PRÉFACE
iES collections de monographies, en diverses langues, sur les grands artistes de tous les temps et de tous les pays, qui se sont beaucoup multipliées depuis quelque vingt ans, n'accordent qu'une place dérisoire au grand maître florentin de la fresque à la fin du quinzième siècle, Domenico Ghirlandaio. Seule, la série des Kùnstler-Monographien, dirigée par M. H. Knackfuss, renferme un volume de M. Ernst Steinmann, tout à fait digne d'ailleurs du peintre de Sainte-Marie-Nouvelle; mais cette honorable exception ne supprime pas l'injustice que constitue la préférence si souvent accordée ailleurs à des artistes de moindre valeur. Mon intention n'est certes pas de rabaisser des maîtres charmants et parfois exquis comme Benozzo Gozzoli, Pinturicchio, ou encore les deux Lippi; mais
il LES MAITRES DE L'ART
il paraît impossible de les placer sur le même plan que Ghirlandaio, tant au point de vue de la sûreté du dessin, et de la noblesse, de la clarté de la composition, que pour l'heureux équilibre que cet artiste a su établir entre un réalisme savoureux et une recherche continuelle de l'élégance et de la beauté.
Manifestement, cet admirable décorateur, ce portraitiste de premier ordre n'a pas profité de la vogue des préraphaélites : un peu moins de correction, une conception moins limpide et moins sereine de la vie ne lui eussent sans doute pas nui. La mode a poussé au premier rang, à côté d'un maître véritable comme Botticelli, quelques peintres sûrement inférieurs; ainsi s'est vu refoulé au second plan l'évocateur prestigieux de tant de scènes et de figures, toujours pleines cependant de jeunesse et de fraîcheur.
Il est nécessaire de réagir contre une indifférence injustifiable; et le moment est sans doute opportun, quand les fresques de Sainte-Marie- Nouvelle, cachées depuis deux ans par de fâcheux échafaudages, réapparaissent plus brillantes après un minutieux travail de nettoyage et de consolidation, dont il faut louer la discrétion exemplaire.
Ce volume voudrait en partie réparer l'omission qui vient d'être signalée ; il aspire à mettre en relief
GHIRLANDAIO ni
les qualités éminentes du peintre de grand talent en qui se reflètent avec le plus de pureté les traits du génie florentin, tels qu'ils se manifestèrent surtout entre 1480 et 1490.
Florence, 18 octobre 1907.