CHAPITRE II
OÙ Ton serait de recourir à lui, il ne soumît pas ses dessins et son projet de coupole aux délégués, et repartit pour Rome (1409) sans donner d'éclaircissements. Les prévisions de Brunelleschi se réalisèrent ; on le rappela. De retour à Florence, il donna l'assurance que, si la direction des travaux lui était confiée, la réussite de la construction de sa coupole était certaine. 11 demanda la convocation des principaux architectes de l'Europe pour prendre leur avis*, et nous verrons que le résultat de ce conseil, dont la première séance eut lieu le 27 mars 1420, fut celui qu il avait prévu.
D'abord, on proposa les moyens les plus absurdes; Brunelleschi se contenta de sourire. On se moqua de lui quand il répéta qu'il lui était possible d'élever la coupole sans le secours des pilastres, arcs et échafaudages, que les autres architectes croyaient indispensables; et on le crut fou quand il dit qu'il ajouterait à la première coupole une seconde et qu il laisserait assez d'espace entre les deux pour qu'un homme pût s'y tenir debout et y marcher. Finalement, malgré son refus de soumettre ses plans, le conseil céda, et, le 16 avril 1420, Brunelleschi fut nommé architecte en chef avec l'autorisation d'élever la coupole, mais à une hauteur suffisante pour qu'on ne pût douter ni de l'exacte application de ses théories, ni de sa réussite. A cette autorisation, comme on le verra, on attacha toutefois après coup une condition qui, aux yeux de Brunelleschi, en annula toute la valeur.
Ghiberti avait été un des quinze compétiteurs qui, en 1419, avaient fourni des plans pour la coupole. Le sien, dit Vasari, quoique écarté, lui avait été payé trois cents florins, à cause de l'estime et de la déférence que l'on avait pour lui.
Aussitôt que la décision en faveur de Brunelleschi fut annoncée, les avis et les contradictions surgirent de toutes parts. On fit entrevoir aux administrateurs qu'on courait de grands risques en confiant de si
I. Brunelleschi, Donatelio et Nanni di Banco firent des modèles pour la coupole et reçurent chacun 45 florins d'honoraires, le 20 juin 1416.
Au con:imenceni6nt de Tannée 1417, les délégués consultaient Brunelleschi sur les moyens de construire la coupole, et, le 19 mai, on lui paya 10 florins pour rester à Florence et donner son avis.
Un concours fut ouvert en 1418-1419, avec une prime de 200 florins pour le meilleur modèle qui serait offert.
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importants travaux à la responsabilité d'un seul homme, et ceux-ct crurent prudent de lui donner des coopérateurs. Des amis appuyèrent la candidature de Ghiberti, et celui-ci fut appelé*, avec Battista d'Antonio, chef des constructions de la cathédrale, à prendre part aux travaux; les appointements des trois entrepreneurs furent fixés à troisflorins par mois.
On se figure aisément Tindignation de Brunelleschi à la nouvelle de cette décision, qu'aggravait encore le choix fait de Ghiberti. Dixhuit ans auparavant, n'avait-il pas, lui, lors du concours pour les portes du Baptistère, non seulement reconnu la supériorité de son rival, mais même refusé la proposition du jury de l'associer à l'exécution des portes? Que son rival, dans une circonstance analogue, n'ait pas eu pour Brunelleschi les mêmes égards et la même impartialité,, c'est ce que Ton a peine à comprendre. Avoir préparé, mûri par dixhuit ans d'études et de travaux incessants, le projet d'une entreprise colossale, et, lorsque tout est prêt pour l'exécution définitive, se voir contraint de partager la gloire du succès avec un homme dont Timpéritie en matière de construction était notoire et qui, cherchant à deviner les intentions de son collègue, en tirerait parti pour afttacher son propre nom à cette œuvre, n'était-ce pas là le coup le plus sensible qui pût frapper Brunelleschi !
Celui-ci, indigné d'une si profonde injustice, eût quitté Florence à tout jamais, si ses amis Donatello et Luca délia Robbia n'eussent usé de leur influence pour lui faire accepter la situation telle qu on Tavait faite, en lui persuadant que tôt ou tard Ghiberti prouverait son insuffisance, et que, démasqué, il serait contraint de se retirer.
Après trois ans de collaboration apparente, pendant lesquels Ghiberti lutta avec les difficultés en s'aidant des faits et gestes de Brunelleschi, celui-ci, impatient d'amener un dénouement, se prétendit malade et s'alita, livrant ainsi Ghiberti à une impuissance qui ne pouvait manquer d'éclater au grand jour. Venait-on le prier de reprendre son travail, il s'écriait : a Mais n'avez-vous pas Ghiberti? Pourquoi ne
I. Le 4 février 1426, Brunelleschi fut confirmé dans les fonctions de « pourvoyeur » de la coupole, avec Ghiberti. ^Vasari, édition Milanesi, tome 11^ page 388, note 2.)