INTRODUCTION
Il convient de commencer Texamen systématique des œuvres de notre philosophe par la Metaphysica vera. La métaphysique est, en effet, pour lui, « la connexion d'une première science avec d'autres sciences unies à celle-là par une chaîne continue et sans interruption » C). Comme le point de départ est une première science et que toutes les sciences qui composent la métaphysique sont unies à la première, la métaphysique tout entière peut aussi être appelée simplement : la première science.
Pour comprendre ceci, il faut connaître les subdivisions de la métaphysique de Geulincx, laquelle comprend trois parties : V « autologie », la somatologie et la théologie. Dans la première partie, il étudie le moi et la condition humaine; dans la seconde, l'étendue, l'espace, le temps, le mouvement et tout ce qui se rapporte au corps (*); dans la troisième. Dieu et ses attributs. Chacune de ces parties se subdivise en un certain nombre de chapitres que l'auteur appelle « sciences » (scientiae). Ces différentes sciences, qui sont des propositions servant de points de repère, dérivent toutes les unes des autres. L'enchaînement des principes est en effet un des caractères de la philosophie sur lesquels Geulincx insiste spécialement (^).
(i) Metaphysica est primae scientiae et aliarum ea cum perpétua nexu et sine interruptione cohaerentium complexio. Met., p. i.
(2) Le mot somatologie ne désigne donc pas ici la partie de Tanthropologie qui traite du corps humain.
(3) V. la définit, citée, Cf. Met,, p. iio, Eth„ p. 267, Methodus, déd.
Ainsi : la première science de Tautologie est le « je pense donc je suis »; la seconde constate que j'ai un nombre infini de pensées; la troisième démontre que je suis un être un et simple, etc.
II résulte de là que les mots : première science, peuvent s'entendre soit dans un sens restreint, soit dans un sens large ; dans le premier cas, ils s'appliquent à la première proposition de la métaphysique; dans le second cas, ils désignent la métaphysique tout entière.
L'éthique, malgré son importance capitale, n'est qu'un « excursus » (^) de la métaphysique, tout comme la géométrie, l'arithmétique et la logique.
C'est d'ailleurs par sa métaphysique que Geulincx se rattache le plus directement à son maître. Nous y retrouvons d'une part la méthode de Descartes : le 'doute point de départ de la science, le rappel de la pensée à elle-même, le moi étudié par la conscience seule et conduisant à l'idée de Dieu ; — d,' autre part tous ses principes fondamentaux : le critérium de la certitude placé dans l'évidence, dans la raison; les idées innées séparées des idées acquises; la distinction de la substance intellectuelle, ramenée à la pensée, et de la substance corporelle, considérée comme identique à l'étendue absolument passive. Nous y découvrons enfin les conséquences logiques des idées cartésiennes, notamment en ce qui concerne la substance. Car, bien que Descartes eût laissé à la substance pensante la liberté et le pouvoir d'agir, de diriger le mouvement, sa maxime que « la conservation du monde est une création continuée » et surtout la tendance générale de sa philosophie, devaient conduire ses disciples à considérer Dieu comme l'auteur de toute activité, comme la seule cause agissante.
(i) Excursus in mores. Met,, p. 2.