère est à plaindre !

— Tant pis ! » voilà tout ce que répondit Marcel avec fureur, ajoutant ainsi le crime au crime. Aussi messire Anselme prit- il sur-lechamp une plume dans le cornet d'encre qu'il portait à sa ceinture, et, d'une main tremblante, il écrivit en gros caractères, sur le débris du feuillet déchiré et au-dessous de l'inscription tirée de l'Évangile:

« L'enfant qui outrage sa mère et insulte à « l'image de Dieu, quelle sera sa vie et sa « mort? »

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