CHAPITRE II
physique : le reste de sa triste existence appartient à la pathologie .
Aux premiers aiguillons de la douleur physique se joignit une torture morale alors bien autrement poignante, et qui, il faut le dire pour être juste, tenait autant à l'irritabilité maladive de Leopardi qu'aux circonstances, Leopardi s'était formé seul ; enfermé avec ses livres chéris,,' il avait pris l'habitude de s'abstraire du monde réel et sa pensée errait toujours parmi ces sociétés antiques qui , à distance , ne nous laissent voir que leurs grandes figures. Quand il jetait un coup-d'œil hors de sa retraite, tout ce que rencontrait son regard lui paraissait vulgaire et méprisable. Il avait bien pu se faire tour à tour Athénien et Romain, il ne put jamais se résigner à êtreRecanatais. Sa bile s'échauffequand il parle de Recanati, et U n'a pas d'expressions assez vives pour stigmatiser l'ignorance de ses compatriotes, qui n'ouvrent jamais un livre, méprisent les savants et ne connaissent pas de passe -temps plus agréable que la galanterie.
Dans sa famille même, l'adolescent éprouvait une sorte de contrainte ; le respect filial prenait chez lui une forme austère qui bannissait l'expansion. Le comte Monaldo était un esprit
cultivé et capable d'apprécier les talents de son fils ^ , mais il était de la race de ces pères majestueux qui craignent toujours de laisser péricliter entre leurs mains le principe de Tautorité; qui, souvent en dépit de leur cœur, tiennent leurs enfants à une distance calculée et corrigent par un sermon l'effet d'un acte de condescendance. Ce système, dont il crut bon d'user surtout à l'égard de son fils aîné, porta de si heureux fruits, que le pauvre Giacomo, amoureux comme il Tétait des livres, n'osait plus, pour s'en procurer, livrerbataille à la parcimonie grondeuse de son père. Si^ du moins, il avait eu, pour lé consoler, les caresses de sa mère ! Mais quatre enfants étaient venus après lui prendre place au foyer paternel, et le dernier, plus jeune que lui de quinze ans, était encore au berceaii. La comtesse, bornant sa mission au rôle de la femme antique, n'exerça aucune influencé appréciable sur son fils, et ne paraît pas avoir cherché
1 Le comte Monaido a publié divers opuscules :
Série dei vescovi di Recanati , con alcune noti%ie délia ciltà e
dellcLchiesa di Recanati. 4828.
Dialoyhetti sulle materie correnli neW anno 48S4. (V. ch. xix.4 Vita di Nicole Bonafede , vescovo di Chiusi e officiale nella cor le
romana dai tempi di Alessandro V! ai tempi di Clémente Vif,
trattû da scrilti cotilemporanei. 48S2.