CHAPITRE II
à élargir la place qu'il lui conservait dans son cœur. La nature avait pourtant donné à Giacomo un ami dans son frère Carlo , caractère vif et impressionnable , prompt à l'enthousiasme et au découragement. Mais Carlo subissait l'influence de son aîné, et au lieu de se consoler mutuellement, ils faisaient de la mélancolie à deux.
Telle était la vie solitaire de Leopardi dans la maison paternelle, lorsque se leva, pâle et décolorée , l'aurore de la triste jeunesse qui allait le conduire à travers les angoisses de l'amour muet, de l'ambition déçue, de l'orgueil humilié sous toutes ses formes, enfin, à travers les lentes menaces d'une mort toujours prochaine, aucalm'e dédaigneux du nihilisme.
Dès 1815, la philologie classique amène peu à peu Leopardi sur le terrain de la littérature proprement dite. Il traduit et commente Mos^ chus. La traduction, en hendécasyllabes non rimes (ver si sciolti) , n'est pas aussi mauvaise qu'elle le. parut plus tard à son auteur, mais elle ne vaut pas le Discours sur Moschus; on voit qu'à cette époque le jeune savant manie plus facilement le microscope de l'érudit que la langue des grâces. Nous en dirons autant de sa traduction en sixains rimes de la Batracho-
myomachie^ qu'il publia deux ans après, en 1817, avec un discours préliminaire. Le discours dans lequel Leopardi établit, à grand renfort de textes, l'origine relativement récente du poème burlesque attribué à Homère, fut inséré plus tard par Bothe dans le troisième volume de son Odyssée^ et par Berger de Xivrey dans la seconde édition de sa Batrachomyomackie.
Quant à la traduction, Leopardi , qui avait une véritable prédilection pour la Batrachomyomachiey la refit dix ans plus tard sans parvenir à se satisfaire lui-même.
11 s'était également attaqué à Y Odyssée; mais l'accueil fait au premier livre, publié dans le Spettatore de Milan (1816) , l'engagea à suspendre ce travail. Il était réservé à Ipp. Pindemonte de donner à l'Italie une Odyssée digne de Y Iliade de V. Monti. Les philologues qui savent le mieux pénétrer les obscurités d'un texte ne sont pas toujours les meilleurs traducteurs, et on avait déjà vu Monti, qui traduisait Homère sur une explication littérale faite par Andréa Mustoxidi , l'emporter sur Foscolo , qui était un helléniste consommé * . L'insuccès
^ On pourrait faire la même réflexion à propos des traductions anglaises de Virgile et d*Homëre , par Dryden et Pope.