CHAPITRE II
courtisan empressé de tous les pouvoirs, ramassa dans la J)oussière où elle gisait oubliée , pour opérer dans le monde lettré une diversion conforme aux vues de TAutricLe.
L'occasion était favorable : la réaction contre les gallicismes du xviii® siècle , les grâces frelatées du XVII® et l'emphase pompeuse du xvi® , avait produit une école de puristes qui poussaient jusqu'au fétichisme l'admiration pour les trécentistes. Le plus convaincu de ces pédagogues était le P . Antonio Cesari qui dressait la généalogie de tous les mots du dictionnaire de là Crusca , étouifait les beautés de la Divine Comédie sous trois volumes de gloses , proclamait bien haut que tout ce qui s'était écrit au XIV® siècle , fût-ce sur les comptoirs des marchands, était delor pur*, et enseignait la recette pour transmuter en or la langue contemporaine. Cette recette n'était autre que l'imitation ser-^ vile. Monti , soutenu par son gendre, le comte! GiuUo Perticari , réfuta Cesari ; il prouva que
1 P.-L. Courier en disait autant du français du xvii* siècle : «Gardez-vous bien de croire», écrivait-il en 1813 à Boissonade, m que quelqu'un ait écrit en français depuis le règne de Louis XIV; » la moindre femmelette de ce temps-là vaut mieux pour le lan- 9 gage que les Jean-Jacques, Diderot, d*Àlembert, contemporains » et postérieurs. »
2i LIOPÀRDI, SA VIE ET SES OEUVRES.
la langue nationale n'était pas la . création exclusive de la pléiade toscane du xiv® siècle , mais l'œuvre collective de tous les écrivains de l'Italie , et proposa des corrections au vocabulaire delaCrusca (1817). Les Toscans relevèrent le gant : une nuée de grammairiens se mêlèrent à la querelle, et l'on vit recommencer, à la grande joie des despotes, ces luttes stériles qu'un historien de la littérature italienne a flétries du nom d'« eunucomachie ». Le romantisme naissant vint accroître la confusion. Ce fléau redouté des classiques pénétrait en Italie à la suite des littératures du Nord. Cesarotti lui avait frayé la voie en traduisant Ossian (1762). Encouragés par son exemple , d'autres travaillaient à importer en Italie les plus belles fleurs exotiques : Foscolo traduisait le Voyage sentimental de Sterne (1805) ; Leoni, le poème de Milton (I8I7) ; Pompeo Ferrario, les œuvres de SchiUer ; l'âpre génie de Byron avait pour interprète le doux Silvio Pellico ; Borsieri débitait les romans de Walter Scott, et Berchet faisait lire au public étonné les ballades échevelées de W. Bûrger.
Au milieu de ce conflit d'opinions et de théories littéraires, les esprits les plus solides étaient