‹ Ghiberti et son écoleChapitre 35 sur 105 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

musique, exige à la fois de la science et de Tart. Dans la musique, nous trouvons, d'une part, l'inspiration, et, de l'autre, les règles de rharmonie et du contrepoint; de même, en architecture, à côté du goût artistique, dii sentiment de la beauté, l'élément scientifique, c'est-à-dire la statique, impose ses règles de construction. Or, un artiste consommé tel que Ghiberti peut dessiner des façades, fournir des détails d'ornementation, tracer habilement des plans de maisons ou d'autres édifices ; mais aussitôt qu'il se mêle de questions de construction qui exigent pour leur solution une science approfondie de la matière, s'il n'a fait les études préalables, il s'égarera indubitablement. C'est ce que fit Ghiberti au détriment de sa renommée artistique, et plus encore de sa dignité d'honnête homme.

Poussé par l'ambition de tout embrasser, il fut amené à jouer un triste rôle vis-à-vis de Brunelleschi , qui s'était si généreusement conduit à son égard lors de la compétition pour les premières portes du Baptistère. Le lecteur se souviendra que Brunelleschi s'était retiré en reconnaissant la supériorité du talent de Ghiberti comme sculpteur, et refusa d'être son collaborateur dans des travaux qui, par leur nature, n'admettaient pas une coopération égale. Déterminé par l'issue du concours à abandonner la sculpture pour se consacrer exclusivement à l'architecture, Brunelleschi comprit que ce serait seulement au milieu des grandes ruines de l'antiquité qu'il pourrait poursuivre avec fruit ses études; il résolut donc de partir pour Rome et de s'y fixer pendant quelques années. Deux vastes pensées avaient germé dans son esprit, dit Vasari : la première, de faire revivre l'architecture classique, et la seconde, de réussir à édifier la coupole de la cathédrale de Florence, œuvre si difficile que, depuis la mort d'Arnolfo del Gambio, personne n'avait osé l'entreprendre.

Brunelleschi arriva à Rome en 1403, en compagnie de Donatello, alors âgé de seize à dix-sept ans. Unis par des liens d'amitié qui ne se relâchèrent jamais, les deux futurs grands hommes s'attachèrent encore plus l'un à l'autre par le contraste de leurs qualités. Brunelleschi, si on le juge d'après plusieurs incidents de sa carrière, était généreux pour ses amis et toujours disposé à relever le mérite de ses

confrères; mais, dans ses entreprises, il se montra sans cesse ambitieux de la première place, susceptible et d'une extrême ténacité dans ses opinions. Bien que l'élévation de son intelligence lui donnât le sentiment de la beauté en toutes choses, ses tendances étaient néanmoins plus scientifiques qu'esthétiques.

Passionnés pour le travail et amoureux de l'antiquité, ces jeunes artistes vécurent ensemble à Rome pendant deux ans, étudiant et approfondissant sans cesse le passé. Ceux qui les rencontraient alors croyaient voir des chercheurs de trésors, et ils l'étaient en effet. Protégés par leur obscurité, ils poursuivaient leurs études au milieu des calamités sans nombre qui affligeaient la Ville éternelle. Les rues étaient infestées de voleurs, la malheureuse population décimée par la guerre, la famine et la peste. Les deux étrangers n'en restèrent pas moins absorbés dans leurs recherches. Les premiers jours de chaque semaine, ils travaillaient comme orfèvres et gagnaient par là de quoi suffire à leur entretien ; le reste de la semaine, ils le consacraient à leurs études. Tout entier au but qu'il désirait atteindre, Brunelleschi étudiait la coupole du Panthéon, les voûtes des anciens édifices, les divers genres d'appuis, de supports, les échafaudages, les cas où il était possible de les supprimer; enfin, les moyens à employer lorsque, par la grande dimension des arceaux, les échafaudages devenaient impossibles. 11 s'occupa aussi des anciens modes de construction, des outils en usage chez les Romains, de leur système pour le soulèvement des masses pesantes, enfin de leur système d'ornementation. Avec l'aide de Donatello, il dessina un nombre incalculable de corniches, fenêtres, pilastres, colonnes et chapiteaux, se rendit compte des lois de la symétrie et de la proportion et, ayant reconnu que chaque ordre classique était basé sur des règles spéciales, il les coordonna. Plein d'ardeur et riche de ses observations, il retourna à Florence en 1406. Son projet pour la construction de la coupole avait mûri ; il se sentait fort pour l'exécuter. A son arrivée, il apprit qu'un certain nombre d'architectes avaient été convoqués pour délibérer sur cette importante question; bientôt lui-même fut sommé de donner son avis. Dans la crainte que ses idées ne lui fussent dérobées, et convaincu de l'obligation

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