CHAPITRE III
exemple donné, exigent un jugement sévère. Ghiberti est dans ce cas; la critique constate que ce grand artiste, vainqueur des résistances que lui oppose la matière, est parvenu à Tapogée de son talent et de sa gloire, grâce à la violation des lois de la sculpture antique, dont il se disait si passionnément épris. Écoutons le témoignage de juges qui font autorité :
« Je maintiens, dit Lessing', que chaque art ayant une fin directe et des attributions qui lui sont propres, aucun ne doit être appliqué à un but qui n'est pas le sien, et qu'un autre art peut atteindre aussi bien ou mieux encore.
c( Je crois, dit de son côté Sir Joshua Reynolds, dans sa troisième conférence à l'Académie de Londres, que dire : nul art ne peut être greffé sur un autre art, est d'une application générale, car, bien qu'ils aient la même origine, chacun a ses moyens propres pour imiter la nature et procéder d'elle dans sa mission spéciale. Plus la peinture se rapproche du bas-relief, — c'est Michel-Ange qui parle ainsi, — plus elle gagne, mais plus le bas-relief se rapproche de la peinture, plus il perd. »
Et cependant, Michel-Ange lui-même avait une telle admiration pour les secondes portes du Baptistère qu'il les déclara dignes de figurer à l'entrée du paradis^, a En les louant ainsi », dit Rumohr^, a il était dans le vrai. Certainement, ces portes sont uniques et sont restées inimitables, tant pour la compréhension des sujets bibliques, l'attitude naïve et nettement caractérisée des groupes, que pour le style et l'exécution de l'ensemble. Dans la plastique, l'âme du peintre s'est dévoilée d'une façon exquise, mais le -sculpteur s'est effacé. En résumé, ces bas-reliefs sont une série de tableaux, et c'est comme tels qu'il faut les considérer si on veut apprécier leurs différentes beautés, leur valeur, et en jouir pleinement. Que, sans se préoccuper des exigences