CHAPITRE III
le torse d'un Satyre, œuvre de la plus belle époque grecque; deux Vénus, dont une du genre de celle des Médicis; un génie ailé, un Narcisse et un Mercure *.
Dans son Memoriale, Albertini parle en ces termes de la collection de Ghîberti : a Je ne dirai rien des marbres admirables de l'ancien sculpteur Polyclète. Ils sont dans la maison de Ghiberti, où j'ai vu un grand vase de marbre richement sculpté, objet de premier choix, qu'il fit aussi venir de Grèce. »
D'après ces témoignages, on ne peut guère douter que notre artiste ait possédé des antiquités vraiment précieuses. Nous savons qu'il les étudiait, non seulement par le témoignage de ses œuvres, mais aussi par ses descriptions enthousiastes des marbres qu'il avait vus à Rome et à Padoue. Il en parle en vrai connaisseur qui, non content de regarder une sculpture, la palpe pour se rendre un compte exact de toutes ses beautés. « Certaines finesses, dit-il en parlant d'une statue qu'il avait vue à Padoue, sont imperceptibles même si la lumière est forte ou adoucie. Elles ne sont sensibles qu'au toucher. »
Nous terminerons ce chapitre par quelques détails supplémentaires sur les deuxièmes portes. D'après Vasari, la Seigneurie, outre la rétribution promise à Ghiberti pour cette œuvre splendide, lui aurait donné une ferme située près de l'abbaye de Settimo; mais Baldinucci prouve que cette ferme a été achetée par l'artiste avec le produit de son travail. Il semble également douteux que Ghiberti ait été honoré de la suprême magistrature de la ville, 'comme le rapporte son biographe. Son nom, cela est certain, ne figure pas parmi ceux des Florentins élus au priorat ou à la magistrature^, quoiqu'il eût été reconnu citoyen et éligible aux charges de l'État.
1. L^une de ces œuvres d'art, le Satyre, acheté par le grand-duc Léopold, se trouve au musée des Offices. Après Textinction de la famille Gaddi, la Vénus devint la propriété d'un marquis de Serbello, époux dVne dame de la famille des Gaddi, qui la donna à son neveu, un signor Oddi de Pérouse. Le génie ailé attribué à Praxitèle passa des mains du marquis de Serbello dans celles du cardinal Lorenzo Adami. On ne sait pus quel fut le sort des trois autres statues. (Vasari, édition Milanesi, tome II, page 246, note 2.)