PRÉFACE
S’il est un petit coin de la terre, dont le nom seul remue l’âme chrétienne, c’est assurément Gethsémani, avec ses émouvants et immortels souvenirs. Rendezvous ordinaire, où le Maître et les disciples se reposaient la nuit des fatigues du jour quand ils s’arrêtaiént à Jérusalem, il fut avant tout le jardin du calice d'amertume, qui évoque le premier pas du divin Sauveur dans la voie douloureuse de sa Passion.
Tous les évangélistes nomment et déterminent le lieu où Jésus se retira la veille de sa mort, et tous semblent inviter le lecteur à s'intéresser au théâtre même, où se sont déroulées les premières scènes du drame qu'ils racontent. Sans doute, quelque abondantes que soient leurs informations sur le site de Gethsémani, elles sont encore trop sobres pour nous permettre, à une distance de dix-neuf siècles, de retrouver avec certitude ce champ
célèbre. Mais pour leurs contemporains, habitant Jérusalem et familiarisés avec la topographie de la campagne voisine, ces données étaient claires, précises et plus que suffisantes. Ceux-ci pouvaient donc devenir des guides sûrs pour les pèlerins qui, dès les premiers siècles, au dire de saint Jérôme et d’autres écrivains plus anciens, affluèrent de toutes parts pour visiter les Lieux saints et pour y prier.
VIDE GETHSÉMANL.
La tradition n’a pas seulement conservé le souvenir du jardin de Gethsémani dans ses grandes lignes. Dès ‘les premières années de la liberté du christianisme, nous voyons l’Église de Jérusalem y consacrer deux lieux spécialement sanctifiés par le divin Sauveur la nuit du Jeudi saint, et dont le peuple avait gardé la mémoire : l’un est celui où il fut trahi par le baiser de Judas, et qu’un rocher marquait au nord du chemin du mont des Oliviers, l’autre est celui où il pria son Père et se livra aux angoisses de l’agonie, et dont l'emplacement était marqué par une élégante église, au sud du même chemin. Depuis le 1v° siècle jusque vers le xiv*, l'Eglise grecque de Jérusalem se rendit annuellement en procession à ces deux sanctuaires dans la nuit du Jeudi au Vendredi saint, pour y célébrer la mémoire de l’agonie et de l'arrestation du Christ, même quand leurs monuments ne formaient plus qu’un monceau de ruines. Ils offrent donc une base solide à la pieuse confiance des fidèles, et, grâce aux données évangéliques, ils permettent de localiser approximativement toutes les scènes touchantes qui ont accompagné l’agonie de l’'Homme-Dieu, ou sa trahison par un des siens.
A partir du 1v° siècle, les pèlerins recueillent dans leurs courtes relations de voyage, tantôt l’un, tantôt l’autre renseignement secondaire de la tradition courante. C’est ainsi qu’au v° siècle ils nous apprennent que l'abri où Jésus avait l’habitude de se réfugier avec ses disciples pour y passer les nuits froides et humides du printemps, était une grotte située près de l'endroit où il fut arrêté par les satellites du grand prêtre. Au siècle suivant, il est fait mention de la cène, accom-pagnée du lavement des pieds, que le Seigneur aurait un jour célébrée dans cette même retraite, et dont