CHAPITRE PREMIER i
tout d'une pièce, tandis que celui de Brunelleschi se compose de plusieurs morceaux soudés ensemble *, ce qui prouve qu'il était le moins expérimenté des deux dans les procédés de la fonte. Si nous étudions les bas-reliefs au point de vue de la conception et de l'exécution, nous trouverons d'autre part que, chez Brunelleschi, le sujet est mal compris, que le sentiment est trop mélodramatique, que l'action des figures est heurtée et violente, et que la composition manque d'unité, tandis que chez Ghiberti la composition est en harmonie avec le récit de la Bible, que l'action est dramatique sans être exagérée, les lignes variées et gracieuses. Ajoutons que l'intérêt est concentré sur le groupe principal et que, partant, rien ne manque à Tunité de la composition. Dans l'œuvre de Brunelleschi, au contraire, l'intérêt se divise entre les deux serviteurs, la bête de somme et la scène même du sacrifice, erreur que Ghiberti a évitée en groupant les serviteurs et le mulet à gauche, à Tombre d'un rocher, au sommet duquel on voit, derrière Abraham, le bélier embarrassé dans les buissons. Le patriarche de' Ghiberti se tient debout, plein de dignité, près de Tautel sur lequel est agenouillé Isaac, tandis que l'ange descend du ciel pour sauver la victime. Le père, rinstrument du sacrifice à la main, bien que prêt à obéir à Tordre divin, ne se hâte pas de consommer le sacrifice, et le fils, se fiant à l'amour paternel et à la sagesse céleste, semble attendre le résultat sans la moindre crainte. L'Abraham de Brunelleschi, au contraire, se précipite sur sa victime, qui se tord entre ses mains, comme une colombe dans les serres du vautour. L'ange éprouve évidemment de la difficulté à retenir son bras homicide, et le patriarche, aveuglé par sa fureur fanatique, n'aperçoit pas le bélîer, bien que celui-ci se tienne sous ses yeux, devant l'autel. On dit que le peintre grec Timanthe, voulant représenter le Sacrifice d'Iphigénie, voila la face d'Agamemnon, parce qu'il se sentait incapable de rendre les émotions tumultueuses d'un père, forcé par Toracle à sacrifier sa fille au bien de sa patrie. Le sculpteur florentin, au contraire, n'étant pas troublé par de tels scrupules, non seulement a laissé découvert le visage d'Abraham, mais il lui a encore donné l'expression farouche d'un