CHAPITRE II
d'une traduction du second livre de V Enéide^ sur laquelle il fondait de grandes espérances, arrêta Leopardi dans une voie qui n'était pas la sienne : il ne traduisit plus en vers qu'un fragment de IdiThéogonie d'Hésiode, le Moretum de Virgile, et les Inscriptions triopiennes (1816). Désormais, il ne prendra la lyre du poète que pour chanter ses propres émotions. Divers articles de critique et d'histoire *, écrits à cette époque , attestent avec quelle facilité il abordait les sujets les plus divers.
Tant d'eiforts avaient cependant agrandi son horizon. Le nom du jeune Recanatais était déjà connu du monde savant. L'abbé F. Cancellieri, dans unedissertation imprimée à Rome, en mars 1815, parlait avec admiration des premiers travaux de Leopardi, et le philologue suédois Akerblad lui prédisait le plus brillant avenir. Le célèbre Angelo Mai, alors bibliothécaire à Milan , l'encourageait de ses éloges ; les directeurs des Revues milanaises, la Biblioteca ita-
^ Nothie istoriche e yeografiche sulla eittà e chiesa arciuescovile di Damiaia.
Délia fama avuta da Oranio pressa gli aniichi. (Ces deux premiers articles ont été reproduits an 3e vol. des Opère, )
Discorso sopra la vita e le opère di M. Cornelio Frontone.
Leitere di M» Aurelio Frontone a M» Aurelio , tradotte.
liana et le Spettatore^ lui demandaient des articles. Ses opuscules allaient frapper à la porte des arbitres de la renommée et lui attiraient des lettres flatteuses ou même des amitiés solides. C est ainsi que la traduction du second livre de V Enéide le mit" en relation avec Pietro Giordani(1817).
Peu d'hommes ont exercé sur Leopardi une influence aussi considérable que P. Giordani. Cette influence multiple, difficile à analyser, fut telle, qu'à tout prendre, on ne sait s'il faut la regarder comme heureuse ou comme funeste.. Ce fut sans doute une bonne fortune pour le jeune savant enfermé dans Recanati, de trouver pour guide et pour appui dans le monde littéraire un homme de goût et de talent, artiste consommé en fait de style, dont la parole faisait autorité, un ami dévoué qui ne lui permettait pas de s'endormir sur ses premiers succès, ni de se laisser décourager par les malveillances de la critique. Mais la mélancolie de Leopardi devait trouver un funeste aliment dans le commerce de cet ancien fonctionnaire de l'empire, qui, tour à tour moine, vice-préfet , professeur , avait ressenti dans son existence tourmentée le contre-coup de toutes les révolutions, et arrivait à lâge