CHAPITRE PREMIER i
fois son travail, pendant Tannée de préparation, et quand, enfin, il eut moulé un bas-relief dont Bartolo fut content, celui-ci ouvrit sa boutique à tout venant, écouta les avis, et, fortifié par les observations des plus habiles critiques dans son opinion favorable, aida Ghiberti dans la fonte et le nettoyage du bronze.
Au jour fixé, les trente-quatre juges procédèrent à Texamen des sept bas-reliefs qui leur furent soumis par les concurrents. D'après
LE SACRIFICE D ABRAHAM, PAR B RU N E L LESC H I. (Musée National de Florence.)
l'opinion générale, dont Vasari s'est fait l'écho, le bas-relief de Valdambrini était satisfaisant en tant que bronze, et les têtes étaient convenablement modelées, mais en fait de composition il était confus. Celui de Simon de Colle, bien que digne de la réputation de ce maître expérimenté dans les procédés de la fonte, manquait de dessin; celui de Lamberti était insuffisamment nettoyé, et les figures péchaient par les proportions; enfin celui de Giacomo délia Quercia se distinguait par le dessin et la belle conduite, mais manquait de finesse.
Arrivés devant les deux compositions de Ghiberti et de Brunelleschi, les juges ne surent que faire, car ils les trouvèrent si égales en mérite qu'ils se demandèrent s'ils ne feraient pas mieux de décerner le prix aux deux artistes, quitte à les associer dans le travail des portes, plutôt que de couronner Tun et d'exclure Tautre.
Dans la biographie de Brunelleschi, Vasari raconte que son basrelief était presque l'égal de celui de Ghiberti; mais, dans la notice consacrée à ce dernier, il lui accorde la supériorité absolue : « Au point de vue du dessin, de la composition, dans les attitudes et les proportions des figures, l'œuvre de Ghiberti », dit-il, « défia la critique, et le modelé était si magistral que le bas-relief avait plutôt l'air d'avoir été créé par le souffle qu'avec des outils en fer. » — Cependant, dans Tune et l'autre biographie, l'historien affirme que la décision en faveur de Ghiberti fut due aux conseils de Donatello et de Brunelleschi lui-même, ce qui fait croire que ce dernier se retira parce qu'il trouva l'œuvre de son rival supérieure à la sienne, ou parce qu'il ne voulait pas accepter une collaboration impossible. Nous verrons que Ghiberti, se trouvant plus tard dans une situation pareille vis-à-vis de Brunelleschi, ne fut ni aussi sage ni aussi magnanime. Cela n'est pas surprenant, d'après la manière égoïste dont il raconte les circonstances de son triomphe, sans nommer ni Brunelleschi, ni Bartolo, dont les conseils, la surveillance et le concours lui avaient assuré la victoire*.
Oubliant les autres et tout occupé de lui-même, Ghiberti raconte que la palme lui fut accordée de l'assentiment unanime, et qu'à la demande des juges^ les artistes et les membres de la confrérie signèrent un document constatant la supériorité de son travail sur celui des autres compétiteurs.
Ces suffrages nous semblent lui avoir été décernés à juste titre, si on peut en juger par le bas-relief de Brunelleschi, le seul, outre le sien, qui nous reste de ce concours mémorable. En les examinant tour à tour au Bargello, nous voyons que le bronze de Ghiberti est jeté
I. D'après les notices sur la première et la deuxième porte de Ghiberti, publiées par Antonio Cocchi en 1773 (voir Gaye, tome I*, page 106), la commande de la première porte fut faite, le 23 novembre 1403, à Lorenzo di Bartolo et à Bartolo di Michèle, son père, orfèvres. De cette collaboration^ Ghiberti ne souffle pas mot. '