PRÉFACE, IX
notamment l'Église de Constantinople a conservé. long-
temps la mémoire.
On a toujours cru que la liturgie dix fois séculaire
de l’Église de Jérusalem et le témoignage concordant
d'Eusèbe de Césarée, de saint Jérôme et de tant d’autres anciens écrivains, garantissaient suffisamment l'identité du Gethsémani du 1v° siècle avec celui de l'Évangile, et que dans son ensemble le Gethsémani actuel est iden-
tique au premier. Aussi, pendant qu’au siècle dernier on
a essayé d’ébranler l'authenticité de la plupart et des plus vénérables Lieux saints de la Palestine, celle de Gethsémani a été généralement respectée par tout le
monde (1). Ge n’est qu’en 1905, que M.'le D' Antoine
Baumstark rejeta l’authenticité du Gethsémani actuel, sur l’un et l’autre bord du chemin, au nom de la tradi-
tion antérieure au xu° siècle. Il cherche le Gethsémani,
le lieu de la triple prière du Christ et celui de la trahison de Judas plus haut sur la montagne, sans autre indication (2). C’est, peut-être, cela qui a amené le D' Baumstark à déclarer l’année suivante qu’il est « très douteux » que l’église du tombeau de la Vierge ait été « reconstruite » par les Bénédictins du xu° siècle à l’emplacement de l’église du v° siècle (3).
Trois ans plus tard, M. G. Reymann, pasteur protes-
(1) E. Robinson (Biblical Researches in Palestine, 1, p. 391, Boston 1841) avança que le Gethsémani de l'Évangile devait être situé plus haut, sur le flanc du mont des Oliviers, mais sans citer aucune preuve à l'appui. T. Tobler, loin de le suivre, reconnaît que l'emplacement du Gethsémani d'Eusèbe concorde avec celui des évangélistes et ajoute :
« Il est très vraisemblable que depuis lors jusqu’aujourd’hui, ce lieu est toujours resté substantiellement le même. » (Die Siloahquelle und
der Oelberg, Saint-Gall, 1852, p. 200-201 et n. 9.)
(2) Oriens christianus, V° an., Die Heïligtümer des byzantinische Jeru-
salem, Rome, 1905, p. 227- 280.
(3) Romische Quartalschrift, XX° an., Palaestinensia, Rome, 1906,
tant de Koiïiskau en Allemagne, rejeta la tradition, voire celle du 1v° siècle, au nom du saint Évangile, et cherche le Gethsémani évangélique quelque part au nord-est de l’actuel (1).
Il ne faut pas méconnaître, toutefois, que la tradition primitive seule peut remonter à l'époque des événements racontés par les écrivains sacrés, et seule, par conséquent, elle peut transmettre d’Âge en âge des renseignements véridiques sur la topographie du champ de Gethsémani et de ses divers Lieux saints. La tradition léguée d’abord oralement par les premiers chrétiens, est ensuite recueillie dans les ouvrages des historiens et des pèlerins. Plus ces témoignages écrits sont anciens, nombreux et concordants, plus aussi ils forcent notre assentiment, si toutefois la tradition est en harmonie avec l'Évangile.
En d’autres termes, il ne saurait y avoir qu’une seule tradition qui mérite ce nom, et toute localisation qui ne . procède pas de cette source, manque de fondement. Si, de plus, elle est en contradiction avec la tradition des premiers temps, elle doit être rejetée comme entachée d'erreur manifeste,
Si jusqu’à nos jours la croyance populaire ne s'est jamais écartée de la tradition ancienne relative au Gethsémani en général, il n’en est plus de même lorsqu'il s’agit des nombreux souvenirs groupés autour des deux Lieux saints principaux. D’assez bonne heure, les pèlerins
(1) Palastinajahrbuch des evang. Instituts zu Jerusalem, t. V, Gethsemane, Berlin, 1909, p. 87-06. — Un diacre grec de Jérusalem, P. Themelès (‘H 6d0ç Toù Mapréprou ro T. IL. Oeuéan, Jérusalem, 1910) déclare que l’emplacement de la grotte de Gethsémani et celui de l’église de la Prière du Christ se trouvent l’un et l’autre quelque part au nord de l’église du tombeau de la Vierge, dans le terrain qui appartient au patriarcat grec,